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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308200

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308200

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantGUILLAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des mémoires de production, enregistrés les 29 septembre, 2, 3, 4 et 9 octobre 2023, M. C B, actuellement retenu au centre de rétention de Lyon - Saint Exupéry, représenté par Me Guillaume, avocate, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 28 septembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et a fixé le pays de destination ;

3°) d'annuler la décision par laquelle la préfète du Rhône l'a assigné à résidence ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ;

5°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information dit D ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- Il appartient à la préfète de justifier de la délégation accordée au signataire des décisions attaquées ;

- Les décisions portant obligation de quitter le territoire et d'interdiction de retour sur le territoire sont insuffisamment motivées et n'ont pas été précédées d'un examen de sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas été précédée d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;

- la mesure d'éloignement a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette mesure est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'au regard des articles L. 421-1, L. 421-3 et L. 435-1 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits, dès lors qu'ils ne caractérisent pas une menace à l'ordre public ;

- La décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- La décision refusant d'accorder un délai de départ méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- L'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article L. 612-6 du même code.

Des pièces ont été produites par la préfète du Rhône les 2, 3 et 4 octobre 2023.

La présidente du tribunal a désigné M. Borges-Pinto pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- Le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- La loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- Le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Borges-Pinto magistrat désigné ;

- les observations de Me Guillaume, avocate, pour M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens à l'exception des conclusions aux fins d'annulation de l'assignation à résidence et des moyens relatifs à l'incompétence et à l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des articles L. 421-1 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle se désiste.

- les observations de M. A pour la préfète du Rhône ;

- et les observations de M. B s'exprimant en français.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 15 juillet 2000 à Conakry (République de Guinée), demande au tribunal de prononcer l'annulation des décisions du 28 septembre 2023, d'une part, par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de 3 ans et a fixé le pays de destination.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 611-3 du même code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ". Selon l'article R. 611-1 de ce code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. "

4. S'il ressort de l'évaluation du 28 septembre 2023 par la préfète du Rhône de la vulnérabilité de M. B que celui-ci n'a fait état que des prothèses d'épaule et de genou droit et d'une opération au ventre, l'ordonnance en date du 2 octobre 2023 du conseiller à la cour d'appel de Lyon statuant en matière de rétentions administratives, produite en défense, relève que M. B a fait l'objet d'un examen médical précédant sa garde à vue, le 28 septembre 2023, à la suite duquel le médecin a relevé : " me dit prendre un traitement psychotique éthylisme aigu ". Outre cet élément médical dont la préfète du Rhône avait nécessairement connaissance à la date de l'arrêté en litige, le requérant produit un certificat médical, en date du 6 juin 2023, attestant qu'il souffre de troubles anxio-dépressifs chroniques liés à un parcours migratoire traumatique, compliqués par une addiction à l'alcool qui nécessitent un traitement médicamenteux et un suivi au sein du service de permanence d'accès aux soins de santé et du service addictologie de l'hôpital Nord-Ouest à Villefranche-sur-Saône. Ces éléments sont, par conséquent, de nature à indiquer un état de santé nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour le requérant des conséquences d'une exceptionnelle gravité. En outre, il est constant que l'état de santé de M. B nécessite un traitement à base d'oxazépam, quetiapine, paroxétine et de loxapac qui ne figurent pas dans la 7e édition de la liste des médicaments disponibles en république de Guinée. Si la préfète du Rhône soutient à la barre que sont disponibles, dans ce pays, d'autres médicaments anxiolytiques, neuroleptiques et antidépresseurs à base de substances équivalentes, elle ne les identifie pas. Or, la préfète du Rhône n'a pas saisi le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration préalablement à l'édiction de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Contrairement à ce qu'elle soutient à l'audience, il ne ressort pas des pièces du dossier que ce collège de médecins se soit prononcé sur cet état de santé à l'occasion de l'avis rendu le 10 juin 2020, dans le cadre du renouvellement de l'autorisation provisoire de séjour en qualité d'étranger malade délivrée par le préfet de la Meuse. Dans ces circonstances, M. B est fondé à soutenir qu'en s'abstenant de recueillir l'avis du collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration, qui l'a ainsi privé d'une garantie, la préfète du Rhône a entaché la décision, par laquelle elle l'a obligé à quitter le territoire français, d'un vice de procédure de nature à justifier son annulation.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 28 septembre 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

7. Les motifs de l'annulation par le présent jugement de la décision portant obligation de quitter le territoire français pour méconnaissance des dispositions du 9° de l'article 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile implique nécessairement que la préfète du Rhône saisisse le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la situation de M. B en lien avec cette dernière. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône d'y procéder dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de délivrer à l'intéressé, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

8. Enfin, les annulations prononcées n'impliquent aucune autre injonction.

Sur les frais liés au litige :

9. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement au conseil de M. B, d'une somme de 900 euros à ce titre, sous réserve que M. B obtienne le bénéfice de l'aide juridictionnelle et que son conseil renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les décisions du 28 septembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans et a fixé le pays de destination sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de saisir le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de la situation de M. B dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'Etat versera au conseil de M. B, une somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la préfète du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Guillaume.

Rendu public par la mise à disposition au greffe le 11 octobre 2023.

Le magistrat délégué,

M. Borges-Pinto

La greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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