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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308208

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308208

lundi 9 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308208
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantGUILLAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er octobre 2023, M. I, représenté par Me Guillaume, avocate, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2023 par lequel la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'annuler l'arrêté du 29 septembre 2023 par lequel la préfète du Rhône l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

Il soutient que :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article 7 du règlement n° 604/ 2013 du 26 juin 2013 ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du même règlement ;

- la décision l'assignant à résidence, prise pour l'application d'une décision de transfert illégale, est illégale de ce fait.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La présidente du tribunal a désigné M. Borges-Pinto pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu la prestation de serment de M. C, interprète en portugais.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Borges-Pinto,

- les observations de Me Guillaume, avocate représentant M. G, qui a repris les conclusions et moyens de la requête et ajouté les moyens tirés d'une part, de l'incompétence dès lors que la délégation de signature produite en défense est postérieure à la date des actes attaqués et, d'autre part de la méconnaissance de l'article 9 du règlement du 26 juin 2013 ;

- et les observations de M. G, assisté de M. C, interprète en portugais ;

- la préfète du Rhône n'étant ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant angolais né le 30 novembre 1982, demande l'annulation des décisions du 29 septembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a, d'une part, décidé sa remise aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence, d'autre part, pour une durée de 45 jours.

En ce qui concerne la décision de transfert :

2. En premier lieu, la décision en litige a été signée par Mme E A, cheffe du pôle régional Dublin. Ainsi que le soulève à l'audience M. G, la préfète du Rhône a produit en défense un arrêté portant délégation de signature aux agents de la préfecture en date du 2 octobre 2023, postérieure à celle des décisions attaquées. Toutefois, Mme E A disposait d'une délégation de signature en ce sens en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B D, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, consentie par arrêté de la préfète du Rhône du 31 juillet 2023 publié le lendemain au numéro spécial du recueil des actes administratifs et librement accessible sur Internet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence, qui manque en fait, doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Les critères de détermination de l'Etat membre responsable s'appliquent dans l'ordre dans lequel ils sont présentés dans le présent chapitre. / 2. La détermination de l'Etat membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un Etat membre. / 3. En vue d'appliquer les critères visés aux articles 8, 10 et 16, les États membres prennent en considération tout élément de preuve disponible attestant la présence sur le territoire d'un État membre de membres de la famille, de proches ou de tout autre parent du demandeur, à condition que lesdits éléments de preuve soient produits avant qu'un autre État membre n'accepte la requête aux fins de prise ou de reprise en charge de la personne concernée, conformément aux articles 22 et 25 respectivement, et que les demandes de protection internationale antérieures introduites par le demandeur n'aient pas encore fait l'objet d'une première décision sur le fond. ".

4. M. G soutient que sa concubine, Mme H, de nationalité congolaise, réside en France en qualité de réfugiée sous couvert d'une carte de résident et, qu'à l'appui de sa demande d'admission au séjour en France au titre de l'asile, il a produit l'attestation sur l'honneur de celle-ci ainsi qu'une copie de son titre de séjour qui n'ont pas été prises en compte par la préfète du Rhône. Toutefois, il est constant que le requérant ne peut se voir appliquer les critères de l'article 8 du règlement du 26 juin 2013 susvisé relatifs aux mineurs, ou de l'article 10 du même règlement dès lors que Mme F est déjà bénéficiaire d'une protection internationale, ni enfin de l'article 16 de ce règlement relatif aux personnes à charge. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit dans l'application de l'article 7 précité du règlement du 26 juin 2013 doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 9 du règlement européen du 26 juin 2013 : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait par écrit. ". L'article 2 dudit règlement dispose : " Aux fins du présent règlement, on entend par : () g) "membres de la famille", dans la mesure où la famille existait déjà dans le pays d'origine, les membres suivants de la famille du demandeur présents sur le territoire des États membres: / - le conjoint du demandeur, ou son ou sa partenaire non marié(e) engagé(e) dans une relation stable, lorsque le droit ou la pratique de l'État membre concerné réserve aux couples non mariés un traitement comparable à celui réservé aux couples mariés, en vertu de sa législation relative aux ressortissants de pays tiers, / - les enfants mineurs des couples visés au premier tiret ou du demandeur, à condition qu'ils soient non mariés et qu'ils soient nés du mariage, hors mariage ou qu'ils aient été adoptés au sens du droit national () ".

6. Par la seule production d'une attestation sur l'honneur de Mme H, qui n'était d'ailleurs pas présente à l'audience, M. G ne justifie d'aucune relation stable et sérieuse avec celle-ci. Par ailleurs, la préfète soutient, sans être contredite, que le requérant a été séparé de Mme F pendant 4 ans à la suite du départ de celle-ci d'Angola en 2019, et qu'il a déclaré, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile à la Préfecture du Rhône, avoir trois enfants nés entre 2018 et 2022, dont il reconnaît à la barre être issus de trois relations différentes. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas méconnu l'article 9 précité du règlement du 26 juin 2013.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 12 du même règlement : " () / 2. Si le demandeur est titulaire d'un visa en cours de validité, l'État membre qui l'a délivré est responsable de l'examen de la demande de protection internationale (). / 4. Si le demandeur est seulement titulaire d'un ou de plusieurs titres de séjour périmés depuis moins de deux ans ou d'un ou de plusieurs visas périmés depuis moins de six mois lui ayant effectivement permis d'entrer sur le territoire d'un État membre, les paragraphes 1, 2 et 3 sont applicables aussi longtemps que le demandeur n'a pas quitté le territoire des États membres. " Enfin, selon l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. ". Cette faculté ainsi laissée à chaque État membre de décider d'examiner une telle demande est discrétionnaire et ne constitue pas un droit pour les demandeurs d'asile.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. G a franchi régulièrement la frontière extérieure de l'Union Européenne via l'Allemagne avec un visa, délivré par les autorités allemandes, valable du 8 juin au 22 juillet 2023. Ce visa, périmé depuis moins de six mois, lors de l'enregistrement de la demande d'asile de l'intéressé le 31 juillet 2023, fait de l'Allemagne, l'Etat membre en principe responsable de l'examen de sa demande d'asile, conformément aux dispositions de l'article 12 précitées du règlement du 26 juin 2013. La seule circonstance qu'il a entretenu en Angola, quatre ans auparavant, une relation avec une ressortissante congolaise, qui ne peut être regardée comme stable et actuelle ainsi qu'il a été dit au point 6, n'est pas susceptible de permettre d'établir qu'en refusant d'examiner la demande d'asile à titre dérogatoire, la préfète du Rhône a méconnu les dispositions précitées de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013

9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la mesure d'assignation à résidence

11. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : () () 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 () ". Selon l'article L. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger assigné à résidence en application du présent titre se présente périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie. () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

12. N'ayant pas démontré l'illégalité de la décision ordonnant son transfert aux autorités allemandes, M. G n'est pas fondé à s'en prévaloir, sans soulever d'autre moyen que ceux qui viennent d'être écartés aux points précédents, pour soutenir que la décision l'assignant à résidence est entachée d'illégalité.

13. Il résulte de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à soutenir que les arrêtés du 29 septembre 2023 de la préfète du Rhône sont entachés d'illégalité et à en demander l'annulation.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I et à la préfète du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Guillaume.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

P. Borges-PintoLa greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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