mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2308212 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | SCP ROBIN VERNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 septembre 2023, Mme D A épouse C, ci-après Mme C, représentée par la SCP Robin-Vernet (Me Vernet), demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision non datée par laquelle la préfète du Rhône a refusé sa demande de titre de séjour fondée sur les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et lui a octroyé un titre de séjour temporaire valable jusqu'au 2 juin 2023, en application des dispositions de l'article L. 423-23 du même code ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance des articles R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la préfecture n'établit pas avoir saisi le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- la préfète du Rhône n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa demande dès lors qu'un titre de séjour provisoire lui a été octroyé pour demeurer en France aux côtés de son époux décédé depuis six mois à la date de la décision attaquée ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que l'état de santé de son fils est similaire à celui de sa fille qui avait obtenu une autorisation provisoire de séjour en France et que la prise en charge dont il a besoin n'est pas disponible en Albanie, son pays d'origine ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.
Des pièces enregistrées le 19 septembre 2024 ont été produites par la préfète du Rhône à la demande du tribunal et ont été communiquées le 20 septembre 2024.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 novembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 28 juillet 2023.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative ;
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport G Jorda, conseillère,
- et les observations de Me Beligon, substituant Me Vernet, représentant Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissante albanaise née le 23 décembre 1975, Mme D C a déclaré être entrée en France, de manière irrégulière, le 12 septembre 2019. Par une décision du 28 février 2020, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile et ce rejet a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 5 octobre 2020. Le 8 février 2022, elle a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en invoquant l'état de santé de son fils. Par la décision contestée, non datée, la préfète du Rhône a rejeté la demande présentée sur ce fondement, tout en délivrant à Mme C un titre temporaire pour accompagner son mari malade.
Sur les conclusions à fins d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (). ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9 () se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois (). / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. / Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que le collège des médecins de l'Office français pour l'immigration et l'intégration a, le 9 août 2022, avant l'édiction du refus de titre de jour litigieux transmis au conseil de la requérante le 23 février 2023, émis un avis sur l'état de santé de l'enfant B C, invoqué à l'appui de la demande de titre de séjour présentée par Mme C. Une copie de cet avis a été produite par la préfète dans la présente instance et communiquée à la requérante. Dans ces conditions, cette dernière n'est pas fondée à soutenir que le préfet n'établit pas avoir saisi le collège des médecins de l'OFII. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre contestée n'est pas régulière au regard des dispositions des articles L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que la préfète n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante. A cet égard, la circonstance qu'un titre de séjour lui a été délivré en sa qualité d'accompagnant de son mari malade, pourtant décédé depuis six mois, est dépourvue d'incidence sur la légalité d'un refus de titre de séjour en qualité de parent d'enfant malade et ne révèle pas, en tout état de cause, un défaut d'examen.
5. En troisième lieu, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
6. Pour refuser l'admission au séjour G C en qualité de parent d'un enfant mineur malade, la préfète du Rhône s'est appropriée le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le 9 août 2022, estimant que si l'état de santé du fils mineur G Mme C, B, nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Albanie, pays vers lequel il peut voyager sans risque.
7. Pour contester cette analyse, la requérante soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, l'Albanie, son fils, B, ne pourra pas effectivement bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée à son état de santé. A cet égard, la requérante fait valoir que son enfant est atteint d'une maladie osseuse, une pathologie liée au gène SLC26A2 ou DTDST, évoqué par une dysplasie poly épiphysaire multiple avec petite taille et atteinte rotulienne pour laquelle il doit nécessairement subir une prothèse totale de hanche, maladie pour laquelle sa fille a été médicalement prise en charge en France. Toutefois, en se bornant à soutenir qu'il ressort de la liste des centres spécialisés dans les maladies rares de l'os qu'aucun d'entre eux n'est situé en Albanie, sans préciser le traitement dont son enfant aurait besoin, elle n'établit pas que son fils ne pourrait pas bénéficier du traitement approprié dans son pays d'origine, alors que le préfet fait valoir, sans être utilement contredit sur ce point, que le 29 juin 2023 l'enfant a été reçu en consultation multidisciplinaire, à l'issue de laquelle ni un tel diagnostic de maladie osseuse rare n'a été posé ni aucun projet d'opération chirurgicale n'a été décidé. De même, les éléments généraux produits s'agissant du système de santé en Albanie ainsi que ceux relatifs à l'état de santé de l'enfant ne sont pas suffisants pour établir qu'il ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée en Albanie alors que le préfet, qui produit son arrêté du 10 juin 2024 pris à l'encontre de M. B C, fait valoir que, devenu majeur, l'enfant a déposé une demande de titre de séjour seulement en qualité d'étudiant. Bien que postérieure à la décision attaquée, cette circonstance demeure éclairante quant à l'état de santé de l'enfant au jour de l'édiction de l'acte en litige. Ainsi, en l'absence d'élément de nature à mettre en doute l'exactitude de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Rhône aurait fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en lui refusant la délivrance du titre de séjour sollicité.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ". Et aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / (). ".
9. Si Mme C se prévaut de l'état de santé de son fils, il ressort des motifs retenus au point 7, que son enfant peut bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée dans son pays d'origine, l'Albanie. Par ailleurs, elle ne peut pas se prévaloir de l'état de santé de sa fille, E, majeure, qui, si elle souhaite poursuivre sa prise en charge médicale et suivre un parcours actif d'insertion sociale et professionnelle en France, ne dispose plus d'un droit au séjour, de sorte que la cellule familiale pourrait se reconstituer dans leur pays d'origine, l'intégralité de ses membres étant de même nationalité. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la préfète aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect à sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige serait entachée d'une erreur dans l'appréciation de sa situation.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
11. En l'espèce, la décision contestée n'avait ni pour objet ni pour effet de séparer Mme C de ses enfants mineurs, devenus majeurs depuis lors. Par suite, et dès lors que son fils B peut bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée méconnaîtrait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme C doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées aux fins d'injonction et celles sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête G C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A épouse C, à Me Vernet et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Bour, présidente,
Mme Le Roux, conseillère,
Mme Jorda, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
La rapporteure,
V. Jorda
La présidente,
A-S. Bour
La greffière,
C. Delmas
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026