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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308214

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308214

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308214
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 septembre 2023, M. A B, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (69125), représenté par Me Boyer, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions en date du 29 septembre 2023 par lesquelles le préfet du Cantal l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour Me Boyer de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Il soutient que :

- le préfet devra justifier des délégations de signature ;

en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- sa situation personnelle n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ; la décision ne mentionne pas qu'il est entré mineur en France, ni qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance dans le département de l'Oise, ni qu'il a suivi des formations professionnalisantes, ni qu'il a été titulaire de titre de séjour en France, ni qu'il a travaillé légalement en France, ni qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, eu égard à la durée de sa présence en France où il est entré mineur et à ses compétences et son expérience professionnelles ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et de méconnaissance des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement de ses dispositions au regard de sa situation professionnelle ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'une méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que son parcours personnel et professionnel constituent des circonstances humanitaires justifiant la régularisation de sa situation ;

en ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- sa situation personnelle n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ;

- cette décision méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne présente pas de risque de soustraction à la mesure d'éloignement, qu'il est parfaitement intégré en France et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;

en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans, alors qu'il est présent depuis plus de dix ans en France où il est entré mineur et qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et adopté une mesure disproportionnée ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle, le signalement dans le système d'information Schengen qui découle de cette décision constituant de fait une mesure d'expulsion de tout l'espace Schengen.

Des pièces ont été produites le 2 octobre 2023 par M. B.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 octobre 2023, le préfet du Cantal, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que :

- si M. B a bénéficié de titres de séjour en France, son dernier titre de séjour est expiré depuis septembre 2020 et il a fait l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français qu'il n'a ni contestée ni exécutée ; il se maintient ainsi en situation irrégulière en France depuis plus de trois ans et a déjà méconnu une décision d'éloignement ;

- aucune atteinte excessive n'est portée à la vie privée et familiale de M. B, qui ne dispose d'aucun lien familial en France, qui est sans domicile fixe et qui ne dispose d'aucune ressource ;

- les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés comme inopérants, M. B n'ayant jamais sollicité de titre de séjour sur ces fondements ;

- M. B ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il ne justifie ni de circonstances humanitaires ni de motifs exceptionnels ;

- le refus de délai de départ volontaire est fondé sur la méconnaissance d'une précédente mesure d'éloignement ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français, dont le requérant peut toujours solliciter l'abrogation, est justifiée et proportionnée.

Par une décision du 1er juillet 2023, la présidente du tribunal administratif de Lyon a désigné Mme Maubon pour statuer au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 5 octobre 2023, Mme Maubon, magistrate désignée, a présenté son rapport, et entendu :

- les observations orales de Me Boyer, représentant M. B, qui reprend les conclusions et les moyens de sa requête, en abandonnant le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte et celui tiré de la méconnaissance des articles L. 421-1 et L. 421-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il fait valoir que les décisions ne sont pas suffisamment motivées et que le préfet ne s'est pas livré à un examen attentif de sa situation, notamment de la régularité de son séjour durant plusieurs années et de ses expériences professionnelles, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français en particulier n'est pas suffisamment motivée, que les décisions portent une atteinte excessive à sa vie privée et familiale qui est évidemment établie en France depuis de nombreuses années, qu'il n'est pas entré irrégulièrement en France puisqu'il disposait d'un titre de séjour espagnol qu'il a spontanément remis à la police, qu'il remplit les conditions pour une admission exceptionnelle au séjour, qu'il n'a jamais troublé l'ordre public, qu'il n'a plus de liens avec quiconque au Maroc, qu'il est actuellement hébergé mais souhaite travailler pour payer son logement, qu'il aurait dû bénéficier d'un délai de départ volontaire, que l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans est injustifiée et disproportionnée au regard de la particularité de sa situation personnelle ;

- les observations orales de Me Tomasi, représentant le préfet du Cantal, qui conclut au rejet de la requête en exposant que les décisions sont suffisamment motivées, que l'intéressé ne dispose plus d'un droit au séjour en France, qu'il n'a pas de vie privée et familiale en France puisqu'il est célibataire sans enfant, qu'il a déjà fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'un an en 2022, qu'il ne justifie d'aucune circonstance humanitaire ni motif exceptionnel, qu'il n'est pas inconnu des services de police, que le refus de délai de départ volontaire est fondé sur la méconnaissance d'une précédente obligation de quitter le territoire français et l'absence de garanties de représentation, que l'interdiction de retour sur le territoire français de deux ans est justifiée par l'absence de circonstances humanitaires, l'absence de vie privée et familiale en France et la présence de ses parents au Maroc ;

- les observations orales de M. B, qui expose qu'il a quitté le Maroc en 2004 pour l'Espagne où il a erré puis a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, qu'il est venu en France à 17 ans avec son titre de séjour espagnol, qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance dans le département de l'Oise, qu'il a suivi des études puis a travaillé et disposé d'un logement, qu'il n'a pas pu renouveler son titre de séjour expirant en 2020 car il avait trop de travail, qu'il a malheureusement été licencié et n'a pas pu retrouver de situation stable depuis 2021, ce qui explique qu'il n'a pas encore sollicité la délivrance d'un titre de séjour, qu'il souhaite stabiliser sa situation et rassembler les papiers nécessaires au dépôt d'une demande de titre de séjour, qu'il cherchait du travail dans le Cantal lorsqu'il a fait l'objet d'un contrôle d'identité, qu'il souhaite retrouver une situation stable dans l'Oise, qu'il n'a pas de famille au Maroc, pays qu'il a quitté enfant, qu'il est titulaire du permis de conduire mais ne l'a pas encore récupéré faute de pouvoir passer la visite médicale exigée, qu'il dispose de connaissances qui peuvent l'héberger dans l'Oise ou la Corrèze.

Les parties ont été informées au cours de l'audience publique que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de ce que les dispositions du 3° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile peuvent être substituées à celles du 2° du même article, fondant la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire.

La clôture de l'instruction est intervenue, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, le 5 octobre 2023 à 11 heures 45.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 8 juin 1995, déclare être entré sur le territoire français en janvier 2013. Il a été titulaire d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 22 octobre 2014 au 21 octobre 2015, d'un titre de séjour pour motifs exceptionnels valable du 13 septembre 2017 au 12 septembre 2018 et d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 13 septembre 2018 au 12 septembre 2020. Il a fait l'objet le 3 mai 2022 d'une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an adoptée par le préfet de l'Orne qu'il n'a ni contestée ni exécutée. Par arrêté du 29 septembre 2023, le préfet du Cantal l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera susceptible d'être éloigné, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par un arrêté du même jour, la même autorité a décidé de le placer dans un centre de rétention administrative pour une durée de quarante-huit heures, prolongée pour une durée de vingt-huit jours par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon. Ces deux arrêtés lui ont été notifiés le 29 septembre 2023 à 17 heures. M. B demande l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de faire droit à la demande de M. B tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, sur le fondement du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / (). ".

4. En premier lieu, l'arrêté du 29 septembre 2023 par lequel le préfet du Cantal a obligé M. B à quitter le territoire français, qui mentionne les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, qui indique que M. B a bénéficié de plusieurs titres de séjour mais déclare n'avoir pas mené à terme les démarches engagées pour la régularisation de sa situation administrative et qu'il se maintient donc en situation irrégulière, comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait dès lors aux exigences de motivation résultant des dispositions des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Cantal, qui n'était pas tenu d'indiquer l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. B mais qui a rappelé la date d'entrée en France de M. B, la circonstance qu'il a bénéficié de plusieurs titres de séjour en France et le fait qu'il s'y maintient désormais en situation irrégulière, n'aurait pas procédé à un examen particulier et attentif de la situation du requérant. La décision n'est pas entachée d'erreur de droit du seul fait qu'elle ne mentionne pas explicitement que M. B est entré mineur en France, alors au demeurant que sa date de naissance et la date de son entrée en France sont indiquées, ou qu'elle ne mentionne pas explicitement qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance dans le département de l'Oise, qu'il a suivi des formations professionnalisantes et qu'il a travaillé légalement en France.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré sur le territoire français en janvier 2013 à l'âge de dix-sept ans et y a bénéficié de titre de séjour entre 2013 et 2020. Toutefois, il n'a pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour arrivant à expiration en septembre 2020 et s'est dès lors maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Il a fait l'objet le 3 mai 2022 d'une décision d'obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français durant un an, qu'il n'a ni contestée ni exécutée. S'il justifie avoir été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance en France en 2013 et avoir travaillé plusieurs mois entre juillet 2015 et mai 2016 comme monteur polyvalent, entre janvier et décembre 2018 comme salarié polyvalent, en juillet 2019 comme livreur, entre avril 2020 et septembre 2021 comme monteur câbleur et entre mars et septembre 2022 comme ouvrier génie civil, il n'exerce plus d'activité professionnelle depuis plusieurs mois et ne dispose pas d'un logement propre, déclarant simplement pouvoir être hébergé dans l'Oise ou en Corrèze. Dans ces conditions, quelle qu'ait été l'insertion de M. B durant les périodes où il disposait d'un titre de séjour en France et bien qu'il séjourne habituellement en France depuis 2013, il ne justifiait pas à la date de la décision attaquée d'une insertion particulière, notamment professionnelle, en France. Célibataire et sans charge de famille en France, M. B n'y justifie d'aucun lien particulier, mis à part le souhait légitime de s'y intégrer par le travail. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, et alors même que M. B a vécu plus de dix ans en France, la décision d'obligation de quitter le territoire français litigieuse n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette décision et n'a, ainsi, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant.

7. En dernier lieu, en invoquant sa situation personnelle telle que relatée ci-dessus, notamment la durée de sa présence en France, sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance, le fait qu'il a bénéficié de plusieurs titres de séjour en France, ses nombreuses expériences professionnelles et son souhait de régulariser sa situation en France par le travail, M. B ne fait état d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel, au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il n'a au demeurant pas sollicité le bénéfice, n'ayant pas encore déposé de demande de titre de séjour, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour et, par suite, à démontrer que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / () / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, (), qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

9. En premier lieu, la décision du 29 septembre 2023, qui mentionne les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, qui expose que M. B fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français notifiée le 3 mai 2022 et déclare n'avoir pas d'adresse en France, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté. La décision n'est pas davantage entachée de défaut d'examen.

10. En second lieu, s'il est constant que M. B a bénéficié de titres de séjour en France, il ressort toutefois des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, il n'avait pas sollicité le renouvellement de son titre de séjour arrivé à expiration en septembre 2020 et il faisait l'objet d'une mesure d'éloignement du 3 mai 2022 qu'il n'a pas exécutée. En outre, il ne justifie pas disposer d'un logement stable, et ne conteste pas ne pas pouvoir présenter de documents d'identité ou de voyage en cours de validité. Dans ces circonstances, la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, que le préfet du Cantal pouvait légalement fonder sur les dispositions du 5° et du 8° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'est entachée d'aucune erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

11. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

12. S'il est constant que M. B n'a pas sollicité le renouvellement du titre de séjour expirant le 12 septembre 2020 dont il bénéficiait et qu'il a fait l'objet le 3 mai 2022 d'un arrêté du préfet de l'Orne portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an qu'il n'a pas contesté, il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France en janvier 2013 alors qu'il était encore mineur, est présent depuis plus de dix ans sur le territoire français, après avoir été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance espagnols durant son enfance puis par ceux du département de l'Oise à l'approche de sa majorité, et a séjourné de manière régulière en France entre 2013 et 2020, au bénéfice de titres de séjour valables d'octobre 2013 à octobre 2015, de septembre 2017 à septembre 2018 puis de septembre 2018 à septembre 2020. Il a travaillé plusieurs mois durant les années 2018 à 2022. S'il reconnaît disposer de liens familiaux au Maroc, il affirme n'être pas retourné dans ce pays depuis plusieurs années et n'y disposer d'aucune famille proche. Il indique souhaites engager des démarches de régularisation de sa situation administrative. Sa présence sur le territoire français ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Dans ces circonstances, le préfet du Cantal a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. B, qui faisait au demeurant déjà l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an édictée par le préfet de l'Orne le 3 mai 2022, une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. M. B est par suite fondé, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête dirigés contre cette décision, à solliciter l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

13. Il résulte de toute ce qui précède que M. B est seulement fondé à solliciter l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les frais liés au litige :

14. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, accordée par le présent jugement. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Toutefois, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'État une somme à verser à Me Boyer, avocate de M. B.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La décision du 29 septembre 2023 par laquelle le préfet du Cantal a interdit M. B de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Cantal.

Copie en sera adressée à l'association Forum Réfugiés - Cosi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La magistrate désignée,

G. MAUBON

Le greffier,

T. CLÉMENT

La République mande et ordonne au préfet du Cantal en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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