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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308244

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308244

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308244
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL PETIT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 octobre 2023 et un mémoire enregistré le 19 octobre 2023, la commune de Saint-Etienne, représentée par Me Saban, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, à Mme B A et à tous occupants de son chef, au besoin avec le concours de la force publique, de libérer les locaux de l'école élémentaire des Frères Chappe située aux 7 et 7 bis rue des Frères Chappe à Saint-Etienne occupés sans droit ni titre à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de Mme A ainsi que de tous occupants de son chef la somme de 50 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'intéressée et ses enfants occupe l'école élémentaire depuis le 29 septembre 2023 à l'initiative des parents d'élèves de l'école ;

- le maintien de l'intéressée et de ses enfants dans les lieux compromet le fonctionnement normal de de l'école dès lors qu'ils occupent une classe de CE1 et que cette classe ne peut plus être utilisée ; l'occupation pose des problèmes de sécurité notamment du fait de l'activation du plan Vigipirate ;

- le niveau de sécurité ayant été renforcé l'identité de toute personne doit être vérifiée pour l'accès aux locaux sous la responsabilité du directeur de l'école ;

- aucune obligation de relogement ne pèse sur la collectivité ;

- il y a urgence et utilité à cette mesure ; aucune contestation sérieuse ne s'y oppose.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2023, Mme A, représentée par Me Royon demande le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et conclut à titre principal au rejet de la requête et à titre subsidiaire à ce qu'il lui soit accordé un délai pour qu'elle puisse trouver un logement ainsi qu'à la mise à la charge de la commune d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet1991 à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- l'urgence n'est pas établie dès lors qu'aucune perturbation du service public ne résulte de l'occupation de la classe ;

- aucune atteinte à la sécurité ne peut être retenue, l'intéressée et un parent d'élève étant les seuls à résider la nuit dans la classe ; aucune atteinte à la salubrité ou l'hygiène ne peut être retenue ;

- aucune possibilité de relogement n'a été proposée à la famille ; l'expulsion porterait atteinte au droit à la vie privée et familiale de la famille ;

- la santé des membres de la famille justifie qu'un délai soit en tout état de cause accordé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Clément, président de la quatrième chambre, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Clément ;

- les observations de Me Rubio pour la commune de Saint-Etienne qui a repris les moyens et conclusions de la requête ; l'organisation de l'école est perturbée, des élèves devant être déplacés du fait de l'occupation de la classe qui suppose une adaptation des enseignants ; la sécurité est en cause dès lors que le plan Vigipirate a été élevé au plus haut le 13 octobre 2023 avec notamment le renforcement des contrôles de sécurité ; l'école élémentaire scolarise 450 élèves ; toutes les nuits un parent d'élève accompagne la famille ; il n'existe pas d'obligation de relogement ;

- et les observations de Me Royon pour Mme A qui a repris les moyens et conclusions présentées en défense. Mme A occupe seule l'école avec ses deux enfants ; elle ne dispose plus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil depuis juin 2023 ; aucune perturbation du fonctionnement de l'école ne résulte de l'occupation ; le constat d'huissier produit n'établit aucune perturbation ; les attestations produites confirment l'absence de perturbation du fonctionnement de l'école ; la classe n'a pas été déplacée ; la menace pour la sécurité publique n'est pas établie alors que les attestations produites des co-directeurs ne confirment pas cette menace ; l'expulsion immédiate porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale ; à titre subsidiaire, un délai devrait être accordé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Il y a lieu d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle, par application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est manifestement pas insusceptible de se rattacher à un litige relevant de sa compétence, le juge des référés peut prescrire toutes mesures que l'urgence justifie à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4. En l'espèce, il n'est pas contesté que Mme A et ses deux enfants sont hébergés sans droit ni titre depuis le 25 septembre 2023 dans une classe de l'école des Frères Chappe à Saint-Etienne. Cependant, alors que la commune de Saint-Etienne fait valoir que le fonctionnement de l'école est perturbé, les attestations produites en défense, notamment des co-directeurs et des enseignants de l'école ne l'établissent pas, la famille n'occupant que pendant la nuit une salle de classe en compagnie d'un parent d'élève et que contrairement à ce qu'affirme la commune, aucune classe n'a dû changer de lieux. Si la commune de Saint-Etienne invoque des risques sanitaires, ceux-ci ne sont attestés par aucune pièce au dossier, la famille soutenant utiliser la salle réservée aux enseignants pour ses repas ainsi que les installations sanitaires de l'école. Si la commune de Saint-Etienne fait valoir des risques pour la sécurité dans le contexte des mesures prises pour renforcer le plan Vigipirate le 13 octobre 2023, ces mesures qui conduisent le directeur de l'école à s'assurer que l'identité des adultes présents au sein des locaux sont respectées dès lors que les co-directeurs ainsi que les enseignants connaissent l'identité de Mme A et de ses enfants ainsi que celle du parent d'élève qui les accompagnent le soir.

.

5. Il résulte de ce qui précède, alors que les sollicitations régulières pour obtenir un hébergement d'urgence pour la famille sont restées vaines, que la condition d'urgence n'est pas remplie et que, par suite, les conclusions présentées par la commune de Saint-Etienne sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative doivent être rejetées.

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de Mme A qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dès lors que Mme A est admise provisoirement à l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Royon, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Royon de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme A.

O R D O N N E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de la commune de Saint-Etienne est rejetée.

Article 3 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Royon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Royon, avocat de M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme A.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la commune de Saint-Etienne et à Mme B A.

Fait à Lyon, le 20 octobre 2023.

Le juge des référés,

M. ClémentLa greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne, et à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2308244

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