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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308301

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308301

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308301
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantBOYER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 octobre 2023, M. A C, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (69125), représenté par Me Boyer, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions en date du 2 octobre 2023 par lesquelles le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être renvoyé, et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour Me Boyer de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Il soutient que :

- le préfet devra justifier des délégations de signature ;

en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- sa situation personnelle n'a pas fait l'objet d'un examen particulier ; la décision ne mentionne pas qu'il est entré en France à l'âge de treize ans avec sa famille, ni qu'il a suivi des formations professionnalisantes, ni qu'il a été titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'en septembre 2022, ni qu'il n'a jamais été poursuivi pour les faits signalés ;

- la décision méconnait les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il réside habituellement en France depuis l'âge de treize ans avec sa famille dans les Yvelines ;

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, eu égard à la durée de sa présence en France et à l'absence de liens conservés en Tunisie ;

en ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

- cette décision méconnaît les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réside depuis l'âge de treize ans en France, qu'il dispose d'un passeport, qu'il n'a jamais méconnu de précédente mesure d'éloignement et que l'ensemble de sa famille est présente en France ;

en ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- en prononçant une interdiction de retour sur le territoire français de dix-huit mois, alors qu'il est présent depuis l'âge de treize ans en France, qu'il y a été scolarisé, qu'il y a toute sa famille et qu'il n'a jamais été condamné, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et adopté une mesure disproportionnée ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle, le signalement dans le système d'information Schengen qui découle de cette décision constituant de fait une mesure d'expulsion de tout l'espace Schengen.

Des pièces ont été produites le 5 octobre 2023 par le préfet du Puy-de-Dôme.

Par une décision du 1er juillet 2023, la présidente du tribunal administratif de Lyon a désigné Mme Maubon pour statuer au titre de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 en matière de séjour et de travail ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 5 octobre 2023, Mme Maubon, magistrate désignée, a présenté son rapport, et entendu :

- les observations orales de Me Boyer, représentant M. C, qui reprend les conclusions et les moyens de sa requête, en abandonnant le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte ; il fait valoir en outre que les décisions ne sont pas suffisamment motivées et que le préfet ne s'est pas livré à un examen attentif de sa situation, notamment de son entrée à treize ans en France, de la régularité de son séjour jusqu'en septembre 2022, de sa scolarisation en France et de sa résidence habituelle dans ce pays, qu'il remplit les conditions pour une admission exceptionnelle au séjour, que toute sa famille proche est en France, que sa tante ne l'a plus aidé pour les démarches, qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, qu'il n'a jamais été condamné, qu'il présente des garanties de représentation, que les décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus de délai de départ volontaire sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à sa situation personnelle ;

- les observations orales de M. C, requérant, assisté par M. B, interprète en arabe ; il expose qu'il est entré en France en juin 2017 après avoir passé deux semaines en Italie, qu'il n'a pas conservé son ancien passeport, que sa mère son père et ses deux frères sont présents en France et ont engagé des démarches pour régulariser leur situation, qu'il s'est retrouvé plongé dans le milieu des stupéfiants à Clermont-Ferrand contre son gré, qu'il a été abandonné par la connaissance avec qui il était arrivé à Clermont-Ferrand ;

- les observations orales de Me Iririra Nganga, substituant Me Tomasi, représentant le préfet du Puy-de-Dôme, qui conclut au rejet de la requête en exposant que les moyens ne sont pas fondés, les décisions sont suffisamment motivées et adoptées après un examen particulier, la caractérisation de la menace pour l'ordre public est indépendante de la présence ou l'absence de condamnations pénales, l'intéressé a reconnu avoir fait " n'importe quoi " à Clermont-Ferrand, sa vie privée et familiale n'est pas suffisamment ancrée en France où ses proches n'ont pas de droit au séjour, le refus de délai de départ volontaire est justifié par la menace pour l'ordre public et l'absence de garanties de représentation, l'interdiction de retour sur le territoire français est justifiée et proportionnée.

La clôture de l'instruction est intervenue, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative, le 5 octobre 2023 à 15 heures.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 16 juillet 2003, déclare être entré sur le territoire français en juin 2017. Il a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " étudiant - élève ", valable du 14 septembre 2021 au 13 septembre 2022 dont il n'a pas sollicité le renouvellement durant le délai de validité. Par arrêté du 2 octobre 2023, le préfet du Puy-de-Dôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera susceptible d'être renvoyé et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois. Par un arrêté du même jour, la même autorité a décidé de le maintenir dans un centre de rétention administrative pour une durée de quarante-huit heures, prolongée pour une durée de vingt-huit jours par le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon. Ces deux arrêtés lui ont été notifiés le 2 octobre 2023. M. C demande l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu de faire droit à la demande de M. C tendant à son admission provisoire à l'aide juridictionnelle, sur le fondement du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / () ".

4. En premier lieu, l'arrêté du 29 septembre 2023 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a obligé M. C à quitter le territoire français, qui mentionne les dispositions du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, qui indique que M. C a obtenu une carte de séjour temporaire valable du 14 septembre 2021 au 13 septembre 2022 mais n'a déposé aucune demande de renouvellement de ce titre de séjour et qu'il se maintient donc en situation irrégulière, comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet du Puy-de-Dôme, qui n'était pas tenu d'indiquer l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de M. C, n'aurait pas procédé à un examen particulier et attentif de la situation du requérant. La décision n'est pas entachée d'erreur de droit du seul fait qu'elle ne mentionne pas explicitement que M. C est entré à treize ans en France, alors au demeurant que sa date de naissance et l'année son entrée en France sont indiquées, ou qu'elle ne mentionne pas explicitement qu'il a été scolarisé, qu'il a obtenu des diplômes et que tout sa famille proche est présente en France.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; / () ".

7. Si M. C, né le 16 juillet 2003, soutient qu'il est entré en France à l'âge de treize ans, le document le plus ancien produit à l'appui de sa requête est un certificat de scolarité établi en octobre 2019 attestant de sa scolarité dans un collège du département des Yvelines pour l'année scolaire 2017-2018. Il ressort de l'une des pièces produites en défense que l'administration reconnaît qu'il était présent en France le 9 novembre 2017. En outre, il ne justifie pas qu'une résidence habituelle en France par la seule production de certificats de scolarité, notamment pour les années 2017 à 2020. Ainsi, dès lors qu'il n'apporte pas la preuve de son entrée en France avant le 16 juillet 2017 ni de sa résidence habituelle en France depuis cette date, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaitrait les dispositions du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En quatrième lieu, M. C soutient qu'il est entré sur le territoire français en 2017 à l'âge de treize ans France avec ses parents et ses deux frères, qu'il a suivi des formations professionnalisantes, qu'il a été titulaire d'un titre de séjour valable jusqu'en septembre 2022, et qu'il souhaite s'établir en France. Toutefois, il ne justifie ni de la date précise de son entrée en France ni de la continuité de sa présence en France. S'il a bénéficié d'un titre de séjour d'un an valable du 14 septembre 2021 au 13 septembre 2022 en qualité d'étudiant, il n'en a pas sollicité le renouvellement et s'est dès lors maintenu irrégulièrement sur le territoire français. Il a reconnu avoir " arrêté " l'activité de plombier chauffagiste qu'il avait entamée après l'obtention d'un certificat d'aptitude professionnelle de monteur d'installation sanitaires en juillet 2021. Il n'exerce plus d'activité professionnelle et ne dispose pas d'un logement propre, déclarant être hébergé par son frère dans les Yvelines. S'il se prévaut de la présence de ses parents et de ses frères sur le territoire français, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces personnes disposeraient d'un titre de séjour en France ni qu'elles aient vocation à en disposer. Célibataire et sans charge de famille en France, M. C n'est pas dépourvu de liens dans son pays d'origine où résident des membres de sa famille. Enfin, il est défavorablement connu des services de police, ayant été interpellé à sept reprises depuis le mois de janvier 2021, et notamment le 1er octobre 2023 pour détention et transport de stupéfiants, faits pour lesquels il est convoqué devant le tribunal correctionnel de Clermont-Ferrand en octobre 2024. Dans ces conditions, la décision d'obligation de quitter le territoire français litigieuse n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette décision et n'a, ainsi, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle du requérant.

9. En invoquant sa situation personnelle telle que relatée ci-dessus, notamment la durée de sa présence en France, son entrée à treize ans en France, le fait qu'il a bénéficié d'un titre de séjour en France, ses qualifications professionnelles et son souhait de régulariser sa situation en France, M. C ne fait état d'aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel, au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il n'a au demeurant pas sollicité le bénéfice, n'ayant pas déposé de demande de titre de séjour, de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour et, par suite, à démontrer que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. / () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

11. En premier lieu, la décision du 2 octobre 2023, qui mentionne les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, qui indique que le comportement de M. C constitue une menace pour l'ordre public et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit donc être écarté. La décision n'est pas davantage entachée de défaut d'examen.

12. En second lieu, s'il est constant que M. C dispose d'un passeport en cours de validité, il ne produit aucune pièce justifiant de la permanence de sa résidence chez son frère dans les Yvelines, alors qu'il a été interpellé dans le Puy-de-Dôme. En outre, dès lors qu'il a été interpelé à sept reprises depuis le mois de janvier 2021 et notamment le 1er octobre 2023 à Clermont-Ferrand pour détention et transport de stupéfiants, faits pour lesquels il est convoqué devant le tribunal correctionnel, le préfet du Puy-de-Dôme a pu légalement considérer le comportement de M. C comme constituant une menace pour l'ordre public. Dans ces circonstances, la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, que le préfet du Puy-de-Dôme a pu légalement fonder sur les dispositions du 1° et le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur celles du 8° de l'article L. 612-3, n'est entachée d'aucune erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de dix-huit mois :

13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

14. L'arrêté du 2 octobre 2023 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a interdit M. C de retour sur le territoire français mentionne les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application. Il mentionne la date d'entrée en France de M. C et la présence en France de sa famille proche, il relève que l'intéressé n'a pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et considère que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Il note qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales en Tunisie où résident ses oncles et tantes. Le préfet note enfin l'absence de circonstance particulière. Il ressort de ces éléments que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée, et que cette motivation atteste de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier doivent être écartés.

15. M. C est entré en France en 2017, soit depuis six années à la date de la décision attaquée et s'y maintient en situation irrégulière depuis l'expiration du titre de séjour dont il bénéficiait en qualité d'étudiant jusqu'en septembre 2022. Il s'est déjà fait connaître à plusieurs reprises des services de police, en avril et novembre 2022 pour des faits de vol et en janvier 2022, juin 2022, septembre 2022 et février 2023 pour usage de stupéfiants et a été interpellé le 1er octobre 2023 à Clermont-Ferrand pour des faits de détention et transports de stupéfiants pour lesquels il a été convoqué le 2 octobre 2023 devant le tribunal correctionnel en octobre 2024. S'il se prévaut de la présence de ses parents et de ses frères en France, ceux-ci ne disposent pas du droit de séjourner en France et il ne justifie d'aucune intégration particulière en France. Dans ces conditions, au regard des critères listés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, eu égard notamment à la menace pour l'ordre public que les faits de détention de stupéfiants pour lesquels il est mis en cause de manière réitéré caractérisent, le préfet du Puy-de-Dôme n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois, soit la moitié de la durée maximale de trois ans pouvant être prononcée dans cette hypothèse. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit donc être écarté. La décision n'est pas non plus entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que l'avocate de M. C demande sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Puy-de-Dôme.

Copie en sera adressée à l'association Forum Réfugiés - Cosi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La magistrate désignée,

G. MAUBON

Le greffier,

T. CLÉMENT

La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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