jeudi 4 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2308312 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | BOUHALASSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 octobre et 15 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Bouhalassa, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision contenue dans l'arrêté du 2 mai 2023 par laquelle la préfète du Rhône a prononcé son expulsion du territoire français ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de le convoquer afin qu'il dépose une demande de titre de séjour, dans le délai d'un mois ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titres des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, notamment au regard de ses attaches et de son intégration en France ;
- elle est entachée d'erreur de droit, les faits survenus en novembre 2022, pour lesquels aucune condamnation n'a encore été prononcée, ne pouvant être pris en compte pour caractériser la menace à l'ordre public ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation, la menace à l'ordre public n'étant pas caractérisée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 631-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
Par un mémoire enregistré le 31 octobre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. B, a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 28 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Flechet,
- et les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 14 août 1997, demande au tribunal d'annuler la décision contenue dans l'arrêté du 2 mai 2023 par laquelle la préfète du Rhône a prononcé son expulsion du territoire français.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
2. En premier lieu, l'acte attaqué est signé de Mme Nicoli, secrétaire générale, qui avait délégation pour ce faire, résultant d'un arrêté de la préfète du Rhône du 30 janvier 2023 publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 30 janvier 2023. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit, par suite, être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige comprend la mention détaillée des éléments de droit et de fait retenus par la préfète du Rhône pour prendre la décision attaquée prononçant l'expulsion de M. B du territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet acte doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de l'arrêté critiqué ni des autres pièces du dossier que la préfète se serait bornée à prendre en compte le passé délictuel du requérant, sans examiner la situation personnelle de ce dernier, en particulier au regard de ses attaches et de son insertion sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. ". En vertu de l'article L. 631-2 de ce code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion que si elle constitue une nécessité impérieuse pour la sûreté de l'Etat ou la sécurité publique et sous réserve que l'article L. 631-3 n'y fasse pas obstacle : () / 3° L'étranger qui réside régulièrement en France depuis plus de dix ans, sauf s'il a été pendant toute cette période titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " ; / () ". Selon l'article L. 631-3 de ce code : " Ne peut faire l'objet d'une décision d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, dont la violation délibérée et d'une particulière gravité des principes de la République énoncés à l'article L. 412-7, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : / 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; / () ".
6. En se bornant à produire des pièces établissant sa résidence en France au cours du premier semestre de l'année scolaire 2010 / 2011 et du premier semestre de l'année scolaire 2012 / 2013, alors qu'il ressort également des pièces du dossier qu'il est entré en France le 8 septembre 2014, sous couvert d'un visa valable de septembre à décembre 2014, M. B n'établit ni qu'il résidait régulièrement en France depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, ni qu'il résidait habituellement sur le territoire français depuis l'âge de treize ans à cette même date. Il n'est dès lors pas fondé à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées du 3° de l'article L. 631-2 et du 1° de l'article L. 631-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit, qui concernent des catégories d'étrangers dont il ne relève pas.
7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a purgé plusieurs peines d'emprisonnement en France depuis 2016, dont une d'une durée de 14 mois prononcée le 13 octobre 2021 par le tribunal correctionnel de Lyon pour violence commise en réunion suivie d'une incapacité supérieure à 8 jours et agression sexuelle commise en réunion. M. B a également été incarcéré en Suisse au cours de l'année 2017, ayant été condamné à 42 mois de peine privative de liberté pour escroquerie, mise en circulation de fausse monnaie, importation, acquisition et prise en dépôt de fausse monnaie, blanchiment d'argent, conduite sans permis et délit contre la législation fédérale sur les armes. En outre, l'intéressé a été placé en détention provisoire le 18 novembre 2022 pour des faits commis le 16 novembre 2022 de tentative de meurtre et violence par personne agissant sous l'emprise manifeste de produits stupéfiants en récidive, à l'encontre de quatre personnes, dont deux ont été victimes de tentative d'étranglement. Si M. B soutient qu'il n'a fait l'objet d'aucune condamnation pénale pour ces derniers faits, il ne conteste pas en être l'auteur, faisant valoir à cet égard une abolition du discernement au moment des faits. Toutefois, et en tout état de cause, alors que le premier expert désigné par le juge judiciaire indique ne pas exclure une abolition du discernement, la contre-expertise psychiatrique, également ordonnée par le tribunal judiciaire, conclut à une simple altération du discernement. Ainsi, le requérant n'établit pas, par les éléments versés au dossier, une abolition du discernement et, si l'altération du discernement reconnue par l'expert peut constituer un élément à prendre en compte par le juge judiciaire pour déterminer le quantum de la peine à infliger à M. B, elle n'est pas de nature à modifier l'appréciation que doit porter la préfète sur le comportement de l'intéressé au regard des dispositions de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, eu égard à la particulière gravité et au caractère très récent de cette dernière infraction et aux précédentes infractions, également d'une particulière gravité, la préfète du Rhône a, par une exacte appréciation des faits, pu considérer que la présence en France de M. B constitue une menace grave à l'ordre public. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
9. Si M. B soutient qu'il est marié à une ressortissante française, il ressort des pièces du dossier qu'il a déclaré être séparé de son épouse lors de son audition le 17 novembre 2022. Il ne justifie en outre d'aucune perspective d'insertion professionnelle particulière et n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où réside sa grand-tante chez laquelle il a vécu durant son enfance. Dans ces conditions, et compte tenu de la menace pour l'ordre public que constitue son comportement, la décision en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision d'expulsion serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur la situation personnelle de l'intéressé.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. B à fin d'annulation de la décision du 2 mai 2023 par laquelle la préfète du Rhône a prononcé son expulsion du territoire français doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions des articles L. 761-1 et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, au titre des frais liés au litige.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 20 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Marine Flechet, première conseillère,
Mme Marie Chapard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.
La rapporteure,
M. Flechet
Le président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
G. Reynaud
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026