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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308329

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308329

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 octobre 2023, M. B E A, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 2 octobre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard passé ce délai ;

3°) d'enjoindre à la même autorité de faire procéder à l'effacement de son signalement au sein du fichier SIS II ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- ces décisions sont entachées d'incompétence ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- cette décision est entachée d'erreur de fait ; les faits reprochés sont contestés et sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public ; cette décision procède d'une erreur d'appréciation dans l'application du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle procède d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 612-3 du code précité ;

- elle procède d'une erreur de fait quant à la menace à l'ordre public invoquée ;

- son séjour régulier sur le territoire faisait obstacle à son édiction ;

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire national :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant mesure d'éloignement et refus de délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'erreur de fait ;

- elle procède d'une erreur d'appréciation dans l'application des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code précité ;

Sur la décision portant détermination du pays de retour en cas de renvoi :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par ordonnance du 19 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 janvier 2024.

Des pièces complémentaires ont été produites par la préfète du Rhône à la demande du tribunal, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le 12 janvier 2024, et ont été communiquées en application de ce même article.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,

- et les observations de Me Lulé, suppléant Me Bescou, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

1. Les décisions attaquées sont signées par Mme D C, cheffe du bureau de l'éloignement, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète du Rhône du 29 août 2023, régulièrement publié le 1er septembre suivant au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ".

3. Pour édicter la mesure d'éloignement en litige, la préfète du Rhône, au visa des dispositions précitées, a relevé que M. A, entré en France le 14 septembre 2023, avait été interpellé le 1er octobre suivant, placé en garde à vue pour des faits d'agression sexuelle et qu'il faisait l'objet d'une convocation par officier de police judiciaire. Si M. A conteste les faits qui lui sont reprochés, décrits avec spécificité et cohérence par la victime dans sa plainte assortie d'une vidéo confirmant partie de ceux-ci, et notamment les excuses présentées par le mis en cause, ses déclarations lors de son audition par les services de police apparaissent confuses, peu cohérentes et ne remettent pas sérieusement en cause la version des faits exposée par la victime. Dans ces conditions, compte tenu de la gravité des faits en cause et de leur caractère très récent au regard de la date d'entrée en France du requérant, c'est sans erreur d'appréciation que la préfète du Rhône a pu estimer que la présence de M. A en France constituait une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté ainsi que, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant la décision attaquée.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

4. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision ". Selon l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". L'article L. 612-3 de ce code dispose : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

5. D'une part, l'illégalité de la décision portant mesure d'éloignement n'étant pas établie, M. A n'est pas fondé à en exciper à l'encontre de la décision en litige.

6. D'autre part, pour refuser un délai de départ volontaire à M. A, au visa des dispositions précitées, la préfète du Rhône a relevé que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public, dans les conditions relevées au point 3 du présent jugement, et qu'il ne déclarait aucun logement stable et établi ni ne disposait de moyens d'existence sur le territoire national. Ce faisant, cette autorité a porté une appréciation au regard des critères des dispositions précitées sans s'estimer en situation de compétence liée, ainsi que soutenu par le requérant. De même, ainsi qu'il a été dit, le comportement de M. A est constitutif de la menace à l'ordre public invoquée. Enfin, la seule circonstance tenant à ce que l'intéressé était en situation régulière sur le territoire n'est pas une circonstance particulière à même de faire obstacle à l'édiction de la décision attaquée. C'est ainsi par une exacte application des dispositions précitées que la préfète du Rhône a pu refuser au requérant un délai de départ volontaire.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

8. D'une part, l'illégalité de la décision portant mesure d'éloignement et de celle lui refusant un délai de départ volontaire n'étant pas établie, M. A n'est pas fondé à en exciper à l'encontre de la décision en litige.

9. D'autre part, pour interdire de retour sur le territoire national pour une durée d'un an, la préfète du Rhône a relevé, au visa des dispositions précitées, que la présence de M. A en France constituait une menace pour l'ordre public et qu'il n'avait de liens particuliers avec ce pays, y étant entré très récemment. Ainsi qu'il a été dit, de tels constats ne sont pas entachés d'erreur de fait ou de qualification et c'est par une exacte application des dispositions précitées que la préfète du Rhône a pu interdire le requérant de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

Sur la décision portant fixation du pays de destination en cas de renvoi :

10. L'illégalité de la décision portant mesure d'éloignement n'étant pas établie, M. A n'est pas fondé à en exciper à l'encontre de la décision en litige.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte les assortissant et celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à B E A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

Le rapporteur,

M. Gilbertas

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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