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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308332

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308332

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantTOMC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Tomc, avocat, demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir les décisions du 4 septembre 2023 par lesquelles le préfet de la Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

Il soutient que :

- sa situation privée et familiale lui permet de prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des stipulations de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le refus de titre de séjour en litige méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- compte tenu de la présence de ses enfants mineurs et de son épouse en France et des risques qu'il encourt en Tunisie, l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 relatif au séjour et au travail des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Drouet, président,

- et les observations de Me Tomc, avocat, pour M. B.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, si M. B soutient, en invoquant son activité professionnelle, qu'il pouvait prétendre à une admission au séjour en qualité de salarié dans le cadre de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 relatif au séjour et au travail des personnes, il est constant qu'il n'a pas sollicité un titre de séjour sur ce fondement et qu'il ne disposait, en tout état de cause, ni d'un visa de long séjour ni d'une autorisation de travail exigés par l'article 3 de cet accord. Par suite, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ne peut qu'être écarté.

2. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B, ressortissant tunisien né le 14 janvier 1980, est entré sur le territoire français le 28 septembre 2016 muni d'un visa de court séjour et s'y est maintenu irrégulièrement, ayant fait l'objet le 25 octobre 2019 d'une décision de refus d'admission au séjour au titre de l'asile assortie d'une obligation de quitter le territoire français, devenue définitive à la suite du rejet de son recours contentieux par le tribunal le 21 janvier 2020. M. B ne justifie pas d'une insertion significative en France pour lui-même ni pour son épouse, de même nationalité que lui et qui ne dispose pas de droit au séjour sur le territoire français. Rien ne s'oppose à ce que la vie familiale de M. B et de son épouse, accompagnés de leurs deux enfants mineures, se poursuive ailleurs qu'en France et notamment en Tunisie, où le requérant a vécu jusqu'à l'âge de trente-six ans et où réside sa mère, et à ce que leurs deux enfants mineures poursuivent leur scolarité en Tunisie. Par suite, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, la décision contestée de refus de titre de séjour n'a pas porté au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis par cette décision et n'a, ainsi, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

3. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point précédent, l'obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle du requérant.

4. En quatrième lieu, M. B fait valoir à l'encontre de la décision fixant le pays de destination l'impossibilité de mener une vie privée et familiale normale en raison des risques que lui-même et son épouse encourraient en Tunisie. Toutefois, les deux documents produits à l'appui de cette allégation ne démontrent pas qu'il serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d'un retour dans son pays d'origine, alors que sa demande d'asile et la demande de réexamen de sa demande d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides respectivement le 18 septembre 2017 et le 6 mars 2019, ces deux décisions ayant été confirmées par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, la décision contestée fixant le pays de destination ne méconnaît pas les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ni celles de l'article 8 de la même convention.

5. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus aux point 2, l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. En dernier lieu, M. B ne saurait utilement se prévaloir à l'encontre de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de six mois des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 4 septembre 2023 par lesquelles le préfet de la Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête n° 2308332 est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Drouet, président,

- Mme Maubon, première conseillère,

- M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

Le président rapporteur,

H. DrouetL'assesseure la plus ancienne,

G. Maubon

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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