vendredi 6 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2308356 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées le 4, 5 et 6 octobre 2023, M. C A, représenté par Me Lefèvre, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 3 octobre 2023 par laquelle la préfète de l'Ain a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit pour l'exécution d'une interdiction judiciaire du territoire français ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
-la décision attaquée est prise par une autorité incompétente ;
-elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
-elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire lui permettant de présenter utilement ses observations ;
-elle est contraire aux dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
La préfète de l'Ain a produit des pièces le 5 octobre 2023.
Vu :
- la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Feron.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Feron ;
- les observations de Me Lefèvre, avocate de M. A, qui conclut aux mêmes fins que dans la requête et par les mêmes moyens ;
-les observations de Me Morisson-Cardinaud, substituant Me Tomasi, avocate de la préfète de l'Ain, qui conclut au rejet de la requête ;
-les observations de M. A, assisté de M. E, interprète en langue arabe, qui déclare qu'il souffre d'asthme et qu'il détient un titre de séjour suisse qu'il aurait oublié à son domicile suisse.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant algérien né le 27 août 1990, a été condamné le 6 septembre 2021 par le tribunal correctionnel d'Albertville à une peine de six mois d'emprisonnement pour avoir fait usage d'une fausse carte d'identité française et d'une fausse carte vitale. Le tribunal a en outre prononcé à son encontre une peine complémentaire d'interdiction du territoire français pendant trois ans. Par un arrêté du 4 octobre 2023 dont M. A demande l'annulation, la préfète de l'Ain a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit pour l'exécution de cette interdiction judiciaire du territoire français. M. A a par ailleurs été placé au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry à sa libération du centre pénitentiaire de Bourg-en-Bresse.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions au fond :
3. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. Pierre Puyastier, secrétaire administratif de classe supérieure, qui dispose d'une délégation de compétence en cas d'absence ou d'empêchement simultanés de M. G D, directeur de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain par intérim, et de M. F B, chef du bureau de l'éloignement et du contentieux, en vertu d'un arrêté édicté par le préfète de l'Ain le 25 septembre 2023 publié au recueil des actes administratifs du même jour. Dès lors qu'il n'est pas démontré que M. D et M. B n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de la décision attaquée, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être écarté.
4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application et rappelle la situation administrative de l'intéressé en particulier la peine d'interdiction temporaire du territoire français prononcée à son encontre. La préfète n'était pas tenue de relever l'ensemble des éléments de la situation de M. A, notamment pas la circonstance qu'il a déclaré lors de son audition par les services de police résider habituellement en Suisse sans produire de justificatif de domicile ou de titre de séjour suisse. Dans ces conditions, la décision attaquée est suffisamment motivée et ne révèle aucun défaut d'examen sérieux de la situation de l'intéressé.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ". La décision fixant le pays de renvoi d'un étranger frappé d'interdiction judiciaire du territoire français ayant le caractère d'une mesure de police, elle est soumise notamment aux dispositions précitées des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration selon lesquelles l'administration doit mettre à même la personne intéressée de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales en ayant la faculté de se faire assister par un conseil de son choix. Ces dispositions n'imposent pas à l'administration d'informer l'intéressé de sa faculté de présenter des observations écrites.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été informé le 11 mai 2023 de ce que la préfète de l'Ain envisageait de fixer le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en exécution de l'interdiction judiciaire du territoire dont il est l'objet. Il a indiqué oralement lors de son audition par les services de police du même jour qu'il ne souhaitait pas retourner en Algérie mais souhaitait plutôt se rendre en Suisse. Dans ces conditions, M. A a été mis à même de présenter des observations avant l'édiction de la décision en litige. Il n'établit ni même n'allègue qu'il aurait été empêché de se faire assister ou représenter par un conseil ou un mandataire de son choix. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté.
7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. M. A fait valoir qu'il risque d'être emprisonné en cas de retour en Algérie dès lors que le tribunal d'Oran l'a condamné à 2012 à une peine de six mois d'emprisonnement pour désertion militaire. Il soutient qu'il risque de subir des actes de torture dans les prisons algériennes. Toutefois, même à supposer que le document non traduit qu'il produit soit la preuve de sa condamnation à une peine d'emprisonnement en Algérie, il n'apporte aucun élément ni aucune pièce sur les conditions de détention dans les prisons algériennes si bien qu'il n'établit pas la réalité des risques encourus par lui en cas de retour dans son pays d'origine. Dans ces conditions, les moyens tirés de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de la décision du 3 octobre 2023 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : M. A est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète de l'Ain.
Copie en sera adressée à Me Lefèvre.
Lu en audience publique le 6 octobre 2023.
La magistrate désignée,
C. FERON La greffière,
C. DRIGUZZI
La République mande et ordonne la préfète de l'Ain en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026