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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308404

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308404

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308404
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantWINDEY

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2023 sous le n° 2308404, Mme E B, représentée par Me Windey, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 5 septembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant ", ou à tout le moins de réexaminer sa demande, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard passé ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- cette décision procède d'une erreur de droit dans l'application des stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien, aucune condition de caractère supérieur des études n'étant imposée ;

- elle procède d'une inexacte application des stipulations de ce titre III ; sa situation particulière justifiait, à l'instar de ce qui est permis par les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et su séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une dispense de visa de long séjour ;

- elle méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; sa situation justifiait qu'il soit fait application des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation particulière ;

Sur la décision portant octroi de délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par une ordonnance du 19 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 janvier 2024.

Des pièces ont été enregistrées pour la préfète du Rhône le 16 janvier 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'ont pas été communiquées.

II. Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2023 sous le n° 2308405, M. A G B, représenté par Me Windey, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 5 septembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant ", ou à tout le moins de réexaminer sa demande, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard passé ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- cette décision procède d'une erreur de droit dans l'application des stipulations du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien, aucune condition de caractère supérieur des études n'étant imposée ;

- elle procède d'une inexacte application des stipulations de ce titre III ; sa situation particulière justifiait, à l'instar de ce qui est permis par les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et su séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une dispense de visa de long séjour ;

- elle méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; sa situation justifiait qu'il soit fait application des stipulations du 6) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation particulière ;

Sur la décision portant octroi de délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

Par une ordonnance du 19 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 janvier 2024.

Des pièces ont été enregistrées pour la préfète du Rhône le 16 janvier 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'ont pas été communiquées.

III. Par une requête, enregistrée le 24 octobre 2023 sous le n° 2309031, Mme C D épouse F, représentée par Me Windey, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 septembre 2023 par laquelle la préfète du Rhône lui a refusé un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ou " étudiant ", ou à tout le moins de réexaminer sa demande, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de cent euros par jour de retard passé ce délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision lui refusant un titre de séjour est entachée d'incompétence ;

- cette décision est entachée d'erreur de fait et de droit, la présomption de communauté de vie résultant de l'article 215 du code civil et n'étant pas sérieusement remise en cause ; l'absence de communauté de vie ainsi opposée ne saurait constituer un motif de refus du titre de séjour sollicité ;

- elle méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; sa situation justifiait qu'il soit fait application des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien.

Par une ordonnance du 19 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 janvier 2024.

Des pièces ont été enregistrées pour la préfète du Rhône le 16 janvier 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'ont pas été communiquées.

M. et Mme B ont été admis chacun au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 26 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur la décision refusant un titre de séjour à Mme F :

1. D'une part, la décision attaquée est signée par Sarah Guillon, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, qui avait reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône du 29 mars 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit donc être écarté comme manquant en fait.

2. D'autre part, il ressort des mentions de la décision attaquée que Mme F a sollicité, le 7 octobre 2019, un titre de séjour au regard de sa vie privée et familiale en France. Contrairement à ce qui est soutenu par la requérante, en portant une appréciation sur la communauté de vie formée avec son époux, bénéficiaire d'une carte de résident valable dix ans, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur de droit dans les critères d'appréciation qu'il lui incombait d'examiner au regard de ses liens avec le territoire français. Le moyen tiré de l'erreur de droit à cet égard doit être écarté.

3. Enfin, Mme F fait valoir sa présence en France depuis le 21 août 2017, en compagnie de son époux, avec lequel elle s'est mariée le 31 mars 2018, et de ses deux enfants, nés d'une précédente union, lesquels sont scolarisés et désormais majeurs. Si, ainsi qu'elle le soutient et contrairement à ce qui a été retenu par l'autorité préfectorale, les pièces versées, comprenant notamment diverses factures, des déclarations d'imposition commune et de nombreuses attestations, établissent la réalité de la communauté de vie entre les époux, ces éléments ne caractérisent pas, compte tenu notamment de la durée en cause et de l'absence d'éléments indiquant que la présence de Mme F serait nécessaire au regard de l'état de santé de son époux, des liens particuliers avec le territoire national, non plus que la présence des deux enfants majeurs de la requérante, majeurs et ayant fait l'objet de refus de titre de séjour assortis d'obligations de quitter le territoire édictées le même jour que la décision en litige. Par ailleurs, si Mme F se prévaut d'une promesse d'embauche dans une boucherie, cette promesse est postérieure à la date de la décision attaquée, l'intéressée n'ayant jamais eu d'activité professionnelle en France. Dans ces conditions, la décision attaquée ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée aux liens établies par la requérante avec la France. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête n° 2309031 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte les assortissant et celles relatives au frais du litige.

Sur les décisions visant Mme E et M. A G B :

En ce qui concerne les décisions portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, les décisions attaquées sont signées par Sarah Guillon, directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, qui avait reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône du 29 mars 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, accessible tant au juge qu'aux parties. Les moyens tirés de l'incompétence du signataire des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français doivent donc être écartés comme manquant en fait.

6. En deuxième lieu, aux termes du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire ". ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) (a à d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. ".

7. D'une part, pour refuser les titres de séjour sollicités par Mme E et M. A G B, la préfète du Rhône a relevé, d'une part, qu'ils ne justifiaient pas du visa de long séjour exigé par les stipulations précitées et, d'autre part, que les cursus en cause relevaient des études secondaires et non d'études supérieures. Contrairement à ce qui est soutenu par les requérants, ces stipulations ne ménagent pas d'exceptions à l'exigence de production d'un visa de long séjour, et notamment au regard des critères afférents visés par l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, non applicable à leur situation. S'ils indiquent que la consistance de ces études et leurs résultats scolaires justifiaient d'une admission sur ce fondement à titre exceptionnel, il ressort des mentions des décisions attaquées que l'autorité préfectorale a examiné l'opportunité d'une telle régularisation et s'est abstenue d'y recourir. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

8. D'autre part, dans l'hypothèse même où l'autorité préfectorale aurait entendu opposer, à tort, le motif tiré du défaut de caractère supérieur des études suivies en France, il résulte de l'instruction que cette autorité aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré du défaut de visa long séjour exigé par les stipulations précitées.

9. En dernier lieu, Mme E et M. A G B font valoir leur présence en France depuis 21 août 2017, date à laquelle ils sont entrés en compagnie de leur mère aux âges respectifs de 14 et 13 ans. Ils ont été scolarisés en France avec succès et, à la date des décisions attaquées, ils ont obtenu un baccalauréat professionnel, " métiers de l'hôtellerie et de la restauration " pour la première et " maintenance des véhicules " pour le second. Ils indiquent également, outre la présence de leur mère dont la légalité du refus de titre de séjour a été examiné précédemment, être liés à leur beau-père, au contraire de leur père vivant en Algérie, et désirer travailler, produisant des promesses d'embauche, ou poursuivre leurs études. Toutefois, l'ensemble de ces éléments ne caractérisent pas des liens tels avec la France que les décisions en litige y porteraient une atteinte disproportionnée au regard de leurs objectifs. Dans ces conditions, c'est sans erreur d'appréciation dans l'application des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que la préfète du Rhône a pu rejeter les demandes de titres de séjour de Mme E et M. A G B.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

10. D'une part, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, Mme E et M. A G B ne sont pas fondés à exciper d'une telle illégalité à l'encontre des décisions attaquées.

11. D'autre part, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation entachant les décisions attaquées doivent être écartés, en l'absence d'arguments spécifiques, pour les motifs retenus au point 9 du présent jugement.

Sur les décisions portant octroi d'un délai de départ volontaire :

12. L'illégalité des décisions portant mesure d'éloignement n'étant pas établie, Mme E et M. A G B ne sont pas fondés à exciper d'une telle illégalité à l'encontre des décisions attaquées.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes n° 2308404 et n° 2308405 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte les assortissant et celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2308404, n° 2308405 et n° 2309031 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B, à M. M. A G B, à Mme C D épouse F, à Me Windey et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

Le rapporteur,

M. Gilbertas

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

Nos 2308404, 2308405, 2309031

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