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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308436

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308436

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308436
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantBROCARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 octobre 2023, M. E C, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, avant-dire droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;

3°) d'annuler les décisions du 5 octobre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de douze mois ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

- elles sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

- elles sont insuffisamment motivées au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les dispositions les dispositions du 1° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il est mineur ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son comportement ne représente pas un danger réel et actuel pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les dispositions du 3° de l'article L. 612-2 et de l'article L. 612-3 du même code, dès lors que la préfète du Rhône ne justifie pas les raisons pour lesquelles il existerait un risque qu'il se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et revêt un caractère disproportionné ; en effet :

• il justifie de circonstances humanitaires qui auraient dû conduire la préfète du Rhône à exclure l'édiction d'une interdiction de retour ;

• il est mineur, a quitté son pays d'origine en raison de difficultés relationnelles avec ses parents et a ancré sa vie sur le territoire français depuis plus d'une année ;

- son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) l'empêchera d'obtenir un visa et constitue une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;

- le règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Driguzzi, greffière :

- le rapport de M. Gueguen ;

- les observations de Me Brocard, avocate de permanence, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et insiste en particulier sur le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la minorité du requérant est présumée, l'intéressé ayant déclaré être né le 6 décembre 2006, et qu'elle ne peut être renversée par la seule évaluation éducative et sociale réalisée par l'association départementale pour le développement des actions de prévention des Bouches-du-Rhône (Groupe ADDAP13) le 22 juin 2023, compte tenu de ce qu'elle a conclu à sa majorité sur le seul fondement de sa pilosité, soit un caractère sexuel secondaire dont la prise en compte est prohibée par les dispositions de l'article 388 du code civil ;

- et les observations de M. C, assisté de M. A K, interprète en langue arabe, qui déclare s'en remettre au jugement qui sera rendu par le tribunal.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant algérien, déclare être né le 6 décembre 2006 et être entré en France au cours de l'année 2022, où il est connu des services de la police nationale sous les identités de Mouniir (sic) C, né le 6 décembre 2006 et de E Hamman, né le 6 septembre 2005. Le 4 octobre 2023, l'intéressé a été interpellé dans le 2ème arrondissement de Lyon par les services de la police nationale puis placé en garde à vue pour des faits de " vol " et d'" outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique ". Suite à un rapport de la cellule d'évaluation de la minorité (CEM) de la police aux frontières de Lyon ayant conclu à sa majorité le 5 octobre 2023, par des décisions du même jour, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de douze mois. Par un arrêté du 5 octobre 2023, l'autorité préfectorale a ordonné le placement de M. C au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry pour une durée de quarante-huit heures, et par une ordonnance du 7 octobre 2023, confirmée par une ordonnance de la première présidente de la cour d'appel de Lyon du 9 octobre suivant, la juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon a ordonné la prolongation de cette rétention pour une durée de vingt-huit jours.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

Sur la demande de communication du dossier par l'administration :

4. Selon les termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Et aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

5. La préfète du Rhône ayant produit, le 9 octobre 2023, les pièces relatives à la situation administrative de M. C, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

6. En premier lieu, il ressort des pièces produites en défense que, par un arrêté du 2 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du lendemain, la préfète de ce département a donné délégation de signature à Mme F D attachée, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B G, directrice des migrations et de l'intégration, et de Mme I H, attachée, cheffe du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer la totalité des actes établis par cette direction, à l'exception de ceux au nombre desquels ne figurent pas les décisions attaquées. Or, il n'est ni établi, ni même allégué, que Mmes G et H n'auraient pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Selon les termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Par ailleurs, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Et aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 () et les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

8. Les décisions contestées visent les textes dont elles font application, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C sur lesquelles la préfète du Rhône s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai, pour fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ainsi que pour décider, dans son principe et dans sa durée, de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de douze mois. Contrairement à ce que semble soutenir l'intéressé, l'autorité préfectorale n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle. Par suite, les décisions contestées, qui comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et ont ainsi permis au requérant d'en contester utilement le bien-fondé, sont suffisamment motivées au regard des dispositions citées au point précédent.

9. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. C préalablement à leur édiction. À cet égard, si le requérant fait grief à l'autorité préfectorale de ne pas avoir indiqué la " source " sur laquelle elle s'est fondée pour estimer qu'il était né le 6 septembre 2005, et non le 6 décembre 2006, de n' avoir " effectué aucune démarche pour vérifier (s)es déclarations " s'agissant de sa minorité, et de s'être fondée sur un jugement en chambre du conseil du tribunal pour enfants de J s'étant déclaré incompétent pour le juger le 11 juillet 2023 en raison de sa majorité, alors qu'il n'avait " jamais fait l'objet d'une évaluation de (s)a minorité ", la divergence d'analyse quant à sa majorité retenue par la préfète du Rhône au sens et pour l'application des dispositions du 1° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est pas de nature à établir le défaut d'examen allégué, alors au surplus qu'il ressort des visas des décisions en litige que l'autorité préfectorale s'est notamment fondée sur le rapport de la cellule d'évaluation de minorité (CEM) de la police aux frontières de Lyon du 5 octobre 2023 ayant conclu à cette majorité, et non sur le seul jugement précité du 11 juillet 2023, ainsi que sur le procès-verbal de l'interpellation de M. C le 4 octobre 2023 au cours de laquelle l'intéressé a déclaré être né le 6 septembre 2005 en Algérie. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Selon les termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 1° L'étranger mineur de dix-huit ans ; () ". Si cette protection ne fait pas obstacle à ce qu'une mesure d'éloignement soit prise par l'autorité administrative à l'égard d'une personne dont elle estime, au terme de l'examen de sa situation, qu'elle est majeure, alors même qu'elle allèguerait être mineure, elle implique en revanche que, saisi dans le cadre du recours suspensif ouvert contre une telle mesure, le juge administratif se prononce sur la minorité alléguée sauf, en cas de difficulté sérieuse, à ce qu'il saisisse l'autorité judiciaire d'une question préjudicielle portant sur l'état civil de l'intéressé. Dans l'hypothèse où une instance serait en cours devant le juge des enfants, le juge administratif peut surseoir à statuer si une telle mesure est utile à la bonne administration de la justice. Lorsque le doute persiste au vu de l'ensemble des éléments recueillis, il doit profiter à la qualité de mineur de l'intéressé.

11. Pour considérer que M. C n'établissait pas entrer dans la catégorie des étrangers mineurs de dix-huit ne pouvant faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en vertu des dispositions du 1° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète du Rhône s'est fondée sur la circonstance tirée de ce que si l'intéressé déclarait être né le 6 décembre 2006, il avait été considéré comme majeur à l'issue de l'enquête menée par la CEM de la police aux frontières de Lyon, et notamment par l'autorité judiciaire dès lors que le tribunal pour enfants de J s'était déclaré incompétent pour le juger le 11 juillet 2023 en raison de sa majorité.

12. En l'espèce, tout d'abord, et contrairement à ce que soutient le requérant, il résulte de ce qui a été précédemment exposé au point 10 que la protection instituée en faveur de l'étranger mineur de dix-huit ans ne fait pas obstacle à ce que l'autorité préfectorale édicte une mesure d'éloignement à l'encontre d'une personne dont elle estime qu'elle est majeure après avoir procédé à l'examen de sa situation, de sorte que la préfète du Rhône, qui a procédé à un tel examen s'agissant de la situation de M. C, n'était pas tenue de saisir l'autorité judiciaire préalablement à l'édiction de la mesure d'éloignement en litige alors même que l'intéressé alléguait être mineur.

13. Ensuite, et contrairement à ce qu'il soutient également pour la première fois lors de l'audience publique, M. C, qui ne produit aucun document d'identité de nature à corroborer sa date de naissance alléguée, ne peut se prévaloir d'une " présomption de minorité ", dès lors qu'une telle présomption résulte, s'agissant d'une personne née en dehors du territoire français, d'un acte d'état civil établi par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays et attestant de cette minorité, conformément aux dispositions de l'article 47 du code civil.

14. Enfin, il ressort des pièces produites en défense que M. C, qui s'est présenté comme mineur non accompagné sur le territoire français pour être né le 6 décembre 2006 en Algérie, a été déféré devant le juge des enfants du tribunal pour enfants de J le 10 mai 2023 pour des faits " d'outrage et de rébellion " pour lesquels il devait comparaître devant ce même juge le 11 juillet suivant. L'intéressé a bénéficié, dans le cadre pénal, d'une mesure éducative judiciaire provisoire ordonnée le 10 mai 2023 et a été confié à l'unité éducative en milieu ouvert (UEMO) Le Garlaban, située à J, avant d'être provisoirement confié aux services de l'aide sociale à l'enfance (ASE) du département des Bouches-du-Rhône par une ordonnance du 23 mai suivant aux fins d'évaluation de sa minorité. À l'issue de l'entretien d'une durée d'une heure quinze dont il a bénéficié le 19 juin 2023 avec l'assistance d'un interprète par téléphone en langue arabe, l'association départementale pour le développement des actions de prévention des Bouches-du-Rhône (Groupe ADDAP13) a conclu à sa " majorité manifeste " aux termes de l'évaluation éducative et sociale qu'elle a adressée le 22 juin suivant au service des mineurs non accompagnés de la direction enfance - famille du conseil départemental. Contrairement à ce que soutient le requérant lors de l'audience publique, il ressort des termes de cette évaluation qu'elle ne se fonde pas exclusivement sur le développement pubertaire de caractères sexuels secondaires tels que sa " pilosité " pour conclure sa majorité, mais tient compte de l'ensemble des éléments recueillis durant l'entretien précité du 19 juin 2023. Les " observations générales " de cette évaluation relèvent à cet égard que M. C n'a " présenté aucun document d'identité qui aurait pu permettre de corroborer (s)a minorité alléguée ", que les " repères temporels " qu'il a été en mesure d'indiquer " concernant sa scolarité () ont été incohérents et ont corroboré (s)a majorité ", de même que ses déclarations sur son parcours migratoire, ses conditions de séjour et ses moyens de subsistance depuis son arrivée à J à la date déclarée du 20 juillet 2022 qui " ont dénoté avec la minorité allégué " et " ont démontré une forte autonomie ", outre la " facette de sa personnalité " davantage " affirmée " lorsqu'il a été interrogé sur " ses " problèmes " avec les autorités policières à J " qui ont alors " confirmé le doute de l'équipe évaluatrice quant à l'âge qu'il déclare ", son " attitude " se rapprochant " davantage () de celle d'un jeune homme adulte ". Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'au regard des conclusions de cette évaluation, le juge des enfants du tribunal pour enfants de J s'est déclaré incompétent pour juger le requérant au pénal le 11 juillet 2023, renvoyant le ministère public à mieux se pourvoir, et par un jugement en assistance éducative du même jour, faisant suite au non-lieu à assistance éducative sollicité par la présidente du conseil départemental des Bouches-du-Rhône le 7 juillet 2023, le juge des enfants de ce même tribunal, estimant que l'évaluation précitée apparaissait " étayée et circonstanciée " et ne reposait " sur aucun autre élément objectif permettant de poursuivre les investigations ", a retenu la majorité de l'intéressé et dit qu'il n'y avait lieu à assistance éducative le concernant. Enfin, il ressort des conclusions du " rapport d'évaluation de la minorité " établi le 5 octobre 2023 par la CEM de la police aux frontières de Lyon que saisi de l'ensemble des éléments précités, le substitut du procureur près le tribunal judiciaire de Lyon a considéré que la majorité de M. C était " établie et qu'une estimation de l'âge physiologique était superfétatoire ". Au surplus, il ressort de l'ordonnance du 7 octobre 2023 ordonnant la prolongation de la rétention administrative du requérant pour une durée de vingt-huit jours que la juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon, après avoir rappelé qu'il appartenait à l'intéressé de " fournir les éléments établissant sa minorité ", a considéré que la minorité de M. C n'était pas établie, et par une ordonnance du 9 octobre suivant la confirmant, la première présidente de la cour d'appel de Lyon, après avoir rappelé que " la charge de la preuve de la minorité pèse sur l'étranger, qui seul bénéficie du doute ", a relevé qu'en " dehors de ses seules déclarations recueillies au cours de sa récente garde à vue, faisant état d'une date de naissance le 6 décembre 2006, alors que la date du 6 septembre 2005 avait été indiquée lors de son interpellation et de la notification de ses droits de gardés à vue ", l'intéressé ne fournissait " aucun autre document de nature à appuyer son allégation de minorité ", son " attitude " et sa " carence à fournir des éléments concrets sur son âge " conduisant " à exclure la persistance d'un quelconque doute concernant (s)a majorité ". Dans ces conditions, dès lors que le requérant ne produit pas davantage, dans le cadre de la présente instance, le moindre élément de nature à faire persister un doute quant à sa majorité, et en l'absence de toute difficulté sérieuse quant à l'état civil de l'intéressé impliquant la saisine de l'autorité judiciaire, la qualité de mineur alléguée par M. C n'est pas établie.

15. Par suite, la préfète du Rhône, qui n'était pas tenue de procéder à des investigations supplémentaires suite au rapport remis par la CEM de la police aux frontières de Lyon le 5 octobre 2023, n'a pas méconnu les dispositions précitées du 1° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en obligeant le requérant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

16. Selon les termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". L'article L. 612-2 du même code prévoit que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

17. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. C, la préfète du Rhône s'est fondée sur les dispositions précitées du 1° et du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur celles des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, en considérant que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public, dès lors qu'il avait été interpellé et placé en garde à vue le 4 octobre 2023 pour des faits de " vol avec dégradation et vandalisme ", affaire traitée en flagrant délit pour laquelle il était " personnellement mis en cause ", alors qu'il était par ailleurs défavorablement connu des services de police, et qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet, en l'absence de circonstances particulières, dès lors, d'une part, qu'il ne pouvait justifier d'une entrée régulière sur le territoire national et ne démontrait pas être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, et, d'autre part, qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes, compte tenu de ce qu'il ne pouvait justifier, ni d'un hébergement stable et établi sur le territoire national, ni de la réalité de ses moyens d'existence effectif. En l'espèce, si le requérant soutient que les faits qui lui sont reprochés sont " insuffisants pour caractériser " un danger réel et actuel pour l'ordre public " ", il ressort toutefois des éléments produits en défense qu'il a fait l'objet de dix signalements au fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) sous quatre identités différentes entre le 12 novembre 2022 et le 4 octobre 2023, pour des faits de " vol à l'étalage ", de " dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui ", de " rébellion ", d' " outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique ", de " vol d'accessoires sur véhicule immatriculé ", de " port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie D ", de " vol simple " de " violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours ", et de " vol à la roulotte ", qu'il a été poursuivi pénalement pour des faits de " vol " commis le 27 juin 2023 dans un centre commercial situé à J, et qu'il a été interpellé dans le 2ème arrondissement de Lyon par les services de la police nationale le 4 octobre 2023 puis placé en garde à vue pour des faits de " vol " et d' " outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique ", l'intéressé ayant reconnu, au cours de son audition du 5 octobre suivant, être " rentré à l'intérieur " d'un véhicule " pour y dérober des affaires ". Par ailleurs, M. C, qui n'établit ni même n'allègue qu'il justifiait d'une circonstance particulière au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et se borne à soutenir que l'autorité préfectorale ne justifierait pas " les raisons pour lesquelles il y aurait de (s)a part un risque de soustraction " ne saurait être regardé, compte tenu de ces seules allégations générales, comme contestant sérieusement les motifs tirés de ce qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet, alors au surplus qu'il ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'y a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et ne présente aucune garantie de représentation suffisante. Par suite, la préfète du Rhône n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois :

18. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et selon les termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

19. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée, la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

20. Pour prononcer à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois, la préfète du Rhône a relevé, après avoir retenu l'absence de circonstances humanitaires, que l'intéressé, célibataire et sans enfant à charge, ne justifiait ni de la nature, ni de l'ancienneté de ses liens avec la France, et que son comportement délictueux était constitutif d'une menace pour l'ordre public. En l'espèce, le requérant soutient qu'il justifie de circonstances humanitaires qui auraient dû conduire l'autorité préfectorale à exclure l'édiction d'une interdiction de retour et qu'une telle interdiction revêt un caractère disproportionné compte tenu de sa minorité, de ce qu'il a quitté son pays d'origine en raison de difficultés relationnelles avec ses parents et de son ancrage sur le territoire français depuis plus d'une année. Toutefois, il résulte de ce qui a été précédemment exposé au point 14 que M. C ne justifie pas de sa qualité de mineur, et les éléments dont il se prévaut dans le cadre de la présente instance ne sauraient être regardés comme des circonstances humanitaires au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, l'intéressé, qui soutient être présent en France depuis le 20 juillet 2022, n'y justifie d'aucun lien privé et familial ni d'aucune insertion sociale et professionnelle, alors qu'il a déclaré, lors de son audition par les services de la police nationale le 5 octobre 2023, être célibataire et sans enfant à charge, résider dans un " squat à J ", et n'avoir ni profession ni ressources mais subvenir à ses besoins en travaillant " au noir dans les cuisines de restaurant(s) ". Au surplus, il ressort des " observations générales " de l'évaluation sociale et éducative rédigée le 22 juin 2023 par le Groupe ADDAP13 que M. C s'était " mis en difficulté avec la police à plusieurs reprises " après avoir été provisoirement confié aux services de l'ASE du département des Bouches-du-Rhône le 23 mai 2023, qu'il rentrait " très tard le soir et en état d'ébriété " au sein de l'hôtel où il était hébergé au cours de sa " mise à l'abri ", et qu'il s'y était rendu coupable de " violences aggravées " en tentant " d'agresser physiquement à l'aide d'une arme blanche, quelques jeunes de l'hôtel ainsi que le veilleur ", n'ayant en outre " aucun lien et aucune relation amicale avec le groupe de jeunes " présent. En outre, il résulte de ce qui a été dit au point 17 que sa présence sur le territoire français représente une menace pour l'ordre public. Enfin, l'autorité préfectorale s'est limitée à édicter une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de douze mois, alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à trois ans. Par suite, la préfète du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni davantage fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du même code en prononçant à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de douze mois, laquelle ne revêt pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.

21. En second lieu, selon les termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. () ".

22. Si M. C soutient que son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) résultant de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre l'empêchera d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitue " une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen ", il résulte toutefois des dispositions du règlement du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes, et en particulier du c) du paragraphe 5 de son article 6, que, par dérogation au d) du paragraphe 1 du même article, le signalement d'un ressortissant d'un pays tiers dans le SIS n'interdit pas à un État membre de l'autoriser à entrer sur son territoire pour des motifs humanitaires ou d'intérêt national, ou en raison d'obligations internationales. Par suite, le moyen doit être écarté.

23. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C et à la préfète du Rhône.

Lu en audience publique le 10 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

C. Gueguen

La greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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