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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308437

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308437

mardi 10 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308437
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantBROCARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 7 et 9 octobre 2023, M. J D retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'ordonner, avant-dire droit, la mise à disposition de son dossier par la préfecture ;

3°) d'annuler les décisions du 6 octobre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de dix-huit mois ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'État versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

- elles sont entachées d'incompétence de leur signataire ;

- elles sont insuffisamment motivées au regard des dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la préfète du Rhône aurait dû saisir le médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) préalablement à son édiction ;

- elle méconnaît les dispositions les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du même code, dès lors qu'il est atteint d'importants troubles psychiatriques et bénéficie d'un suivi médical régulier sur le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que son identité est connue de l'administration, compte tenu de ce qu'il avait fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement au cours de l'année 2011, et qu'il est en train d'entreprendre des démarches en vue de déposer une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois :

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et revêt un caractère disproportionné ; en effet :

• les problèmes de santé dont il a fait état au cours de son audition par les services de la police nationale auraient dû conduire la préfète du Rhône à exclure l'édiction d'une interdiction de retour ;

• sa présence en France ne représente pas un danger réel et actuel pour l'ordre public ;

• il souffre de problèmes de santé et souhaite régulariser sa situation ;

- son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) l'empêchera d'obtenir un visa et constitue une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 octobre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 2016/399 du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 ;

- le règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Gueguen, conseiller, pour statuer en application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle la préfète du Rhône n'était ni présente, ni représentée.

Ont été entendus au cours de l'audience publique, tenue avec l'assistance de Mme Driguzzi, greffière :

- le rapport de M. Gueguen ;

- les observations de Me Brocard, avocate de permanence, représentant M. D, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et insiste en particulier sur le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure en l'absence d'une saisine préalable des médecins de l'OFII ;

- et les observations de M. D, assisté de M. A I, interprète en langue arabe, qui déclare avoir des problèmes de santé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant tunisien né le 27 mars 1981, déclare pour la première fois dans ses écritures être entré en France au cours de l'année 2011, où il est connu des services préfectoraux et de la police nationale sous les identités de Karim Bensalem, né le 25 mars 1982, Ali Mophamed (sic) Zoiagha, né le 27 mars 1981 et Ali Mohamed Zougha, né le 27 mars 1981. Le 5 octobre 2023, l'intéressé a été interpellé sur le territoire de la commune de Caluire-et-Cuire puis placé en garde à vue pour des faits de " violences volontaires sur personnes dépositaires de l'autorité publique ", d'" outrage sur personnes dépositaires de l'autorité publique ", de " rébellions " et de " port d'arme prohibé de catégorie D ". Par des décisions du 6 octobre 2023, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de dix-huit mois. Par un arrêté du même jour, l'autorité préfectorale a ordonné le placement de M. D au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry pour une durée de quarante-huit heures, et par une ordonnance du 8 octobre 2023, la juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon a ordonné la prolongation de cette rétention pour une durée de vingt-huit jours.

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Selon les termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ".

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

Sur la demande de communication du dossier par l'administration :

4. Selon les termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Et aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

5. La préfète du Rhône ayant produit, le 9 octobre 2023, les pièces relatives à la situation administrative de M. D, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions contestées :

6. En premier lieu, il ressort des pièces produites en défense que, par un arrêté du 2 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du lendemain, la préfète de ce département a donné délégation de signature à Mme E C attachée, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B F, directrice des migrations et de l'intégration et de Mme H G, attachée, cheffe du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer la totalité des actes établis par cette direction, à l'exception de ceux au nombre desquels ne figurent pas les décisions attaquées. Or, il n'est ni établi, ni même allégué, que Mmes F et G n'auraient pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Selon les termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". Par ailleurs, l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". Et aux termes de l'article L. 613-2 du même code : " Les décisions relatives au refus () du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 () et les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".

8. Les décisions contestées visent les textes dont elles font application, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et exposent les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. D sur lesquelles la préfète du Rhône s'est fondée pour l'obliger à quitter le territoire français sans délai, pour fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ainsi que pour décider, dans son principe et dans sa durée, de prononcer à son encontre une interdiction de retour sur le territoire national d'une durée de dix-huit mois. Contrairement à ce que semble soutenir l'intéressé, l'autorité préfectorale n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle. Par suite, les décisions contestées, qui comportent l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et ont ainsi permis au requérant d'en contester utilement le bien-fondé, sont suffisamment motivées au regard des dispositions citées au point précédent.

9. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes des décisions contestées, ni d'aucune autre pièce du dossier, que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen sérieux et particulier de la situation personnelle de M. D préalablement à leur édiction. À cet égard, si le requérant fait grief à l'autorité préfectorale de ne pas avoir " pris en compte " les éléments relatifs à son état de santé et de ne pas avoir " procédé aux vérifications nécessaires " s'agissant de la compatibilité entre cet état de santé et un " éloignement vers (s)on pays d'origine ", il ressort toutefois des termes de la décision en litige que la préfète du Rhône a relevé, d'une part, que M. D avait déclaré, lors de son audition par les services de la police nationale, faire l'objet d'un suivi médical sans plus de précisions, de sorte qu'il ne démontrait pas, en l'absence notamment de certificats médicaux, que son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni qu'il ne pourrait bénéficier de soins dans son pays d'origine, au sens et pour l'application des dispositions du 9° l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et, d'autre part, que l'intéressé n'établissait pas que sa vie ou sa liberté serait menacée, ni qu'il serait exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas d'exécution de la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet. Par ailleurs, si le requérant fait pour la première fois état dans ses écritures de sa polytoxicomanie ainsi que de ses " graves troubles psychiatriques " liés à son " alcoolisme " et à sa " dépendance aux médicaments ", et s'il déclare bénéficier d'un suivi régulier au sein du centre hospitalier de Saint-Cyr au Mont d'Or, spécialisé en santé mentale, où un rendez-vous avec un médecin psychiatre a été fixé au 18 octobre 2023, la divergence d'analyse quant à la nécessité de recueillir l'avis d'un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) préalablement à l'édiction des décisions attaquées compte tenu des éléments d'information dont disposait la préfète du Rhône à la date du 6 octobre 2023 n'est, en tout état de cause, pas davantage de nature à établir le défaut d'examen allégué. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Selon termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ". À cet égard, l'article R. 611-1 du même code prévoit que : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / Toutefois, lorsque l'étranger est () placé ou maintenu en rétention administrative en application du titre IV du livre VII, l'avis est émis par un médecin de l'office et transmis sans délai au préfet territorialement compétent. ". Et selon les termes de l'article R. 611-2 de ce même code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : / 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; / 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Toutefois, lorsque l'étranger est placé ou maintenu en rétention administrative, le certificat prévu au 1° est établi par un médecin intervenant dans le lieu de rétention conformément à l'article R. 744-14. ".

11. Il résulte des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que, dès lors qu'elle dispose d'éléments d'information suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, et alors même que l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'une prise en charge médicale en France, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

12. En l'espèce, tout d'abord, il ne ressort pas des pièces du dossier, et en particulier du procès-verbal de son audition par les services de la police nationale le 6 octobre 2023, que M. D aurait porté à la connaissance de la préfète du Rhône des éléments d'informations suffisamment précis permettant d'établir qu'il présentait un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie, prévue au 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. En effet, interrogé sur les conditions de son interpellation sur le territoire de la commune de Caluire-et-Cuire le 5 octobre 2023, l'intéressé a d'abord déclaré avoir " bu de l'alcool " et " pris (s)on traitement médical ", indiquant qu'il s'agissait d'un " traitement important pour les nerfs, le stress et l'angoisse ", puis qu'il était " a(l)coolisé et sous médicaments ", sans plus de précisions. Si le requérant soutient à cet égard qu'il était alors dans " l'incapacité physique de pouvoir détailler (s)a maladie en raison de (s)on état " suite à l'interpellation dont il avait fait l'objet la veille, il est cependant constant que son état de santé a été estimé compatible avec la garde à vue par le médecin l'ayant examiné, ainsi qu'il le précise lui-même dans ses écritures, et il ressort de l'ordonnance de la juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon du 8 octobre 2023, d'une part, que les deux examens médicaux réalisés au cours de cette garde à vue n'ont pas permis de constater des " troubles mentaux relevant de l'hospitalisation d'office ", d'autre part, que M. D " a refusé d'indiquer son traitement au premier médecin l'ayant examiné ", et, enfin, qu'il ne détenait " aucune pièce relative à un suivi médical, à un traitement médical ou à des hospitalisations antérieures " lors de son " interpellation en état d'ébriété et de son placement en garde à vue ". Par ailleurs, invité à présenter ses observations écrites sur la perspective de son éloignement du territoire français, l'intéressé, qui a précisé comprendre et parler la langue française, a notamment déclaré vouloir " rester en France ", être " malade " et être " suivi à l'hôpital du Mont d'Or ", sans davantage de précisions, et il n'a pas non plus remis de documents à caractère médical lors de l' " évaluation relative à la détection des vulnérabilités " ayant précédé son placement en rétention administrative. Dans ces conditions, et en l'absence de tout élément médical suffisamment précis de nature à corroborer les déclarations de M. D s'agissant des pathologies dont il alléguait être atteint, la préfète du Rhône n'était pas tenue de recueillir un avis médical préalablement à l'édiction de la décision contestée. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure au regard des dispositions précitées des articles R. 611-1 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, seuls applicables à la situation du requérant, doit être écarté.

13. Ensuite, si M. D fait état de sa polytoxicomanie, de ses troubles psychiatriques ainsi que de son suivi régulier au sein du centre hospitalier de Saint-Cyr au Mont d'Or, et s'il verse au dossier trois ordonnances respectivement rédigées les 13 et 26 juillet et le 20 septembre 2023, il n'établit ni même n'allègue, en tout état de cause, être dans l'impossibilité de bénéficier effectivement d'un traitement approprié à ses pathologies en cas de retour dans son pays d'origine, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Tunisie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

14. Selon les termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". L'article L. 612-2 du même code prévoit que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

15. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. D, la préfète du Rhône s'est fondée sur les dispositions précitées du 1° et du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur celles des 1° et 8° de l'article L. 612-3 du même code, en considérant que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public, dès lors qu'il avait été interpellé et placé en garde à vue pour des faits de " rébellion et outrage à personne dépositaire de l'autorité publique ", affaire traitée en flagrant délit pour laquelle il était " personnellement mis en cause ", et qu'il existait un risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet, en l'absence de circonstances particulières, dès lors, d'une part, qu'il ne pouvait justifier d'une entrée régulière sur le territoire national et ne démontrait pas être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, et, d'autre part, qu'il ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes, compte tenu de ce qu'il ne pouvait justifier de la réalité de ses moyens d'existence effectifs, se déclarant domicilié à une adresse, sans démontrer qu'il s'agissait d'un logement stable et établi, et sans ressources, des associations subvenant à ses besoins. En l'espèce, si le requérant soutient que son " identité est connue de l'administration ", dès lors qu'il a déjà fait l'objet d'une " précédente mesure d'éloignement en 2011 ", qu'il bénéficie d'un " lourd suivi médical " depuis son arrivée en France, et qu'il est " en train de réaliser des démarches grâce à l'aide du Foyer Notre-Dame des Sans-Abris ", (FNDSA) situé à Lyon, en vue du dépôt d'une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade, ces éléments ne sont pas de nature à remettre en cause le bien-fondé des motifs précités, à supposer que l'intéressé ait réellement entendu les contester, ni davantage de nature à démontrer qu'il justifiait de circonstances particulières permettant de ne pas regarder comme établi le risque qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois :

16. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et selon les termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

17. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. En revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen le conduisant à apprécier les conséquences de la mesure d'interdiction de retour sur la situation personnelle de l'étranger et que sont invoquées des circonstances étrangères aux quatre critères posés par les dispositions précitées de l'article L. 612-10, il incombe seulement au juge de l'excès de pouvoir de s'assurer que l'autorité compétente n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

18. Pour prononcer à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois, la préfète du Rhône a relevé, après avoir retenu l'absence de circonstances humanitaires, que l'intéressé, célibataire et sans enfant à charge, ne justifiait ni de la nature, ni de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il s'était déjà soustrait à une précédente mesure d'éloignement et que son comportement délictueux était constitutif d'une menace pour l'ordre public. En l'espèce, si le requérant soutient que les problèmes de santé dont il a fait état au cours de son audition par les services de la police nationale auraient dû conduire l'autorité préfectorale à ne pas édicter une telle interdiction de retour, les éléments dont il se prévaut ne sauraient être regardés comme des circonstances humanitaires au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, si l'intéressé fait état de ses problèmes de santé et de son souhait de régulariser sa situation administrative, il ne se prévaut toutefois d'aucun lien privé et familial sur le territoire national, s'étant déclaré célibataire et sans enfant à charge lors de son audition par les services de la police nationale le 6 octobre 2023, alors qu'il résulte de ce qui a été dit au point 13 qu'il ne justifie pas être dans l'impossibilité de bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. De même, M. D ne justifie d'aucune insertion sociale et professionnelle en France, où il a déclaré être sans profession, sans ressources et sans domicile fixe, étant hébergé au centre d'hébergement d'urgence du FNDSA de Lyon depuis le 13 janvier 2021, et il y est connu des services de la police nationale pour avoir fait l'objet de quatre signalements au fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) entre les années 2011 et 2023, sous quatre identités différentes, dont trois entre 2011 et 2012 pour " infractions aux conditions générales d'entrée et de séjour ". En outre, le requérant ne conteste pas avoir fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'un arrêté de reconduite à la frontière et deux décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire avaient respectivement été prononcées à son encontre par le préfet des Bouches-du-Rhône les 4 juin 2011, 18 mai 2013 et 16 mars 2015, et que l'administration fait valoir en défense, sans être contredite, qu'il ne les a pas exécutées. Enfin, si M. D soutient que sa présence sur le territoire français ne représente pas une menace pour l'ordre public à la date de la décision contestée, il ressort toutefois des pièces produites en défense qu'alors qu'il était alcoolisé et dormait sur la voie publique, place Jules Ferry, à Caluire-et-Cuire, l'intéressé a été interpellé par les services de la police municipale le soir du 5 octobre 2023 puis placé en garde à vue pour des faits de " violences volontaires sur personnes dépositaires de l'autorité publique ", d' " outrage sur personnes dépositaires de l'autorité publique ", de " rébellions " et de " port d'arme prohibé de catégorie D ", après s'être énervé à l'encontre de deux agents lui ayant retiré son " couteau () de quinze centimètres environ " qui dépassait " de son sac de sport, lame vers le haut ", les avoir frappés à six reprises au cours de son interpellation, y compris lorsqu'il se trouvait menotté dans leur véhicule de service en portant notamment un coup à son conducteur, et les avoir insultés. Par suite, la préfète du Rhône, qui s'est limitée à édicter une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de dix-huit mois, alors que la durée d'une telle interdiction pouvait être fixée à trois ans, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni davantage fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du même code en prononçant à l'encontre de M. D une telle interdiction de retour, laquelle ne présente pas, dans les circonstances de l'espèce, un caractère disproportionné.

19. En second lieu, selon les termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. () ".

20. Si M. D soutient que son signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen (SIS) résultant de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre l'empêchera d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitue " une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen ", il résulte toutefois des dispositions du règlement du Parlement européen et du Conseil du 9 mars 2016 concernant un code de l'Union relatif au régime de franchissement des frontières par les personnes, et en particulier du c) du paragraphe 5 de son article 6, que, par dérogation au d) du paragraphe 1 du même article, le signalement d'un ressortissant d'un pays tiers dans le SIS n'interdit pas à un État membre de l'autoriser à entrer sur son territoire pour des motifs humanitaires ou d'intérêt national, ou en raison d'obligations internationales. Par suite, le moyen doit être écarté.

21. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. D doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. J D et à la préfète du Rhône.

Lu en audience publique le 10 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

C. Gueguen

La greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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