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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308443

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308443

lundi 23 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308443
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantTOMASI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 7 octobre à 17 heures 25 minutes, et les 9 et 19 octobre 2023, sous le n°2308443, M. D B A, ayant pour avocat Me Clément, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 6 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Isère a prolongé son maintien en rétention administrative ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) d'enjoindre au préfet de l'Isère d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer en conséquence une attestation de demande d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

M. B A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée en fait et en droit ;

- le préfet n'a pas examiné de manière sérieuse et individualisée sa situation administrative et personnelle ;

- l'autorité administrative a méconnu les dispositions de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en estimant que sa demande d'asile était dilatoire, et a, partant, entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- c'est à tort que le préfet l'a privé de l'attestation de demande d'asile ;

- l'arrêté attaqué méconnaît son droit au recours effectif en violation des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision en litige n'était pas nécessaire dès lors qu'il justifie d'un hébergement stable, lui permettant de résider en France le temps de l'examen de sa demande d'asile.

Vu les pièces enregistrées le 10 octobre 2023 au greffe du tribunal administratif, présentées par le préfet de l'Isère.

Vu la prestation de serment de M. C, interprète en langue arabe.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ensemble le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Habchi pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 octobre 2023 le rapport de M. Habchi, magistrat désigné, et :

- les observations de Me Clément, pour M. B A, qui rappelle la situation administrative et le parcours de l'intéressé, et insiste sur le caractère injustifié de la rétention administrative, prolongée par le préfet de l'Isère ;

- les observations de M. B A, assisté de M. C, interprète en langue araba, qui rappelle sa situation administrative et sociale sur le territoire national, et invoque en outre sa vie privée et familiale en France ;

- les observations de Me Tomasi, représentant le préfet de l'Isère, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 27 mars 1990, déclare être entré en France au début de l'année 2023 démuni de tout visa, en compagnie de son épouse et de leurs trois enfants. Le 13 mars 2023, l'intéressé a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement, régulièrement notifiée le même jour par les services préfectoraux de l'Isère, restée vaine. M. B A s'est maintenu sur le territoire national irrégulièrement, puis a été placé au centre de rétention administrative le 30 septembre 2023. Par un jugement du 2 octobre 2023, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Lyon a prononcé la prolongation de sa rétention. En outre, M. B A a sollicité l'asile en France le 5 octobre 2023, alors qu'il se trouvait au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry 1. En dernier lieu, par un arrêté du 6 octobre 2023, le préfet de l'Isère a décidé de maintenir son placement en rétention administrative, durant l'examen de sa demande d'asile, laquelle a été rejetée par une décision du 13 octobre suivant. Par la présente requête, M. B A demande au tribunal administratif de Lyon d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2023 édicté par l'autorité administrative, dont il est l'objet.

Sur les conclusions présentées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Compte tenu de l'urgence qui s'attache à la situation administrative de M. B A, placé en centre de rétention administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admette au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et cela n'est pas utilement contredit, que Mme Nathalie Cencic, secrétaire générale adjointe de la préfecture de l'Isère, avait bien reçu délégation en date du 21 août 2023 régulièrement publiée, pour signer l'arrêté contesté du 6 octobre 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en cause manque en fait, et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté du 6 octobre 2023 par lequel le préfet de l'Isère a maintenu le ressortissant algérien en rétention administrative vise les dispositions pertinentes des articles L. 611-1, L. 744-1, L. 744-6 et L. 754-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables. Il précise en outre que l'intéressé est entré sur le territoire national démuni de tout visa, puis a été l'objet d'une mesure d'éloignement en mars 2023. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet de l'Isère a bien fait mention de la nationalité de l'étranger, de sa demande d'asile déposée le 5 octobre 2023 avant que ne soit édicté l'arrêté en litige. Contrairement à ce qu'affirme M. B A, la décision en litige qui comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision portant maintien en rétention administrative, ni d'aucune autre des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. B A au regard de l'ensemble des informations portées à sa connaissance préalablement à son édiction. Contrairement à ce que soutient le ressortissant algérien, la circonstance que l'autorité administrative n'ait pas fait mention précise de sa situation familiale ne suffit pas à caractériser le défaut d'examen que le requérant invoque. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7 ".

7. D'une part, le requérant fait grief au préfet d'avoir méconnu les dispositions citées au point précédent, en ce que la demande d'asile qu'il a effectivement déposée le 5 octobre 2023, ne revêtirait aucun caractère dilatoire. Toutefois, afin de justifier le maintien en rétention administrative de M. B A, le préfet de l'Isère a relevé que l'intéressé a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement le 13 mars 2023, qu'il n'a jamais présenté de demande d'asile ni de demande de régularisation administrative depuis son arrivée sur le sol national, en début d'année 2023, et qu'il est par ailleurs défavorablement connu des forces de l'ordre pour des faits réitérés de détention de stupéfiants et de recel de biens. Alors que M. B A se borne à faire valoir qu'il est " pauvre " et " menacé par des dealers ", sans aucun commencement de preuve, ni aucune autre explication sur ce point au cours de l'audience publique du 23 octobre 2023, le préfet de l'Isère était fondé, compte tenu de l'ensemble de ces éléments, à estimer que la demande d'asile de M. B A présentée le 5 octobre 2023, quatre jours jours après son placement en rétention et deux jours après la confirmation de la prolongation de son placement en rétention par le tribunal judiciaire de Lyon, l'avait été dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement. Dans ces conditions, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions citées au point 6.

8. D'autre part, il ne ressort d'aucune des pièces versées au dossier, ni d'aucun élément apporté au cours de l'audience publique, qu'en édictant une décision de maintien en rétention administrative, le préfet de l'Isère aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, notamment au regard de la situation sociale, familiale et administrative de l'intéressé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

9. En cinquième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 6, 7 et 8, et en l'absence de décision favorable relative à l'asile, M. B A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Isère aurait dû lui délivrer une attestation de demande d'asile, au cours de la rétention administrative dont il est l'objet.

10. En sixième lieu, M. B A soutient que l'arrêté attaqué méconnaîtrait son droit au recours effectif en violation des articles 3 et 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, l'étranger dont la demande d'asile fait l'objet d'un traitement selon la procédure accélérée prévue au 3° de l'article L. 531-24 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose du droit de contester la décision de rejet qui lui est opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, en l'espèce celle du 13 octobre 2023, devant la Cour nationale du droit d'asile, juridiction devant laquelle, au demeurant, il peut faire valoir utilement l'ensemble de ses arguments dans le cadre d'une procédure écrite et se faire représenter à l'audience par un conseil ou par toute autre personne. Dans ces conditions, le droit à un recours effectif, tel que garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, n'implique pas nécessairement que l'étranger puisse se maintenir sur le territoire français jusqu'à l'issue de son recours devant la Cour nationale du droit d'asile. En tout état de cause, le maintien en rétention ne porte pas en lui-même atteinte au droit du requérant au recours effectif prévu par les dispositions combinées des articles 3 et 13 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales au seul regard des conséquences de l'examen en procédure accélérée de la demande d'asile de l'intéressé en date du 5 octobre 2023.

11. En septième et dernier lieu, il relève de la seule compétence du juge des libertés et de la détention de se prononcer sur la nécessité de la rétention administrative d'un étranger pour la mise à exécution de la mesure d'éloignement dont cet étranger fait l'objet. Il n'appartient dès lors pas au tribunal de se prononcer sur l'appréciation portée par le préfet de l'Isère sur le risque que M. B A se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement et sur la nécessité de son maintien en rétention, notamment au regard de sa situation familiale. Au surplus, et en tout état de cause, contrairement à ce qu'affirme l'intéressé devant le tribunal, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que l'intéressé bénéficierait d'une résidence stable et de garanties de représentation suffisantes, et ce alors qu'il n'a pas exécuté la mesure d'éloignement édictée en mars 2023 dont il est déjà l'objet.

12.Il résulte de ce qui a été dit aux points 1 à 11 que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B A, celles aux fins d'injonction, ainsi que celles introduites au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n°2308443 de M. B A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B A et au préfet de l'Isère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

H. Habchi

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

N°2308443

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