mardi 6 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2308454 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | PIALOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Pialou, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 6 septembre 2023 par lesquelles le préfet de la Loire l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié ", ou à tout le moins de réexaminer sa situation sous deux mois, et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous huitaine et sous astreinte de cinquante euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'ensemble des décisions :
- ces décisions sont entachées d'incompétence ;
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
- cette décision est entachée d'une erreur de fait dont a résulté un défaut d'examen de sa situation particulière ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du même code ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour opposé ;
- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Sur la décision portant détermination du pays de destination :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire national :
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant mesure d'éloignement ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation et de défaut d'examen particulier de sa situation.
Des pièces ont été enregistrées pour le préfet de la Loire le 8 janvier 2024 et n'ont pas été communiquées.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
Sur l'ensemble des décisions :
1. Les décisions attaquées sont signées par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du préfet en date du 2 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Loire le 3 mai 2023. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des actes contestés doit être écarté.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
2. D'une part, si M. B soutient que l'autorité compétente a omis de prendre en compte ses qualifications antérieures dans le domaine d'activité dans lequel une promesse d'embauche lui a été concédée, il ressort des mentions de la décision attaquée que l'intéressé n'avait pas joint de pièces en attestant à son dossier de demande de titre de séjour, ce qui n'est infirmé par aucun des éléments produits par M. B, et notamment les traductions certifiées des deux diplômes en cause qui sont postérieures à la date d'édiction de la décision attaquée. La décision en litige ne peut, dès lors, être regardée comme édictée à l'issue d'un examen incomplet de sa situation personnelle.
3. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France le 28 février 2012, en compagnie de son épouse et de leurs quatre enfants alors mineurs. Il fait état de liens familiaux particuliers en France, et notamment de la présence de trois des enfants du couple, jeunes majeurs, résidant régulièrement sur le territoire national, ainsi que celle du frère du requérant et de trois membres de la famille de son épouse, ayant obtenu le bénéfice de la protection internationale. Toutefois, il apparaît que M. B a fait l'objet à partir de 2013, de cinq mesures d'éloignement antérieures auxquelles il s'est soustrait et il ne justifie d'aucun élément particulier d'intégration en France, notamment professionnel, pays dont il ne maîtrise la langue que de manière très précaire ainsi que l'a relevé la commission du titre dans son avis favorable au refus de titre envisagé par le préfet de la Loire. Dans ces conditions, la décision attaquée ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée aux liens forgés par M. B avec la France et les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés ainsi que, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.
4. Enfin, M. B se prévaut, outre les éléments relevés au point précédent, de la circonstance tenant à l'obtention d'une promesse d'embauche en qualité de bardeur, métier faisant l'objet de difficultés de recrutement dans le bassin d'emploi de la région Auvergne-Rhône-Alpes, et d'une formation adaptée dans ce secteur, avec deux diplômes obtenus en Russie en 1997 et 2003. Toutefois, de telles circonstances, compte tenu notamment de l'absence de toute preuve d'expérience professionnelle spécifique en France ou dans le pays d'origine, ne caractérisent pas l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen afférent doit ainsi être écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
5. D'une part, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, M. B n'est pas fondé à exciper d'une telle illégalité à l'encontre de la décision attaquée.
6. D'autre part, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle doivent être écartés pour les motifs retenus au point 3 du présent jugement.
7. Enfin, compte tenu de l'âge du seul enfant mineur à charge du requérant et des membres de sa famille présents durablement en France, la décision en litige ne peut être regardée comme portant une atteinte à son intérêt supérieur en méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Le moyen afférent doit ainsi être écarté.
Sur la décision déterminant le pays de destination en cas de reconduite :
8. D'une part, l'illégalité de la mesure d'éloignement n'étant pas établie, M. B n'est pas fondé à exciper d'une telle illégalité à l'encontre de la décision attaquée.
9. D'autre part, en se bornant à faire valoir le contexte général du conflit russo-ukrainien et la possibilité d'enrôlement militaire forcé malgré son âge, M. B ne caractérise pas des risques spécifiques le visant de traitements inhumains ou dégradant au sens des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen afférent doit ainsi être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire national :
10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".
11. Pour interdire de retour sur le territoire national M. B pour la durée maximale de deux ans prévue par les dispositions précitées, le préfet de la Loire a, notamment, relevé que l'intéressé s'était soustrait aux cinq mesures d'éloignement l'ayant visé précédemment. Toutefois, compte tenu de la résidence régulière en France de trois des enfants majeurs du requérant et de celle de son frère, bénéficiaire de la protection internationale, c'est en entachant sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Loire a interdit de retour sur le territoire français M. B pour une durée de deux ans. Il y a ainsi lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen dirigé contre elle, d'annuler cette décision.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision l'interdisant de retour sur le territoire national pour une durée de deux ans.
Sur les conclusions accessoires :
13. D'une part, l'annulation de la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français prononcée par le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte de la requête doivent être rejetées.
14. D'autre part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par M. B au titre des frais du litige.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du préfet de la Loire du 6 septembre 2023 interdisant M. B de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans est annulée.
Article 2 : Le surplus de conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Pialou et au préfet de la Loire.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Maubon, première conseillère,
M. Gilbertas, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.
Le rapporteur,
M. Gilbertas
Le président,
H. Drouet
La greffière,
C. Amouny
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026