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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308541

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308541

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308541
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantAMIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 octobre 2023, Mme B A, représentée par Me Amira, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2023 par lequel la préfète de l'Allier lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Elle soutient que

- elle bénéficie d'un suivi et d'un traitement médical en France ;

- elle vit avec son concubin et suit une formation.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2023, la préfète de l'Allier conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bardad en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;

- les observations de Me Amira, avocate de Mme A, qui reprend à l'audience les conclusions et moyens de la requête et soutient que l'obligation de quitter le territoire français est entaché d'un défaut d'examen la situation personnelle de Mme A et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; que la décision portant refus d'octroyer un délai de départ volontaire est entaché d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation et que l'interdiction de retour d'une durée d'un an est disproportionnée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Des pièces ont été enregistrées pour Mme A, le 13 octobre 2023, après la clôture de l'instruction.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante algérienne née le 2 mai 1993, est entrée en France, le 25 août 2017, munie d'un passeport revêtu d'un visa touristique pour l'Espagne d'une durée de trois mois. Elle a été placé en retenue administrative par le groupement de gendarmerie départementale de l'Allier, le 8 octobre 2023, afin de vérifier son droit au séjour. Par un arrêté du 8 octobre 2023, notifié le même jour, la préfète de l'Allier a obligé Mme A à quitter le territoire français sans délai, fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Loire a assigné à résidence, Mme A, dans le département de la Loire pour une durée de 45 jours. Mme A demande l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Allier du 8 octobre 2023 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre provisoirement Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que la préfète de l'Allier n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de Mme A.

5. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France, le 25 août 2017, avec un visa touristique pour l'Espagne d'une durée de trois mois, selon ses déclarations. Elle s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire national sans chercher à régulariser sa situation, pendant plusieurs années, jusqu'à son interpellation lors d'un contrôle d'identité intervenu, le 8 octobre 2023. La requérante née, le 2 mai 1993, a vécu la majeure partie de sa vie en Algérie où réside sa famille. Elle n'exerce aucune activité professionnelle et ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire français en dépit des cours qu'elle indique suivre pour la préparation du CAP esthétique. Si elle se prévaut d'une situation de concubinage avec un ressortissant algérien, cette relation présente un caractère récent. Par ailleurs, Mme A ne démontre pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement médical approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Elle n'a, au demeurant, déposé aucune demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale de l'intéressée, garantie par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

En ce qui concerne le refus d'octroyer un délai de départ volontaire :

7. L'autorité administrative a mentionné, dans la décision attaquée, l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle et administrative de Mme A. Elle a notamment retenu que l'intéressée était entrée irrégulièrement en France et qu'elle s'était maintenue sur le territoire français, pendant plusieurs années, sans chercher à régulariser sa situation. En outre, la préfète de l'Allier a relevé que Mme A s'opposait à un retour dans son pays d'origine et que le risque qu'elle se soustraie à une mesure d'éloignement était ainsi établi. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant refus d'octroyer un délai de départ volontaire est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

9. La préfète de l'Allier, pour prendre la décision attaquée, a rappelé que Mme A, qui se maintenait en situation irrégulière depuis plusieurs années, s'opposait à un retour dans son pays d'origine tel que cela a été précédemment exposé. Par ailleurs, l'autorité administrative a considéré que l'intéressée n'établissait pas disposer d'attaches familiales fortes sur le territoire national et qu'elle ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire particulière. Dans ces conditions, en fixant à une année la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, la préfète de l'Allier n'a pas prononcé une décision disproportionnée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Allier du 8 octobre 2023. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation de la décision attaquée ne peuvent être que rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Amira et à la préfète de l'Allier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La magistrate désignée,

N. BARDAD

Le greffier,

T. CLEMENT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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