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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308557

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308557

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308557
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantAMIRA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2023, M. A B C, représenté par Me Amira, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel la préfète du Rhône a décidé de son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

Il soutient que

- l'arrêté portant remise aux autorités allemandes l'éloigne de son père qui a obtenu en France le statut de réfugié et de sa compagne, de nationalité française ;

- les autorités allemandes vont le renvoyer en Angola où il craint pour sa vie ;

- il disposait d'une promesse d'embauche, mais l'autorisation de travailler lui a été refusée.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 octobre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Bardad en application de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;

- les observations de Me Amira, avocate de M. B C, qui reprend à l'audience les conclusions et moyens de la requête et soutient que la décision attaquée est entaché d'un défaut d'examen la situation personnelle du requérant, qu'elle méconnaît le droit d'être entendu dès lors qu'il a présenté une demande de titre de séjour en France en mars 2022 sans obtenir de réponse, qu'aucune mesure de transfert ne pouvait être prise à son encontre avant que la préfecture ne statue sur sa demande de titre de séjour et qu'elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C A, ressortissant angolais, né le 11 novembre 1997, alias M. B A C, né le 11 novembre 1997, alias M. C B A, né le 11 novembre 1997, alias M. A B D né le 31 octobre 1995, est entré irrégulièrement en France, le 7 décembre 2019, selon ses déclarations. Il a présenté une demande d'asile, le 11 septembre 2023. La consultation du fichier européen Eurodac a fait apparaître qu'il avait été identifié en Allemagne où il avait demandé l'asile, le 5 août 2019. Les autorités allemandes, saisies le 15 février 2019, d'une demande de prise en charge, ont donné leur accord le 27 février 2019, pour la réadmission de M. B C. La décision ordonnant sa remise aux autorités allemandes a été exécutée en août 2019. Les autorités allemandes ont été saisies, le 4 octobre 2023, d'une demande de reprise en charge, en application de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013. L'Allemagne a fait connaître son accord explicite pour la réadmission de l'intéressé, le 6 octobre 2013, en application de l'article 25 du règlement (UE) n° 604/2013. Par un arrêté du 11 octobre 2023, notifié le même jour, la préfète du Rhône a décidé de transférer M. B C aux autorités allemandes, responsables de sa demande d'asile. Par un second arrêté du 11 octobre 2023, également notifié le même jour, l'autorité administrative l'a assigné à résidence dans le département du Rhône pour une durée de 45 jours. M. B C demande l'annulation de l'arrêté par lequel la préfète du Rhône a décidé de son transfert aux autorités allemandes.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision contestée que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. B C. La préfète du Rhône a notamment implicitement rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B C alors que les autorités allemandes demeuraient responsables de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B C, a bénéficié, lors du dépôt de sa demande d'asile, d'un entretien individuel qui s'est tenu le 11 septembre 2023, avec un agent de la préfecture du Rhône. Au cours de cet entretien, M. B C a été assisté d'un interprète en langue portugaise, langue comprise par l'intéressé. Ce dernier a ainsi pu exposer, auprès de l'autorité administrative, l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale. Par suite, M. B C n'est pas fondé à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que la préfète du Rhône a indiqué que lors de l'entretien individuel du 11 septembre 2023, M. B C a présenté une demande de titre de séjour du 9 mars 2022. Si l'intéressé a déclaré que sa demande d'asile présentée auprès des autorités allemandes, le 5 août 2019, avait été rejetée, il n'avait apporté aucun justificatif à l'appui de ses allégations. Or, à la date du 9 mars mars 2022, date à laquelle M. B C a présenté une demande de titre de séjour en France, d'une part, il avait fait l'objet d'un arrêté de transfert aux autorités allemandes responsables de sa demande d'asile et d'autre part, il n'établissait pas que sa demande d'asile avait été rejetée par ces mêmes autorités. Dans ces conditions, sa demande de titre de séjour faisait obstacle à l'application du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013. La préfète du Rhône était ainsi fondée à rejeter implicitement la demande de titre de séjour présentée par M. B C dès lors que les autorités allemandes demeuraient responsables de sa demande d'asile. En tout état de cause, le dépôt d'une demande de titre de séjour ne fait pas, en lui-même, obstacle à ce que l'autorité administrative édicte une mesure de transfert si l'étranger entre dans le champ d'application d'une telle mesure et s'il ne relève pas d'un cas de délivrance de plein droit d'un titre de séjour. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il ne pouvait faire l'objet de l'arrêté en litige au motif qu'il avait déposé une demande de titre de séjour en France.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; () ".

7. Il ressort des pièces du dossier et en particulier des termes de la décision attaquée que M. B C, célibataire et sans enfant, serait entré irrégulièrement en France, le 7 décembre 2019, selon ses déclarations. Il ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire national. En outre, si l'intéressé se prévaut de la présence en France de son père, qui a obtenu le statut de réfugié, il ne justifie pas du lien de filiation qu'il invoque. Au surplus, les intéressés ont vécu séparés pendant au moins dix ans. Par ailleurs, la relation avec une ressortissante française, dont M. B C fait état, présente un caractère récent. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, la préfète n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants. ".

9. M. B C ne produit aucun élément de nature à établir que sa demande d'asile serait susceptible de ne pas être examinée par les autorités allemandes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile ni davantage qu'il serait susceptible de faire l'objet de mauvais traitements s'il devait, le cas échéant, faire l'objet d'un transfert en Angola. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B C n'est pas fondé à demander l'annulation l'arrêté du 11 octobre 2023 par lequel la préfète du Rhône a décidé de son transfert aux autorités allemandes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, ses conclusions aux fins d'annulation ne peuvent être que rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B C, à Me Amira et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La magistrate désignée,

N. BARDAD

Le greffier,

T. CLEMENT

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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