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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308609

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308609

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308609
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 octobre 2023, M. C F E, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 12 septembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou à tout le moins de réexaminer sa situation, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur l'ensemble des décisions :

- ces décisions sont entachées d'incompétence ;

Sur la décision lui refusant un titre de séjour :

- la décision attaquée a été édictée au terme d'un examen incomplet de sa situation particulière ; sa situation professionnelle n'a pas été prise en compte, et notamment la demande d'autorisation de travail dont il se prévaut ;

- il n'est pas établi que la préfète s'est prononcée au regard d'un avis régulier du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette décision méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision attaquée procède d'une erreur d'appréciation dans l'application du 9° de l'article L. 611-3 du code précité ;

- cette décision méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant octroi de délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant détermination du pays de retour en cas de renvoi :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour et de la mesure d'éloignement ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par ordonnance du 19 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 janvier 2024.

Des pièces complémentaires ont été produites par la préfète du Rhône à la demande du tribunal, en application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, le 12 janvier 2024, et ont été communiquées en application de ce même article.

Un mémoire a été enregistré le 16 janvier 2024 pour la préfète du Rhône, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,

- et les observations de Me Lulé, suppléant Me Bescou, pour M. E.

Considérant ce qui suit :

Sur l'ensemble des décisions attaquées :

1. Les décisions attaquées sont signées par Mme A B, directrice des migrations et de l'intégration, en vertu d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône du 31 mai 2023, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit, dès lors, être écarté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat ".

3. En premier lieu, il ressort des termes mêmes de la décision en litige et de la requête de M. E que celui-ci a déposé une demande de titre de séjour à raison de son état de santé. Apparaît ainsi sans incidence sur la légalité du refus opposé la circonstance tenant à ce que cette autorité n'aurait pas pris en compte les éléments relatifs à sa situation professionnelle, et notamment la demande d'autorisation de travail dont il se prévaut, éléments dont il n'est pas établi qu'ils auraient par ailleurs été portés à l'attention de cette autorité. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit ainsi être écarté.

4. En deuxième lieu, la préfète du Rhône produit en défense l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 29 décembre 2020 dont elle s'est appropriée les termes pour refuser le titre de séjour sollicité. Il ressort des mentions du bordereau de transmission de cet avis que le médecin rapporteur ne siégeait pas au sein de ce collège. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

5. En troisième lieu, en se bornant à produire un certificat médical indiquant qu'il est suivi à raison de luxations de l'épaule répétées et de lombalgies chroniques, certificat postérieur à la date d'édiction de la décision attaquée et ne statuant pas sur les conséquences d'une interruption de la prise en charge, M. E ne remet nullement en cause l'appréciation du collège des médecins de l'OFII, et de la préfète à sa suite, indiquant que le défaut d'une telle prise en charge n'aurait pas de conséquences d'une extrême gravité sur son état de santé. Le moyen tiré de l'inexacte application des dispositions précitées doit ainsi être écarté.

6. En dernier lieu, M. E se prévaut de sa présence en France depuis le 1er novembre 2018, de ses démarches de formation professionnelle et du bénéfice d'une promesse d'embauche datée du 29 janvier 2021 concernant un poste d'agent de sécurité. De tels éléments, non plus que son état de santé analysé au point précédent, ne caractérisent des liens tels avec la France que la décision en litige y porterait une atteinte disproportionnée au regard de ses objectifs. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation entachant cette décision doit être écarté pour les mêmes motifs.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. D'une part, l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, le requérant n'est pas fondé à en exciper à l'encontre de la décision en litige.

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ".

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement que la situation du requérant n'entrait pas dans les prévisions des dispositions précitées, le moyen afférent devant être écarté.

10. Enfin, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit être écarté pour les motifs retenus au point 6 du présent jugement.

Sur la décision portant octroi d'un délai de départ volontaire :

11. D'une part, l'illégalité de la décision portant mesure d'éloignement n'étant pas établie, le requérant n'est pas fondé à en exciper à l'encontre de la décision en litige.

12. D'autre part, en se bornant à indiquer bénéficier d'une prise en charge médicale dans les conditions relevées au point 5 du présent jugement, le requérant ne caractérise pas des circonstances particulières qui établiraient une erreur manifeste d'appréciation entachant la décision attaquée. Le moyen doit ainsi être écarté.

Sur la décision portant détermination du pays de destination en cas de renvoi :

13. D'une part, l'illégalité de la décision portant mesure d'éloignement n'étant pas établie, le requérant n'est pas fondé à en exciper à l'encontre de la décision en litige.

14. D'autre part, et ainsi qu'il a été dit, la situation médicale du requérant n'apparaît pas de nature à caractériser des risques graves pour lui en cas d'interruption de la prise en charge lors du retour dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doit ainsi être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte les assortissant et celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C F E, à Me Bescou et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

Le rapporteur,

M. Gilbertas

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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