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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308611

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308611

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308611
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 11 octobre 2023 sous le n° 2308611, Mme M, représentée par Me Couderc, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 11 juillet 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a refusé un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, en cas d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", ou à tout le moins une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, en cas d'annulation de la seule mesure d'éloignement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant le réexamen de sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros hors taxe avec intérêts au taux légal au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- cette décision procède d'un défaut d'examen complet de sa demande ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à tout le moins, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants, en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- cette décision méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants, en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant octroi de délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la scolarisation en cours de ses enfants ;

Sur la décision relative au pays de destination en cas de renvoi :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de l'absence de possibilité de prise en charge de ses enfants à K.

Par une ordonnance du 19 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 janvier 2023.

Un mémoire en défense a été enregistré pour la préfète du Rhône le 10 janvier 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

II. Par une requête, enregistrée le 11 octobre 2023 sous le n° 2308612, M. J C E, représenté par Me G, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 11 juillet 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a refusé un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, en cas d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", ou à tout le moins une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, en cas d'annulation de la seule mesure d'éloignement, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant le réexamen de sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros hors taxe, outre intérêts au taux légal, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- cette décision procède d'un défaut d'examen complet de sa demande ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à tout le moins, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants, en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- la décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision lui refusant un titre de séjour ;

- cette décision méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants, en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant octroi de délai de départ volontaire :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de la scolarisation en cours de ses enfants ;

Sur la décision relative au pays de destination en cas de renvoi :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation compte tenu de l'absence de possibilité de prise en charge de ses enfants à K.

Par une ordonnance du 19 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 janvier 2023.

Un mémoire en défense a été enregistré pour la préfète du Rhône le 10 janvier 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Les requérants ont été admis chacun au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 31 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilbertas, premier conseiller,

- et les observations de Me Lulé, pour les requérants.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur les décisions portant refus de titre de séjour :

1. En premier lieu, l'ensemble des décisions attaquées est signé par Mme B D, directrice adjointe des migrations et de l'intégration de la préfecture du Rhône, qui disposait d'une délégation de signature régulièrement consentie à cet effet par un arrêté du 21 août 2023 publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial. Les moyens tirés de l'incompétence de l'autorité signataire des décisions en litige doivent donc être écartés.

2. En deuxième lieu, la seule circonstance tenant à ce que les décisions attaquées ne visent pas l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant n'est pas de nature à révéler que les décisions en litige, qui mentionnent notamment la situation familiale des requérants, auraient été prise à l'issu d'un examen incomplet de cette situation. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

3. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du même code : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. Cette autorisation provisoire de séjour ouvre droit à l'exercice d'une activité professionnelle. Elle est renouvelée pendant toute la durée de la prise en charge médicale de l'étranger mineur, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. Elle est délivrée par l'autorité administrative, après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans les conditions prévues à l'article L. 425-9 ".

4. D'une part, pour refuser les titres de séjour sollicités par les requérants, la préfète du Rhône, au visa des dispositions précitées, a relevé, s'appropriant les avis afférents du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que l'interruption du traitement suivi en France des jeunes C J et I J, enfants jumeaux des requérants nés le 10 octobre 2016, ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité et que leur état de santé leur permettait de voyager sans risque vers le pays familial d'origine. Les requérants se prévalent des différents documents médicaux, remis lors des bilans effectués au mois de juin 2022 au centre hospitalier universitaire de Tours, faisant état d'un trouble du neurodéveloppement des deux enfants, prédominant dans la sphère du langage et relevant d'une symptomatologie autistique " élevée " et indiquant une prise en charge pluridisciplinaire, notamment des soins psycho-éducatifs, psychomoteurs et d'orthophonie. Ces comptes-rendus, s'ils relèvent qu'une telle prise en charge permettrait un développement du potentiel cognitif et social des deux enfants, ne font pas état des conséquences de l'interruption d'une telle prise en charge, en cours de mise en place en région lyonnaise à la date de la décision attaquée. Si les requérants se prévalent d'un certificat du docteur A F, prenant en charge les deux enfants au centre médico-psychologique de Meyzieu, indiquant qu'en l'absence de soins spécialisés, les risques encourus par les deux enfants seraient une régression des acquis, l'absence de développement de la communication et de l'autonomie " pouvant aggraver le handicap ", de telles mentions, par ailleurs postérieures à la décision attaquée, n'apparaissent pas à elles seules caractériser des conséquences d'une exceptionnelle gravité et ainsi remettre en cause l'appréciation portée sur ce point par le collège des médecins de l'OFII, et la préfète du Rhône à sa suite. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions précitées à cet égard doivent être écartés, ainsi que ceux tirés de l'erreur manifeste d'appréciation pour les mêmes raisons.

5. D'autre part, si les requérants soutiennent que les décisions attaquées opposent à tort, au surplus, le motif tiré de ce qu'ils ne justifiaient pas d'une résidence habituelle en France à la date du dépôt de la demande d'autorisation provisoire de séjour, il résulte de ce qui a été précédemment dit que l'autorité préfectorale pouvait légalement se fonder sur le seul motif opposé tiré de ce l'état de santé des enfants du couple n'entrait pas dans les prévisions de l'article L. 425-9 précité.

6. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme M et M. J C E sont entrés en France le 15 avril 2022, accompagnés de leurs quatre enfants, en vue de la prise en charge médicale des jumeaux C J et I J. Ainsi qu'il a été dit au point 4, l'interruption de cette prise en charge du fait des refus de titre de séjour en litige ne devrait pas avoir de conséquences d'une extrême gravité sur l'état de santé des jeunes intéressés et ces décisions ne peuvent dès lors être regardées comme portant atteinte à leur intérêt supérieur en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Compte tenu de la brève durée du séjour des requérants en France et de la consistance des liens ainsi décrits, les décisions en litige ne peuvent être regardées comme y portant une atteinte disproportionnée au regard de leurs objectifs, le moyen tiré de la méconnaissance des exigences de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme devant ainsi également être écarté.

Sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

7. D'une part, l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, les requérants ne sont pas fondés à exciper d'une telle illégalité à l'encontre des décisions attaquées.

8. D'autre part, les moyens tirés de la méconnaissance des exigences de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfants et de celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme doivent être écartés pour les motifs relevés au point 7 du présent jugement. Aucun des éléments ainsi relevés n'apparaît caractériser l'erreur manifeste d'appréciation dont les requérants soutiennent que les décisions attaquées seraient entachées.

Sur les décisions portant octroi d'un délai de départ volontaire :

9. D'une part, l'illégalité des décisions portant mesure d'éloignement n'étant pas établie, les requérants ne sont pas fondés à exciper d'une telle illégalité à l'encontre des décisions attaquées.

10. D'autre part, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas ".

11. Contrairement à ce qui est soutenu par les requérants, la circonstance que les décisions attaquées auraient été prises au cours de l'année scolaire, ce qui n'est par ailleurs pas le cas, n'est pas susceptible de caractériser une circonstance exceptionnelle ni, ainsi, d'entacher d'erreur manifeste d'appréciation les décisions en litige. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

Sur les décisions portant détermination du pays de destination :

12. D'une part, l'illégalité des décisions portant mesure d'éloignement n'étant pas établie, les requérants ne sont pas fondés à exciper d'une telle illégalité à l'encontre des décisions attaquées.

13. D'autre part, compte tenu de ce qui a été dit au point 5 du présent jugement, la circonstance, non établie par les pièces du dossier, que les jeunes C J et I J ne pourraient bénéficier d'une prise en charge satisfaisante à K ne caractérise pas l'erreur manifeste d'appréciation dont les requérants soutiennent que les décisions en litige seraient entachées. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes n° 2308611 et n° 2308612 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte les assortissant et celles présentées au titre des frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2308611 et n° 2308612 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme M, à M. J C E, à Me Couderc, à M. G et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

Le rapporteur,

M. Gilbertas

Le président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

Nos 2308611, 230861

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