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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308617

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308617

lundi 16 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308617
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantSAIDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 octobre 2023, M. X. se déclarant Beraba demande au Tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 11 octobre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, en fixant le pays de destination, et l'a interdit de retour pendant 3 ans ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil sous réserve qu'il renonce à la part contributive de l'Etat en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions sont entachées d'incompétence, insuffisamment motivées et illégales en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire ne pouvait être prise dès lors qu'en sa qualité de demandeur d'asile en Allemagne, il ne pouvait faire l'objet que d'une décision de transfert en application de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision lui refusant un délai de départ volontaire méconnait l'article L. 612-2 du code précité ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision lui interdisant le retour en France méconnait les article L. 612-7 et L. 612-10 du code précité.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu :

- la désignation d'office de Me Saidi,

- la prestation de serment de M. D, interprète en langue arabe,

- les décisions attaquées et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Saidi, pour le requérant, qui conclut aux mêmes fins que la requête en soutenant les mêmes moyens, sauf celui tiré de l'incompétence qui est abandonné ;

- les déclarations de M. X se disant Beraba, assisté de M. D ;

- et les observations de Mme C pour la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

Considérant ce qui suit :

1. M. X. se déclare comme un ressortissant algérien né en 2004 qui serait entré en France soit en 2020, soit en novembre ou septembre 2021 après avoir transité par l'Italie et effectué un bref séjour en Allemagne. Il est connu sous plusieurs identités (Nour Zitouni, Amza Benourda, Hamza Berabah ou Birabah ou Birabeh ou Rabah). Alors qu'il purgeait une première peine d'emprisonnement, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai avec interdiction de retour pendant deux ans par décisions prises par la préfète de l'Allier le 30 septembre 2022.

2. Il a ensuite de nouveau fait l'objet de condamnations à des peines d'emprisonnement, pour vols avec violences puis en récidive et fourniture d'identités imaginaires, prononcées par le Tribunal correctionnel de Lyon les 31 octobre et 14 décembre 2022. Le 11 octobre 2023, en fin de peine purgée au centre pénitentiaire de Villefranche-sur-Saône, il s'est vue opposer une nouvelle obligation de quitter le territoire sans délai, à destination du pays dont il a la nationalité, assortie d'une interdiction de retour d'une durée de 3 ans, prises par la préfète du Rhône. Placé en rétention en vue de l'exécution de cette mesure d'éloignement, il en demande l'annulation.

Sur l'aide juridictionnelle :

3. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. X se disant Beraba au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sur le fondement des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne les moyens communs :

4. Les décisions attaquées indiquent les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Celles-ci permettent d'en comprendre le sens et d'en contester utilement le bien fondé. Elles sont ainsi suffisamment motivées. En outre, il en ressort à l'évidence, rapproché également des pièces produites en défense, que l'autorité préfectorale a préalablement procédé à l'examen de la situation personnelle portée à sa connaissance.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

5. Contrairement à ce que le requérant soutient, la seule circonstance que les autorités allemandes ont saisi ses empreintes le 27 octobre 2021 n'établit pas sa qualité de demandeur d'asile dès lors, d'une part, que le centre de coopération douanière et policière de Khel préalablement consulté par les services de la préfecture du Rhône a indiqué qu'il n'était pas connu au fichier des étrangers en Allemagne, et d'autre part, que le requérant n'a jamais fait état d'une quelconque demande d'asile lors de ses multiples auditions par les services de police ou lorsqu'il lui a été demandé à plusieurs reprises par les autorités préfectorales de faire valoir toute observation sur une éventuelle mesure d'éloignement. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement est entachée d'erreur de droit.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

6. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a déjà fait l'objet de trois condamnations pénales en moins de 3 ans de séjour en France et qu'il est démuni de tout document d'identité ou de voyage en cours de validité. La préfète du Rhône n'a donc pas fait une inexacte application de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en lui refusant un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne le pays de destination :

7. Le moyen tiré de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est assorti, dans la requête ou lors des observations présentées à l'audience, d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

8. Il résulte des dispositions précitées qu'en l'absence de circonstances humanitaires et compte tenu du refus d'accorder un délai de départ volontaire au requérant, la préfète du Rhône devait assortir la mesure d'éloignement d'une interdiction de retour en France. La durée retenue n'apparait pas disproportionnée à la situation du requérant, célibataire sans charge de famille qui a déjà fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire à laquelle il s'est soustrait et dont le comportement constitue une menace à l'ordre public.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. X se disant Beraba n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 11 octobre 2023. Ses conclusions en ce sens, ainsi que celles accessoires, doivent, par conséquent, être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. X se disant Beraba est provisoirement admis à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. X se disant Beraba est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M.X se disant Beraba et à la préfète du Rhône.

Copie en sera adressée à Me Saidi.

Rendu public par mis à disposition au greffe le 16 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

Le greffier,

T. Clément

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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