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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308630

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308630

mercredi 18 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308630
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantSELARL AD JUSTITIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 12 octobre 2023, M. C B, représenté par la Selarl Ad Justitiam, demande au tribunal d'annuler les décisions du 10 octobre 2023 par lesquelles le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour de douze mois et l'a assigné à résidence dans le département de la Loire pour une durée maximale de 45 jours.

M. B soutient que :

- les décisions litigieuses sont entachées d'incompétence ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour portent à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'assignation à résidence est entachée d'une erreur de droit en ce qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français notifiée le même jour, qu'il conteste, le tribunal ne s'étant pas encore prononcé sur son recours ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet de la Loire a produit des pièces qui ont été enregistrées le 16 octobre 2023.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- le formulaire de demande d'aide juridictionnelle rempli par le requérant ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jeannot pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jeannot, magistrate désignée ;

- et les déclarations de M. B, assisté de M. A, interprète en langue albanaise, qui indique qu'il travaille et paie son loyer.

Le préfet de la Loire n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14 h 30.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais né le 5 février 2002, demande au tribunal d'annuler les décisions du 10 octobre 2023 par lesquelles le préfet de la Loire lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour de douze mois et l'a assigné à résidence dans le département de la Loire pour une durée maximale de 45 jours.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Compte tenu de l'urgence qui s'attache à la situation administrative de M. B, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admette au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, les décisions contestées ont été signées par M. D E, sous-préfet, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté du préfet de la Loire du 13 juillet 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 24 juillet 2023, librement accessible tant au juge qu'aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire des décisions attaquées doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions contestées visent les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables. En outre, les décisions du 10 octobre 2023 par lesquelles le préfet de la Loire a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai et a prononcé une interdiction de retour de douze mois indique les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par ailleurs, la décision du 10 octobre 2023 portant assignation à résidence précise que M. B fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Les décisions en litige, qui comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement sont, ainsi, suffisamment motivées. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions attaquées, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Si M. B fait valoir que son frère et sa belle-sœur sont présents sur le territoire national, d'une part, il ne produit aucune pièce au soutien de ses allégations. D'autre part, il ne justifie pas de la régularité de leur situation au regard de leur droit au séjour. En outre, il est constant que l'intéressé, célibataire et sans enfant, n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident sa grand-mère et ses oncles ainsi qu'il l'a déclaré lors de son audition du 10 octobre 2023. Par ailleurs, il n'a pas exécuté la précédente mesure d'éloignement prise le 19 octobre 2021. Enfin, si le requérant établit exercer une activité professionnelle à temps partiel en qualité d'employé polyvalent dans le secteur de la restauration rapide depuis le 1er août 2021, il n'en résulte pas qu'il justifierait d'une insertion professionnelle significative. Compte tenu de ces éléments, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il a été porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels les décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour ont été prises. Le moyen tiré de la violation des stipulations précitées doit, par suite, être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 722-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut engager la procédure d'exécution d'office de la décision portant obligation de quitter le territoire français (), si aucun délai n'a été accordé, dès la notification de l'obligation de quitter le territoire français ou, s'il a été mis fin au délai accordé, dès la notification de la décision d'interruption du délai ". Aux termes de l'article L. 722-7 du même code : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi () ".

8. En vertu de ces dispositions, la circonstance qu'une obligation de quitter le territoire français n'est pas encore définitive fait obstacle à l'éloignement effectif de l'étranger qui en fait l'objet, mais non à son placement en rétention administrative, ni à son assignation à résidence. Dès lors, le moyen tiré de ce que l'arrêté portant assignation à résidence serait entaché d'erreur de droit pour avoir été notifié le même jour que celui portant obligation de quitter le territoire français pour l'exécution duquel il a été pris, doit être écarté.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article L. 732-3 de ce code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable une fois dans la même limite de durée ". Une mesure d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile consiste, pour l'autorité administrative qui la prononce, à déterminer un périmètre que l'étranger ne peut quitter et au sein duquel il est autorisé à circuler et, afin de s'assurer du respect de cette obligation, à lui imposer de se présenter, selon une périodicité déterminée, aux services de police ou aux unités de gendarmerie

10. La décision contestée prévoit que M. B devra se présenter tous les lundis, mercredis et vendredis à 10 h au commissariat de police de Saint-Chamond pour faire constater qu'il respecte l'assignation à résidence dont il fait l'objet. Si M. B se prévaut d'un contrat de travail à temps partiel, il n'établit pas que ces modalités seraient incompatibles avec l'exercice d'une activité professionnelle. En outre, M. B, qui ne peut quitter immédiatement le territoire français, l'obtention d'un laissez-passer consulaire étant nécessaire, mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, peut être assigné à résidence dès lors qu'il fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire pour laquelle le délai de départ volontaire n'a pas été accordé et qu'une précédente mesure d'éloignement n'a pas été exécutée. Le moyen tiré de ce que son assignation à résidence serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit, par suite, être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Loire.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2023.

La magistrate désignée,

F. Jeannot

La greffière,

C. Driguzzi

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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