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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308796

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308796

vendredi 20 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308796
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantROMANET DUTEIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 octobre 2023, M. K G E, représenté par Me Romanet Duteil, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler les décisions du 16 octobre 2023 par laquelle la préfète du Rhône lui a refusé un délai de départ volontaire, a désigné le pays de destination en cas de reconduite et l'a interdit de retour sur le territoire français avant l'écoulement d'une période de vingt-quatre mois ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée, révélant en cela un défaut d'examen complet de sa situation ;

- la décision le privant d'un délai de départ volontaire procède d'une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la mesure d'interdiction de retour sur le territoire de vingt-quatre mois méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du même code et revêt un caractère disproportionné.

Des pièces ont été produites pour la préfète du Rhône le 19 octobre 2023 et ont été communiquées.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Gilbertas.

Vu la prestation de serment de Mme I, interprète en langue arabe.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gilbertas, magistrat désigné,

- les observations de Me Romanet Duteil, pour M. G E, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens, sauf à se désister des conclusions présentées à l'encontre de la décision portant désignation du pays de destination,

- et celles de Mme A, pour la préfète du Rhône, qui conclut au rejet de la requête, les moyens soulevés par M. G E n'étant pas fondés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. K G E, ressortissant algérien né le 7 mai 1999, demande l'annulation des décisions du 16 octobre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a refusé un délai de départ volontaire et l'a interdit de retour sur le territoire national avant l'écoulement d'un période de vingt-quatre mois.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. G E au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, il ressort des pièces produites en défense que, par un arrêté du 2 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du lendemain, la préfète de ce département a donné délégation de signature à Mme D C attachée, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B F, directrice des migrations et de l'intégration et de Mme J H, attachée, cheffe du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer la totalité des actes établis par cette direction, à l'exception de ceux au nombre desquels ne figurent pas les décisions attaquées. Or, il n'est ni établi, ni même allégué, que Mmes F et H n'auraient pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire des décisions contestées manque en fait et doit être écarté

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les dispositions et stipulations dont il fait application et relève les éléments biographiques de M. G E pertinents pour cette application, ce que n'est pas, contrairement à ce qui est soutenu par le requérant, la circonstance, non établie, tenant à ce qu'il avait l'intention de quitter le territoire par ses propres moyens. Il ne ressort ni de cette motivation, suffisante en l'espèce, ni des autres pièces du dossier que les décisions en litige auraient été prises à l'issue d'un examen incomplet de la situation de M. G E. Les moyens afférents doivent ainsi être écartés.

5. En troisième lieu, selon les termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () ". L'article L. 612-2 du même code prévoit que : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Et aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

6. Pour refuser d'octroyer un délai de départ volontaire à M. G E, la préfète du Rhône a relevé, au visa des dispositions précitées, que la présence de l'intéressé en France constituait une menace pour l'ordre public, caractérisé par son interpellation pour violence aggravée et ses mises en cause antérieures pour des faits répétés, à l'occasion de quinze signalisations, de violences, détention de stupéfiants, vol en réunion, recel et vol à la roulotte, et qu'il ne justifiait pas de garanties de représentations suffisantes en l'absence de démonstration d'un logement stable ni de moyens de subsistance. En se bornant à indiquer sa volonté de départ et à contester la qualification de menace publique de sa présence en France, sans remettre en cause les faits qui lui sont personnellement reprochés et apparaissent, par leur gravité et leur répétition, caractériser une telle menace, le requérant ne saurait être regardé comme faisant valoir des circonstances particulières faisant obstacle au refus de départ volontaire en cause ou comme caractérisant une inexacte application des dispositions précitées. Les moyens afférant doivent ainsi être écartés.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Et selon les termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () "

8. Pour interdire M. G E de retour sur le territoire national pour une durée de vingt-quatre mois, la préfète du Rhône a relevé que l'intéressé n'établissait pas l'existence de liens stables et avérés avec le territoire national et que sa présence en France constituait une menace pour l'ordre public, dans les conditions caractérisées au point 6 du présent jugement. Ainsi qu'il a été dit, les faits reprochés, dont le caractère personnellement imputable n'est pas remis en cause par la circonstance tenant à ce que M. G E n'aurait pas fait l'objet de condamnations pénales, caractérisent une menace pour l'ordre public. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, c'est par une exacte application des dispositions précitées, et sans disproportion, que la préfète du Rhône a pu interdire de retour sur le territoire M. G E pour une durée de dix-huit mois.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. G E demande sur leur fondement.

D E C I D E :

Article 1er : M. G E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de conclusions de la requête de M. G E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. K G E, à Me Romanet Duteil et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

M. Gilbertas

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour exécution conforme,

Un greffier

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