lundi 23 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2308818 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | GRIOT EMILIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 octobre 2023 à 17 heures 18 minutes sous le n°2308818, M. D B A, ayant pour avocat Me Griot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 17 octobre 2023 par lequel le préfet de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, et a fixé l'Allemagne comme pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, ou à défaut, tout pays dans lequel il est légalement admissible ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
M. B A soutient que :
- l'arrêté en litige a été pris par une autorité incompétente ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait et en droit ;
- le préfet n'a pas examiné de manière sérieuse et attentive la situation administrative et familiale de l'intéressé ;
- le préfet aurait dû procéder à sa réadmission vers l'Allemagne, dès lors qu'il est titulaire d'une carte de séjour dans ce pays de l'Union européenne ;
- c'est à tort que le préfet l'a privé de tout délai de départ volontaire ; il a ainsi commis une erreur de droit sur ce point ;
- l'autorité administrative a également commis une erreur d'appréciation en estimant que le comportement de l'étranger constituait une menace à l'ordre public.
Vu les pièces enregistrées le 23 octobre 2023 au greffe du tribunal administratif, présentées par le préfet de la Drôme.
Vu la prestation de serment de Mme C, interprète en langue espagnole.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, ensemble le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Habchi pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 octobre 2023 le rapport de M. Habchi, magistrat désigné, et :
- les observations de Me Griot, pour M. B A, qui entend tout d'abord renoncer à son moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte. Me Griot rappelle en outre la situation administrative et familiale de l'intéressé ;
- les observations de M. B A, assisté de Mme C, interprète en langue espagnole, qui invoque sa vie privée et familiale en Allemagne et en Espagne et sa volonté de retourner en Allemagne ;
- les observations de Me Morisson-Cardinaud, substituant Me Tomasi, représentant le préfet de la Drôme, qui conclut au rejet de la requête. S'agissant de l'absence de délai de départ volontaire, elle demande en outre à ce que soit substitué le 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par le 3° de l'article L. 612-2, dès lors que l'intéressé n'offre aucune garantie de représentation suffisante, et partant, qu'il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision d'éloignement en litige.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant cubain né le 22 septembre 1999, est entré en France le 17 octobre 2023 alors qu'il circulait dans un train de la région Auvergne Rhône-Alpes, et ce démuni de tout visa ou document de séjour. Interpellé par les forces de police françaises, il a été conséquemment placé au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry 2 par un arrêté du 17 octobre 2023, le préfet de la Drôme ayant concomitamment pris à son encontre un arrêté, le même jour, par lequel l'étranger est obligé de quitter le territoire français sans délai de départ, et sera éloigné à destination de l'Allemagne ou vers tout pays dans lequel il serait légalement admissible. Par la présente requête, M. B A demande au tribunal d'annuler l'arrêté, en date du 17 octobre 2023, par lequel le préfet de la Drôme lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, et a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office.
Sur les conclusions présentées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Compte tenu de l'urgence qui s'attache à la situation administrative de M. B A placé en centre de rétention administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admette au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur l'étendue du litige :
3. S'il ressort de l'arrêté contesté du 17 octobre 2023 que le préfet de la Drôme a fait mention d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, il n'en a justifié ni le principe ni la durée dans ses motifs. Il est en outre constant que le dispositif de l'arrêté en litige ne comporte aucun article, ni aucune mention d'une interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, contrairement à ce qu'a pu indiquer la représentante du préfet de la Drôme au cours de l'audience publique, l'arrêté du 17 octobre 2023 relatif à M. B A ne saurait être regardé comme édictant une interdiction de retour sur le territoire national à son encontre.
En ce qui concerne la légalité de l'arrêté portant mesure d'éloignement :
4.En premier lieu, l'arrêté du 17 octobre 2023 par lequel le préfet de la Drôme a fait obligation de quitter le territoire français à M. B A et a fixé le pays de destination vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les dispositions de l'article L. 612-2 et L. 721-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables. Il précise en outre que l'intéressé est entré sur le territoire national démuni de tout document d'identité ou document de séjour, alors qu'il se trouvait en transit pour se rendre en Espagne. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet de la Drôme a bien fait mention de la nationalité cubaine de l'étranger, et a par ailleurs visé les dispositions applicables à sa situation, tout en indiquant qu'il est titulaire d'une carte de séjour en Allemagne, et partant, serait susceptible d'être éloigné vers ce pays. Contrairement à ce que soutient le requérant, l'autorité administrative a motivé la spécificité de sa situation administrative et personnelle. La décision en litige qui comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.
5.En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire, ni d'aucune autre des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. B A au regard de l'ensemble des informations portées à sa connaissance préalablement à son édiction. Contrairement à ce que soutient le ressortissant cubain, l'autorité administrative a bien pris compte la circonstance que l'étranger est titulaire d'une carte de séjour allemande, valable à la date à laquelle la décision attaquée a été édictée. En outre, la circonstance que le préfet n'ait pas fait mention de l'ensemble de sa situation familiale ne suffit pas à caractériser le défaut d'examen que M. B A invoque. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.
6. En troisième lieu, M. B A invoque l'erreur de droit et l'erreur d'appréciation qu'aurait commises le préfet de la Drôme, en édictant une obligation de quitter le territoire français à son encontre, au lieu d'un arrêté de remise " Schengen " aux autorités allemandes. Toutefois, ainsi que l'a énoncé le Conseil d'Etat dans son avis, préfet de la Haute-Savoie, n°371994 du 18 décembre 2013, le champ d'application des mesures obligeant un étranger à quitter le territoire français et celui des mesures de remise d'un étranger à un autre Etat ne sont pas exclusifs l'un de l'autre, et le législateur n'a pas donné à l'une de ces procédures un caractère prioritaire par rapport à l'autre. Il s'ensuit que, lorsque l'autorité administrative envisage une mesure d'éloignement à l'encontre d'un étranger dont la situation entre dans le champ d'application de l'obligation de quitter le territoire français, ou dans celui de la remise " Schengen " aux autorités d'un pays membre de l'Union européenne, elle peut légalement soit le remettre aux autorités compétentes de l'Etat membre de l'Union européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, soit l'obliger à quitter le territoire français, notamment sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces dispositions ne font pas non plus obstacle à ce que l'administration engage l'une de ces procédures alors qu'elle avait préalablement engagée l'autre. Toutefois, si l'étranger demande à être éloigné vers l'Etat membre de l'Union Européenne ou partie à la convention d'application de l'accord de Schengen d'où il provient, ou s'il est résident de longue durée dans un Etat membre ou titulaire d'une " carte bleue européenne " délivrée par un tel Etat, il appartient au préfet d'examiner s'il y a lieu de reconduire en priorité l'étranger vers cet Etat ou de le réadmettre dans cet Etat.
7. Or, en l'espèce, il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que, contrairement à ce qu'affirme M. B A, le préfet de la Drôme a bien pris en compte l'existence d'une carte de séjour allemande détenue par l'intéressé, et a, partant, édicté le retour du ressortissant cubain vers l'Allemagne, ainsi qu'en témoigne l'article 1er de l'arrêté du 17 octobre 2023. De même, l'article 2 de cette décision dispose que le requérant " sera éloigné à destination de l'Allemagne, pays dont il possède un titre de séjour valide jusqu'au 21 octobre 2023 ou de tout autre pays dans lequel il est légalement admissible ". Dès lors, ainsi qu'il a été dit au point 6, et eu égard aux déclarations de l'intéressé, il était loisible à l'autorité administrative d'édicter prioritairement une mesure d'éloignement à destination de l'Allemagne, pays à destination duquel l'intéressé sera reconduit, peu importe que la mesure en cause représente une décision portant obligation de quitter le territoire français, ou une mesure de réadmission " Schengen " vers l'Allemagne. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en édictant prioritairement une mesure d'éloignement à destination de l'Allemagne, le préfet de la Drôme ait inexactement apprécia la situation qui lui était alors soumise.
8. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 7 que la mesure portant obligation de quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité.
En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " ; et aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () ".
10. Il résulte des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet de la Drôme s'est fondé sur le 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour prendre sa décision d'éloignement sans délai de départ volontaire. Toutefois, le comportement de l'intéressé ne saurait être regardé, dans les circonstances de l'espèce, comme constitutif d'une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, ainsi que le fait valoir la représentante du préfet de la Drôme au cours de l'audience, le juge peut substituer à cette base légale erronée, celle du 3° de l'article L. 612-2 du même code, dès lors qu'il ressort effectivement des pièces versées au dossier que M. B A ne justifie d'aucun logement stable, ni domiciliation effective en France, ni n'a été en mesure, au cours de son interpellation, de produire un document d'identité ou de séjour, aux autorités de police. Il ne saurait donc être regardé comme offrant des garanties de représentation suffisantes au sens du 8° de l'article L. 612-3 du code précité. Dès lors, il y a de lieu de procéder à cette substitution de base légale, qui n'a privé le requérant d'aucune garantie procédurale.
11.Il résulte de ce qui a été dit aux points 1 à 10 que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B A ainsi que celles introduites au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n°2308818 de M. B A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B A et au préfet de la Drôme.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
H. Habchi
Le greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
N°2308818
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026