lundi 23 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2308826 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | GRIOT EMILIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 18 octobre à 18 heures 20 minutes et le 23 octobre 2023, sous le n°2308826, M. F A, ayant pour avocat Me Griot, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté en date du 17 octobre 2023 par lequel la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office, et lui a en outre opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
M. A soutient que :
- les décisions attaquées ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées en fait et en droit ;
- elles souffrent d'un défaut d'examen sérieux et individualisé ;
- la préfète du Rhône a omis, avant de refuser le droit au séjour, de saisir la commission du titre de séjour instituée à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la notification de l'arrêté attaqué est irrégulière dès lors que le nom de l'interprète ayant assisté l'intéressé n'est pas matériellement inscrit dans l'arrêté en litige ;
- l'autorité administrative a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a également méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du même code ;
- c'est à tort que la préfète a estimé que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public, elle a entaché sur ce point son arrêté d'une erreur d'appréciation ;
- la mesure d'éloignement est entachée d'illégalité dès lors que le refus de séjour est lui-même illégal ;
- la préfète du Rhône a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en prenant la mesure d'éloignement contestée ; elle a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- la mesure d'éloignement a été prise sans que sa situation personnelle ne soit examinée, notamment au regard de l'état de santé de l'étranger ;
- cette mesure n'est pas suffisamment motivée en fait et en droit ;
- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la mesure d'éloignement a été édictée en violation de l'article 8 de la convention européenne précitée ;
- l'autorité administrative a entaché sa décision d'éloignement d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle et familiale ;
- c'est à tort que la préfète l'a privé de tout délai de départ volontaire ;
- la décision fixant le pays de destination a été édictée au mépris de l'article 3 de la convention européenne précitée ;
- la décision lui interdisant le retour pour une durée de deux ans est entachée d'une erreur de droit, et d'une erreur d'appréciation.
Vu le jugement n°2209572 du 7 avril 2023 du tribunal administratif de Lyon ;
Vu les pièces enregistrées le 19 octobre 2023 au greffe du tribunal administratif, présentées par la préfète du Rhône.
Vu la prestation de serment de M. E, interprète en langue anglaise.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, ensemble le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Habchi pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 octobre 2023 le rapport de M. Habchi, magistrat désigné, et :
- les observations de Me Griot, pour M. A, qui entend tout d'abord renoncer au moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué, s'agissant du refus de séjour, rappelle la situation administrative et sanitaire de M. A, ainsi que le parcours de l'intéressé, et insiste en outre sur l'absence de menace à l'ordre public ;
- les observations de M. B, pour la préfète du Rhône, qui rappelle la situation sociale, administrative et judiciaire de M. A sur le territoire national, et invoque enfin la circonstance que la préfète n'avait pas à saisir la commission du titre de séjour ;
- les observations de M. A, assisté de M. E, interprète en langue anglaise, qui rappelle son parcours depuis son entrée en France, et les troubles psychiatriques dont il est l'objet.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant originaire du Nigéria né le 20 janvier 1991, est entré en France le 12 février 2019 démuni de tout visa ou document de séjour. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, le 27 avril 2021 et ce refus a été confirmé par la Cour nationale du droit d'asile par une décision du 27 janvier 2022 régulièrement notifiée à l'intéressé. Le 13 octobre 2020, M. A a présenté une demande de titre de séjour au titre de la santé auprès de la préfecture du Rhône mais par un arrêté du 20 juin 2022, la préfète du Rhône a décidé de lui refuser l'admission au séjour et a prononcé une mesure d'éloignement à son encontre. Toutefois, par un jugement n°2209572 du 7 avril 2023, le tribunal administratif de Lyon a annulé la mesure d'éloignement pour défaut d'examen de la situation qui était soumise à l'autorité administrative, et a enjoint à la préfète du Rhône de réexaminer la situation. En outre, par un jugement du tribunal correctionnel de Lyon du 12 juillet 2023, M. A a été condamné à une peine d'un an d'emprisonnement délictuel dont six mois avec sursis pour des faits d'agression sexuelle commis le 30 mai 2023. Enfin, après avoir reçu une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, par un arrêté du 17 octobre 2023, la préfète du Rhône a refusé à M. A la délivrance d'un titre de séjour, puis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office, et lui a en outre opposé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Enfin, par un arrêté du même jour, la préfète a décidé de le placer au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2023 dont il est l'objet.
Sur les conclusions présentées au titre de l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Compte tenu de l'urgence qui s'attache à la situation administrative de M. A, placé en centre de rétention administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de l'admette au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Sur l'étendue du litige :
3. Il résulte des dispositions des articles L. 614-1, L. 614-8 et L. 732-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'en cas d'assignation à résidence de l'étranger ou de placement en rétention administrative, les requêtes dirigées contre les décisions faisant obligation de quitter le territoire, fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination prises à son encontre, ainsi que la décision de placement en procédant, doivent être instruites et jugées selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, ces dispositions et celles de l'article R. 776-17 du code de justice administrative font obstacle à ce que le magistrat désigné en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, saisi de la situation d'un étranger placé en rétention à la suite d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français, examine la décision de refus de séjour qui relève de la compétence d'une formation collégiale.
4. M. A a été placé au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry par un arrêté du 17 octobre 2023. Par suite, il appartient au magistrat désigné de statuer sur la légalité des décisions du 17 octobre 2023 obligeant l'intéressé à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi et prononçant l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. En revanche, il appartient seulement à une formation collégiale du tribunal administratif de Lyon de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 17 octobre 2023 refusant à M. A la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, il y a lieu de renvoyer en formation collégiale les conclusions de M. A tendant à l'annulation de la décision portant refus de séjour.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'exception d'illégalité :
5.En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et cela n'est pas utilement contredit, que Mme C D, directrice des migrations et de l'intégration, avait bien reçu délégation le 29 mars 2023, régulièrement publiée le 31 mars 2023, à l'effet de signer l'arrêté contesté du 17 octobre 2023, notamment s'agissant de la mesure d'éloignement en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en cause manque en fait, et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, l'arrêté du 17 octobre 2023 par lequel la préfète du Rhône a fait obligation de quitter le territoire français à M. A et a fixé le pays de destination vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les dispositions de l'article L. 611-1 et L. 721-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables. Il précise en outre que l'intéressé est entré sur le territoire national irrégulièrement, puis a sollicité l'asile qui lui a été refusé à deux reprises. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que la préfète du Rhône a bien fait mention de la nationalité de l'étranger, et a par ailleurs exposé que son état de santé ne faisait pas obstacle à son éloignement. La préfète a enfin visé les dispositions applicables à sa situation, tout en indiquant qu'il n'est pas porté atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale. Les décisions en litige qui comportent l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfont ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.
7.En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire, ni d'aucune autre des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. A au regard de l'ensemble des informations portées à sa connaissance préalablement à son édiction. Contrairement à ce que soutient le ressortissant nigérian, la circonstance que l'autorité administrative n'ait pas fait mention précise de sa situation sanitaire, notamment de ses troubles psychiatriques, ne suffit pas à caractériser le défaut d'examen que le requérant invoque. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.
8. En quatrième lieu, si le requérant fait grief à la préfète du Rhône d'avoir omis de saisir la commission du titre de séjour instituée à l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A remplirait les conditions d'obtention d'un titre de séjour sur les fondements des articles L. 425-9 ou L. 435-1 du code précité, et partant, l'autorité administrative n'était pas tenue de saisir la commission du titre de séjour.
9. En cinquième lieu, la circonstance, à la supposer établie, que le nom de l'interprète ne serait pas apposé sur le formulaire de notification de la décision de refus de titre de séjour, demeure sans incidence sur la légalité de cette décision opposée par la préfète du Rhône.
10. En sixième lieu, s'il ressort, il est vrai, des pièces du dossier que M. A souffre de troubles psychiatriques, pour lesquels il a bénéficié d'un suivi sur le territoire national, il n'est en tout état de cause pas démontré, en l'espèce, qu'il ne pourrait pas avoir accès à un suivi au plan psychiatrique et psychologique au Nigéria, et ce alors même que le collège de médecins de l'OFII a estimé, dans son avis du 22 décembre 2021, que le défaut de traitement ne devrait pas avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité pour le ressortissant nigérian. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
11. En septième lieu, M. A se prévaut de son état de santé et affirme que sa situation relèverait de circonstances humanitaires ou exceptionnelles au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A, qui se maintient au demeurant depuis près de quatre ans sur le sol national et ne justifie d'aucune intégration sociale et professionnelle particulière, relèverait d'une situation humanitaire ou d'une admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code précité ne peut qu'être écarté.
12. En huitième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A a fait l'objet d'une condamnation par le tribunal correctionnel de Lyon, le 12 juillet 2023 pour des faits d'agression sexuelle. L'intéressé a été conséquemment écroué en centre pénitentiaire dans le département du Rhône. Dans les circonstances de l'espèce, et eu égard à la gravité des faits commis, l'intéressé a adopté un comportement constitutif d'une menace à l'ordre public. Partant, il n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que la préfète du Rhône a retenu ce motif pour lui refuser l'admission exceptionnelle au séjour. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
13. En neuvième lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier, et notamment pas des éléments médicaux fournis à l'appui de la requête, qu'en prenant le refus de séjour contesté, la préfète du Rhône aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle et familiale de M. A. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.
14. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 13 que la décision portant refus de séjour n'est entachée d'aucune illégalité. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement dont il est l'objet serait, pour ce motif, elle-même illégale.
En ce qui concerne les autres moyens, dirigés contre la mesure d'éloignement :
15. En premier lieu, il y a lieu d'écarter les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, celui tiré de l'insuffisance de motivation et enfin, celui tiré du défaut d'examen pour les mêmes motifs que ceux retenus aux points 5, 6 et 7.
16.En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
17. Il ressort des pièces du dossier que M. A âgé de 32 ans, est entré irrégulièrement en France au cours de l'année 2019, puis s'est maintenu sur le sol national en dépit des refus d'asile qui lui ont été opposés tant par l'OFPRA que par la CNDA. L'intéressé ne dispose d'aucun emploi, ni de ressources suffisantes sur le territoire national et ne fait état d'aucune insertion sociale et professionnelle en France. Sans charge de famille et sans lien privé ou familial sur le territoire national, il a conservé en revanche des attaches familiales au Nigéria où résident sa mère, ses frères et ses sœurs. S'il se prévaut de problèmes psychiatriques et d'un traitement médical en France, rien ne fait obstacle à ce qu'il puisse bénéficier d'un traitement et d'un suivi appropriés au Nigéria. En outre, l'intéressé a été condamné en 2023, ainsi qu'il a été dit au point 1, à une peine d'emprisonnement pour des faits délictuels graves, et il est défavorablement connu des services de police. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, citées au point précédent, sera écarté. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces versées au dossier que la préfète du Rhône aurait entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et familiale.
18.En troisième lieu, si le requérant invoque la méconnaissance du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'écarter, en l'absence d'élément spécifique relatif à la mesure d'éloignement, ce moyen pour le même motif que celui énoncé au point 10.
En ce qui concerne l'absence de délai de départ volontaire :
19. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " ;
20. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, qui ne sont nullement contredits par le requérant, que M. A a fait l'objet d'une condamnation à un an d'emprisonnement dont six mois avec sursis, pour des faits d'agression sexuelle. Son comportement doit être regardé comme constituant une menace à l'ordre public. Au surplus, l'intéressé ne dispose d'aucun logement autonome et ne saurait être regardé, en l'espèce, comme offrant des garanties de représentation suffisantes. Dans ces conditions, il existe un risque certain que l'étranger se soustraie à la décision d'éloignement au sens du 3° de l'article L. 612-2 du code cité au point précédent. Dès lors, le ressortissant nigérian entrant dans le champ d'application des 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code précité, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 en l'absence de délai de départ volontaire doit être écarté.
21. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en privant M. A de tout délai de départ volontaire, et ce alors même qu'il souffre de troubles psychiatriques importants, la préfète du Rhône ait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
22. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Si M. A soutient que toute sa famille a été assassinée au Nigéria, qu'il craint toujours pour sa vie en cas de retour dans son pays et fait valoir qu'il y serait menacé physiquement, la demande d'asile du requérant a toutefois été rejetée tant par l'OFPRA que par la CNDA, qui n'ont pas tenu les risques invoqués par ce dernier comme établis. S'il se prévaut, eu égard à ses écritures, d'une pathologie psychiatrique exacerbée en cas de retour dans son pays d'origine, rien au dossier ne permet d'en attester, et il ne justifie ainsi pas d'un obstacle à ce qu'il poursuive son existence au Nigéria, notamment dans une région différente de celle qu'il a initialement quittée pour rejoindre la France. Par suite, M. A, qui n'apporte pas d'élément établissant le caractère réel, sérieux et personnel des menaces invoquées en cas de retour au Nigéria, n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
23. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. " ; et de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
24. Il ressort des pièces du dossier que M. A se maintient en France démuni de tout visa ou document de séjour depuis plus de quatre années à la date de l'arrêté qu'il attaque, nonobstant ses problèmes de santé importants. Il est constant qu'il a en outre déjà fait l'objet d'une première obligation de quitter le territoire français en 2022, quand bien même celle-ci a été annulée pour défaut d'examen par le tribunal administratif. En outre, la préfète du Rhône a pu légalement prendre en compte le comportement général de l'intéressé, notamment ses agissements délictueux, et sa peine d'emprisonnement pour agression sexuelle. Ainsi, l'intéressé étant également démuni d'attaches familiales fortes en France, en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, la préfète du Rhône a fait une exacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, il n'apparaît pas qu'en édictant une telle mesure, l'autorité administrative aurait commis une erreur d'appréciation sur ce point.
25.Il résulte de ce qui a été dit aux points 1 à 24 que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A ainsi que celles introduites au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doivent être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision du 17 octobre 2023 par laquelle la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal administratif de Lyon.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête n°2308826 de M. A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
H. Habchi
Le greffier,
T. Clément
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
N°2308826
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026