jeudi 19 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2308880 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | PETIT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 octobre 2023 et 30 avril 2024, la société Sogerim, représentée par la SELARLU Jean-Marc Petit avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 mai 2023 par lequel le maire de Toussieu a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la réalisation de vingt-six logements sur un terrain situé 24 Grande rue, ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au maire de Toussieu de lui délivrer le permis de construire sollicité ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Toussieu le paiement d'une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;
- l'attestation prévue par le f) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme ne pouvait être exigée ; en tout état de cause, une étude de gestion des eaux pluviales était jointe au dossier ;
- la commune ne pouvait refuser de délivrer l'autorisation sollicitée en raison du caractère invalide du numéro de récépissé du dossier de permis de construire à l'ordre des architectes ;
- le projet respecte les dispositions de l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme, cet article n'exigeant pas la réalisation d'une place de stationnement visiteur par logement ; en refusant de délivrer le permis de construire sollicité, le maire de Toussieu a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation ;
- l'implantation du projet à l'alignement futur permet l'aménagement d'un trottoir ; ainsi, le projet respecte l'article UA 6 du règlement du plan local d'urbanisme ; la demande de substitution de motifs doit ainsi être écartée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2024, la commune de Toussieu, représentée par la SELARL Philippe Petit et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société pétitionnaire au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés ;
- elle sollicite une substitution de motif, tirée de ce que le projet méconnaît l'article UA 6 du règlement du plan local d'urbanisme.
Par une lettre du 11 mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 8 avril 2024 sans information préalable.
Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 22 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,
- les observations de Me Roussel, substituant la SELARLU Jean-Marc Petit avocat, représentant la société requérante,
- et les observations de Me Rubio, représentant la commune de Toussieu.
Considérant ce qui suit :
1. La société Sogerim a déposé en mairie de Toussieu le 28 février 2023 une demande de permis de construire pour la réalisation de vingt-six logements sur un terrain situé 24 Grande rue. Par arrêté du 23 mai 2023, le maire de Toussieu a refusé de lui délivrer l'autorisation ainsi sollicitée. La société Sogerim demande l'annulation de cet arrêté et de la décision implicite rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". En application de l'article L. 2131-1 de ce code : " I. - Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'ils ont été portés à la connaissance des intéressés dans les conditions prévues au présent article et, pour les actes mentionnés à l'article L. 2131-2, qu'il a été procédé à la transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement prévue par cet article. / Le maire peut, sous sa responsabilité, certifier le caractère exécutoire d'un acte. ".
3. Le permis de construire en litige a été signé par Mme A C, adjointe déléguée à l'urbanisme, en vertu d'une délégation de fonctions et de signature du maire de Toussieu datée du 3 décembre 2021, l'autorisant notamment à signer les arrêtés de permis de construire, sans distinction selon le sens de l'arrêté édicté. Cet arrêté de délégation a été affiché le 10 décembre 2021 et transmis aux services de la préfecture le 6 décembre 2021. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : () / f) Lorsque la construction projetée est subordonnée par un plan de prévention des risques naturels prévisibles () à la réalisation d'une étude préalable permettant d'en déterminer les conditions de réalisation, d'utilisation ou d'exploitation, une attestation établie par l'architecte du projet ou par un expert certifiant la réalisation de cette étude et constatant que le projet prend en compte ces conditions au stade de la conception ; () ". L'article R. 423-22 du même code dispose que : " Pour l'application de la présente section, le dossier est réputé complet si l'autorité compétente n'a pas, dans le délai d'un mois à compter du dépôt du dossier en mairie, notifié au demandeur ou au déclarant la liste des pièces manquantes dans les conditions prévues par les articles R. 423-38 et R. 423-41 ". Enfin, aux termes de l'article R. 423-38 dudit code : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou, dans le cas prévu par l'article R. 423-48, un échange électronique, indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Il résulte de ces dispositions que l'administration ne peut refuser de délivrer un permis de construire au motif que le dossier de demande est incomplet, sans avoir demandé au pétitionnaire de compléter celui-ci dans le mois suivant la date de son dépôt en mairie.
5. Le plan de prévention des risques naturels prévisibles d'inondation de la vallée de l'Ozon impose la réalisation d'une étude technique permettant de justifier la prise en compte des prescriptions émises pour toute nouvelle construction située en zone blanche du plan, afin de limiter les apports d'eaux pluviales supplémentaires et de ne pas augmenter le débit naturel en eaux pluviales de la parcelle. Il ressort des pièces du dossier qu'aucune demande de communication de pièces manquantes n'a été adressée à la société pétitionnaire par le service instructeur dans le mois suivant le dépôt de sa demande. Dès lors, le dossier était réputé complet en vertu de l'article R. 423-22 du code de l'urbanisme. En outre, alors que le dossier de demande de permis de construire déposée par la société requérante comporte une étude de gestion des eaux pluviales qui précise que la commune de Toussieu est concernée par le plan de prévention des risques naturels prévisibles d'inondation de la vallée de l'Ozon et que le terrain étudié ne se situe pas en zone inondable mais en zone blanche d'apport d'eaux pluviales, la notice rédigée par l'architecte en charge du projet précise que les eaux pluviales seront intégralement dirigées vers un ouvrage de rétention-infiltration, conformément à l'étude de dimensionnement jointe en annexe. Par suite, le motif de refus tiré de l'absence de l'attestation prévue par le f) de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme est entaché d'illégalité.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 431-1 du code de l'urbanisme : " Conformément aux dispositions de l'article 3 de la loi n° 77-2 du 3 janvier 1977 sur l'architecture, la demande de permis de construire ne peut être instruite que si la personne qui désire entreprendre des travaux soumis à une autorisation a fait appel à un architecte pour établir le projet architectural faisant l'objet de la demande de permis de construire. ".
7. La notice du projet de construction en litige est signée par un cabinet d'architectes, lequel est clairement identifié au point 5.1 du formulaire Cerfa du dossier de demande de permis de construire. Alors qu'il n'est pas contesté que l'architecte en charge du projet est inscrit à l'ordre des architectes, la circonstance que le numéro de récépissé du dossier de permis de construire déclaré auprès de l'ordre des architectes soit invalide est sans incidence sur la régularité de la demande de permis. Dans ces conditions, en refusant de délivrer le permis de construire sollicité en raison du caractère invalide de ce numéro de récépissé, le maire de Toussieu a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 431-1 du code de l'urbanisme.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article UA 12 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Toussieu : " Le stationnement des véhicules correspondant aux besoins engendrés par les occupations et utilisations admises dans la zone, doit être assuré en dehors des voies publiques et des parcs de stationnement publics, prioritairement sur le terrain d'assiette du projet et, à défaut, sur un terrain situé à moins de 300 m de ce dernier. / Les normes minimales suivantes sont exigées : / Pour les constructions à usage d'habitation, 2 places par logement. / Des places supplémentaires devront être prévues afin de satisfaire aux besoins de l'opération pour l'accueil de visiteurs. Ces emplacements seront banalisés sans pouvoir être affectés à un usage privatif. Le calcul sera toujours arrondi à l'unité supérieure. ".
9. Le projet, qui prévoit la réalisation de 59 places de stationnement, respecte les dispositions relatives au nombre minimal de places de stationnement par logement de l'article UA 12 précité du règlement, lesquelles imposent la réalisation de 52 places pour la construction de 26 logements. Si le projet prévoit la création de 7 places de stationnement dédiées à l'accueil de visiteurs, d'une part, le maire ne pouvait exiger la création d'une place de stationnement par logement à destination des visiteurs, alors que les dispositions précitées de l'article UA 12 du règlement imposent seulement la création de places supplémentaires afin de satisfaire aux besoins de l'opération pour l'accueil de visiteurs, d'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que le nombre de places de stationnement supplémentaires ainsi créé serait insuffisant pour satisfaire aux besoins de l'opération. Par suite, en refusant de délivrer le permis de construire sollicité en raison de l'insuffisance du nombre de places de stationnement, le maire de Toussieu a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation.
10. L'administration peut faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondée sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis l'auteur du recours à même de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
11. La commune de Toussieu sollicite une substitution de motifs tirée de ce que le projet ne peut être regardé comme implanté à l'alignement futur, en méconnaissance des dispositions de l'article UA 6 du règlement du plan local d'urbanisme, aux termes desquelles : " Les constructions doivent être implantées à l'alignement actuel ou futur ou selon un retrait de 5 mètres mesurés à partir de l'alignement actuel ou futur. / L'obligation d'implantation à l'alignement est considérée comme respectée dès lors que la plus grande longueur de la façade est implantée à l'alignement. ".
12. En application des dispositions précitées de l'article UA 6 du règlement du plan local d'urbanisme, les constructions projetées doivent être implantées à l'alignement actuel ou selon un retrait de 5 mètres mesurés à partir de l'alignement actuel. Si ces dispositions envisagent l'hypothèse d'une implantation des constructions par rapport à un alignement futur, celui-ci ne peut résulter que d'éléments prévus dans un projet antérieurement approuvé par une autorité administrative, et pas d'éléments résultant du projet lui-même. Dans la mesure où il ne ressort pas des pièces du dossier qu'un alignement futur résulte d'éléments préexistants à la demande de permis de construire, la commune de Toussieu est fondée à soutenir que l'implantation du projet, qui n'est ni à l'alignement de la Grande rue, ni en retrait de 5 mètres par rapport à cette voie publique, méconnaît les dispositions précitées.
13. Le nouveau motif de refus opposé par la commune de Toussieu en cours d'instance étant fondé, il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 23 mai 2023 du maire de Toussieu et de la décision implicite de rejet du recours gracieux doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par la société Sogerim doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme que la société requérante demande sur leur fondement soit mise à la charge de la commune de Toussieu, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la société requérante le versement d'une somme sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Sogerim est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Toussieu présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Sogerim et à la commune de Toussieu.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Marine Flechet, première conseillère,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.
La rapporteure,
F.-M. BLe président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
G. Reynaud
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026