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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308888

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308888

mercredi 25 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308888
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 octobre 2023 et le 23 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Bescou demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 17 octobre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné un pays de renvoi, lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée de 36 mois et l'a assigné à résidence pour l'exécution de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à la suppression du signalement aux fins de non admission ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- il appartient à la préfète de justifier de la compétence des signataires des décisions contestées ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire français révèle que la préfète n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle et est entachée d'erreurs de fait ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée et elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 613-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreurs de fait ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale en ce qu'elle est fondée sur une mesure d'éloignement et une décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire elles-mêmes illégales ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur de droit dans l'existence d'une menace à l'ordre public et d'un défaut d'examen et d'un vice de procédure ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnait les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire en défense, enregistrée le 23 octobre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Bodin-Hullin.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 25 octobre 2023, M. Bodin-Hullin, magistrat désigné, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Bescou, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens et précise les risques encourus en cas de retour en Albanie ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

1. Les décisions litigieuses ont été signées par Mme C D, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, qui disposait d'une délégation de signature à cet effet par arrêté de la préfète du Rhône du 29 août 2023, régulièrement publié le 1er septembre au recueil des actes administratifs. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. Il ne résulte pas des termes de la décision en litige, qui précise notamment la situation familiale du requérant et les précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre, que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. A et aurait commis des erreurs de fait au regard de sa situation de concubinage et de la participation à l'éducation de l'enfant âgé de treize mois.

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Selon l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale "

4. M. A, né le 14 mars 1986 et de nationalité albanaise, est entré pour la dernière fois en France à la date déclarée du mois de juin 2019. Il fait valoir qu'il réside en France depuis cette date et qu'il partage sa vie avec une compatriote. Il ajoute qu'il exerce une activité professionnelle depuis octobre 2020. Toutefois, M. A n'établit pas être dépourvu de toutes attaches privées et familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de son existence. Sa présence récente en France ne démontre pas à elle seule une vie privée et familiale ancrée dans la durée en France. Il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement prise le 12 mars 2020 dont la légalité a été confirmée par le Tribunal le 17 juillet 2020 et par la Cour le 13 juillet 2021. Il ne démontre pas une insertion professionnelle particulière. Dans ces circonstances, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. La décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

5. M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception et en invoquant les mêmes moyens que ceux qui ont été précédemment écartés, à l'appui des conclusions dirigées contre le refus de lui accorder un délai de départ volontaire.

6. Il ne résulte pas des termes de la décision en litige, qui précise notamment la situation familiale du requérant et les précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre quand bien même le requérant aurait exécuté une ancienne décision d'éloignement datant de l'année 2014, que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. A. La décision qui précise les fondements de droit et de faits sur lesquelles elle est fondée est par ailleurs suffisamment motivée.

7. Si le requérant soutient que la décision est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 613-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'une erreur de procédure en l'absence de condamnation, la préfète a entendu faire état des antécédents relevés à l'encontre du requérant dont elle avait connaissance.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

8. M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception.

9. Si le requérant soutient qu'il serait exposé à des traitements inhumains et dégradants dès lors qu'il pourrait faire l'objet de représailles à la suite d'un accident mortel de circulation, il n'établit pas que ces menaces seraient toujours actuelles et il n'apporte pas d'éléments convaincants sur les risques encourus au regard de cet évènement, par ailleurs ancien.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception.

11. Aux termes de l'article L. 612-10 du code du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

12. Pour interdire de retour sur le territoire national pour une durée de 36 mois M. A, la préfète du Rhône a relevé que l'intéressé s'était soustrait à une précédente mesure d'éloignement édictée le 12 mars 2020 et dont la légalité a été confirmée par le Tribunal et par la Cour et que sa présence constituait une menace pour l'ordre public au regard de faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irrégulier d'un étranger en France, affaire traitée en flagrant délit. La préfète indique aussi que le requérant est défavorablement connu des services de police pour des faits de blessures involontaires suite à un accident de circulation. La préfète indique aussi sans que ce dernier point soit contesté que le requérant aurait utilisé des faux documents pour obtenir un emploi. Enfin, le requérant avait déjà fait l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans lors de la précédente mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée en dépit d'une décision confirmative de la Cour. Dans ces conditions, c'est par une exacte application des dispositions précitées, et sans disproportion, que cette autorité a pu interdire de retour sur le territoire M. A.

13. En l'absence de tout élément particulier invoqué, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les motifs énoncés précédemment.

14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, de même que les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.

Le magistrat délégué,

F. Bodin-Hullin

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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