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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308902

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308902

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308902
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantBERNARDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2023, Mme B A épouse C, représentée par Me Bernardi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 juin 2023 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de quatre-vingt-dix jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

en ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- il n'est pas démontré que le signataire de l'acte avait délégation de compétence pour signer la décision contestée ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation et notamment de la date de la séparation d'avec son mari ;

- elle est entachée d'une erreur de fait en ce qui concerne la date de la séparation d'avec son mari ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'usage par l'autorité préfectorale de son pouvoir de régularisation ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

en ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en ce que le préfet s'est cru en situation de compétence liée pour prononcer une obligation de quitter le territoire français ;

en ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 9 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 novembre 2023.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 31 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Maubon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / () ".

2. Il est constant que Mme A, ressortissante marocaine née le 26 février 1971 entrée sur le territoire français le 7 juillet 2018, a remis aux services de la préfecture du Rhône, dans le cadre de sa demande de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salariée " du 28 avril 2023, une autorisation de travail délivrée le 22 mars 2023 pour un emploi d'assistante de vie au sein de la société La Compagnie de Louis, en contrat à durée indéterminée, depuis le 29 octobre 2022.

3. Il ressort des termes de la décision contestée que, si la préfète fait état de circonstances telles que le fait que l'emploi de Mme A ne figure pas sur la liste des métiers en tension, qu'elle ne remplit plus les conditions du titre de séjour dont elle bénéficiait auparavant et que ce titre a été obtenu par fraude, ces circonstances ne constituent pas les motifs de la décision contestée mais simplement des éléments de contexte, introduits par les termes " d'ailleurs " ou " de plus ", de l'appréciation portée par la préfète sur la situation de Mme A. Il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salariée " est fondée sur le motif que " l'intéressée ne fournit aucun justificatif ou diplôme établissant ses qualifications comme assistante de vie ". Toutefois, il ne résulte d'aucun texte ni d'aucun principe que l'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en présentant un contrat à durée indéterminée et une autorisation de travail afférente, doive justifier posséder les qualifications pour occuper l'emploi pour lequel il est employé et au titre duquel une autorisation de travail lui a été accordée. Dans ces conditions, Mme A est fondée à soutenir que la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête soulevés à l'encontre de cette décision.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à solliciter l'annulation de la décision portant refus de séjour ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de destination prise sur son fondement.

5. L'exécution du présent jugement, qui annule la décision contestée pour méconnaissance de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, implique qu'un titre de séjour soit délivré à Mme A sur le fondement de ces dispositions. Il y a dès lors lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à cette délivrance, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

6. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros, à verser à Me Bernardi, avocate de Mme A, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la préfète du Rhône du 28 juin 2023 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " salariée " dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera à Me Bernardi, avocate de Mme A, la somme de 1 000 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A épouse C, à Me Lise Bernardi et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

G. MaubonLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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