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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308911

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308911

mercredi 25 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308911
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantLUSSIANA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 octobre 2023 et le 25 octobre 2023, M. B C, retenu au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry (69125 Lyon - Saint Exupéry), représenté par Me Lussiana, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 19 octobre 2023 par lesquelles le préfet de la Drôme l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a désigné un pays de renvoi, lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée d'un an ;

2°) de l'admettre provisoirement à l'aide juridictionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

M. C soutient que :

- il appartient à la préfète de justifier de la compétence des signataires des décisions contestées ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé et est entaché d'un défaut d'examen ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus de délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à M. Bodin-Hullin.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 25 octobre 2023, M. Bodin-Hullin, magistrat désigné, a présenté son rapport et entendu :

- les observations de Me Lussiana, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;

- les observations de Me Morisson-Cardinaud substituant Me Tomasi, avocate du préfet de la Drôme, qui conclut au rejet de la requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

1. En raison de l'urgence résultant de l'application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.

Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction :

2. Par arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs, le préfet de la Drôme a donné délégation à Mme A, cheffe du bureau de l'immigration et l'intégration, pour signer certains actes au titre desquels figurent les décisions attaquées en l'absence ou l'empêchement du directeur dont il n'est pas établi qu'il ne le fût pas.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. L'arrêté du 19 octobre 2023 par lequel le préfet de la Drôme a fait obligation de quitter le territoire français à M. C vise les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que, notamment, les dispositions de l'article L. 611-1 et L. 721-3 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables. Il précise en outre que l'intéressé ne justifie pas d'une entrée régulière. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté en litige que le préfet a fait état des différents noms sous lequel le requérant est connu. Le préfet a enfin visé les dispositions applicables à sa situation, tout en indiquant qu'il n'est pas porté atteinte au droit au respect de sa vie privée et familiale. La décision en litige qui comporte l'énoncé des éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement, satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration. Le préfet n'est pas tenu en tout état de cause de mentionner tous les éléments relatifs à la situation personnelle du requérant mais ceux qui ont fondé sa décision. Le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées, qui manque en fait, doit, par suite, être écarté.

4. Il ne ressort ni de la motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire, ni d'aucune autre des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen de la situation personnelle de M. C au regard de l'ensemble des informations portées à sa connaissance préalablement à son édiction. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen ne peut qu'être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

6. M. C, né le 2 mai 1996 et de nationalité algérienne, est entré en France à la date déclarée de l'année 2021. Il fait valoir qu'il réside en France depuis l'année 2021 et exerce la profession de plaquiste. Il ajoute qu'il a fait la connaissance de sa compagne qui est ressortissante ukrainienne et mère de trois enfants. Il précise avoir été interpellé après une dispute avec sa compagne. Toutefois, il n'est pas contesté qu'il se maintient irrégulièrement sur le territoire sans avoir cherché à régulariser sa situation administrative. Il dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté. L'arrêté n'est pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :

7. M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception à l'appui des conclusions dirigées contre le refus de lui accorder un délai de départ volontaire.

8. Pour refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire à M. C, le préfet a considéré que l'intéressé ne justifie ni d'une entrée régulière, ni d'un séjour régulier sur le territoire et qu'il n'a pas déclaré de lieu de sa résidence effective et permanente. Si le requérant indique vivre chez sa compagne, l'attestation de cette dernière est insuffisante pour considérer que M. C dispose d'une résidence effective et permanente à cette adresse. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

9. M. C n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire, il n'est pas fondé à s'en prévaloir, par la voie de l'exception.

10. Aux termes de l'article L. 612-10 du code du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

11. Pour interdire le retour sur le territoire français à M. C pour une durée d'un an, le préfet a considéré que l'intéressé, bien que n'ayant pas fait l'objet d'aucune précédente mesure d'éloignement, et dont la présence en France ne représente pas une menace à l'ordre public, ne séjourne toutefois sur le territoire national que depuis quelques mois et qu'il n'y dispose pas de liens privés et familiaux. Si M. C soutient entretenir une relation amoureuse avec une ressortissante ukrainienne bénéficiaire de la protection subsidiaire, il n'établit pas l'ancienneté, la stabilité et le sérieux de cette relation dans le contexte de tension précédemment évoqué ayant donné lieu à une audition auprès des services de police le 18 octobre 2023. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés. Il en est de même des moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle. Dans ces conditions, c'est par une exacte application des dispositions précitées, et sans disproportion, que cette autorité a pu interdire de retour sur le territoire M. C.

12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C et au préfet de la Drôme.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2023.

Le magistrat délégué,

F. Bodin-Hullin

La greffière,

F. Gaillard

La République mande et ordonne au préfet de la Drôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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