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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308962

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308962

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308962
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantNICOLAS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête enregistrée le 23 octobre 2023, sous le n° 2308962, et un mémoire complémentaire enregistré le 2 novembre 2023, M. D C, représenté par Me Nicolas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2023 par lequel la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités suisses, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de son rendez-vous en préfecture, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'est pas démontré que les brochures mentionnées à l'article 4 du règlement européen du 26 juin 2013 lui ont été remises ;

- il n'est pas justifié qu'il a bénéficié d'un entretien individuel mené par un agent qualifié ;

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur de droit, la préfète s'étant estimée liée par les critères de détermination de l'Etat responsable ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 novembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

II) Par une requête enregistrée le 23 octobre 2023, sous le n° 2308965, et un mémoire complémentaire enregistré le 2 novembre 2023, M. E B, représentée par Me Nicolas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 octobre 2023 par lequel la préfète du Rhône a décidé sa remise aux autorités suisses, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de son rendez-vous en préfecture, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- il n'est pas démontré que les brochures mentionnées à l'article 4 du règlement du 26 juin 2013 et l'article R. 521-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile lui ont été remises ;

- il n'est pas justifié qu'il a bénéficié d'un entretien individuel confidentiel mené par un agent qualifié ;

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'une erreur de droit, la préfète s'étant estimée liée par les critères de détermination de l'Etat responsable ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 novembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Nicolas, représentant M. C et M. B, qui ont persisté dans leurs moyens et conclusions, en se désistant du moyen relatif à la compétence de l'auteur des actes.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C et M. B, ressortissants camerounais nés en 1997, qui indiquent être frères, demandent au tribunal d'annuler les arrêtés du 23 octobre 2023 par lesquels la préfète du Rhône a décidé leur remise aux autorités suisses, responsables de l'examen de leurs demandes d'asile.

2. Les requêtes n° 2308962 et n° 2308965 sont relatives à la situation de membres d'une même famille et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, et en raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 572-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. C et M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur la légalité des arrêtés du 23 octobre 2023 :

4. En premier lieu, la préfecture du Rhône a justifié qu'ont été remises aux requérants, le 21 septembre 2023, les brochures " A " et " B ", ainsi que le guide du demandeur d'asile, en langue française, qu'ils ont déclaré comprendre. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il ne serait pas justifié de la remise des documents prévus à l'article 4 du règlement européen du 26 juin 2013 susvisé doit être écarté comme manquant en fait.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que les intéressés ont bénéficié le 21 septembre 2023, conformément aux dispositions de l'article 5 du règlement européen du 26 juin 2013, d'entretiens individuels menés par un agent qualifié de la préfecture du Rhône. La préfète du Rhône étant compétente pour enregistrer les demandes d'asile, les agents recevant les étrangers au sein du guichet unique des demandeurs d'asile doivent être regardés comme ayant la qualité de " personne qualifiée en vertu du droit national " pour mener l'entretien individuel, ce que suffit en tout état de cause à établir la mention portée sur le compte rendu selon laquelle la requérante a été entendue par un agent qualifié de la préfecture. Par suite, le moyen soulevé sur ce point par chacun des requérant doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces des dossiers ni des termes des décisions contestées que la préfète du Rhône se serait, à tort, estimée tenue de prendre les décisions litigieuses. Le moyen tiré de ce que la préfète aurait commis une erreur de droit en s'estimant en situation de compétence liée doit par suite être écarté. De même, il ne ressort pas des pièces des dossiers que les décisions auraient été prises sans réel examen de leur situation personnelle.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 17 du règlement du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'État membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'État membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () 2. L'État membre dans lequel une demande de protection internationale est présentée et qui procède à la détermination de l'État membre responsable, ou l'État membre responsable, peut à tout moment, avant qu'une première décision soit prise sur le fond, demander à un autre État membre de prendre un demandeur en charge pour rapprocher tout parent pour des raisons humanitaires fondées, notamment, sur des motifs familiaux ou culturels, même si cet autre État membre n'est pas responsable au titre des critères définis aux articles 8 à 11 et 16. Les personnes concernées doivent exprimer leur consentement par écrit. ".

8 Les décisions attaquées n'ayant pas pour objet de renvoyer les requérants vers leur pays d'origine, ces derniers ne peuvent utilement invoquer les risques qu'ils prétendent y encourir. Il ne ressort d'aucun élément que les intéressés pourraient être menacés en Suisse. Enfin, les considérations dont ils font état sur les climats respectifs de la France et de la Suisse ou de leur intégration dans une communauté religieuse ne sont pas constitutifs de circonstances exceptionnelles justifiant qu'il soit dérogé aux critères fixés par le règlement européen du 26 juin 2013. Par suite, en refusant de faire application de la clause discrétionnaire, la préfète du Rhône n'a pas entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que M. C et M. B ne sont pas fondés à soutenir que les arrêtés du 23 octobre 2023 de la préfète du Rhône sont illégaux et à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles qu'ils présentent au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. C et M. B sont admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à M. E B et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre2023.

Le magistrat désigné,

Thierry A La greffière,

Sophie Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

2-2308965

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