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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308969

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308969

mardi 6 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308969
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère chambre
Avocat requérantSCP ROBIN VERNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 octobre 2023, M. A A B, représenté par Me Robin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mai 2023 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident ou à défaut une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa demande en lui délivrant dans l'attente un récépissé, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État au profit de son conseil la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 432-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il remplit les conditions fixées par cet article pour bénéficier d'un titre de séjour, en ce qu'il est hébergé et pris en charge par son père de nationalité française depuis son entrée sur le territoire français le 5 novembre 2021 ;

- en refusant de l'admettre au séjour nonobstant l'absence de visa de long séjour, alors qu'il est hébergé et pris en charge par son père de nationalité française depuis son entrée sur le territoire français le 5 novembre 2021, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale et méconnaît tant les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour, alors qu'il est hébergé et pris en charge par son père de nationalité française depuis son entrée sur le territoire français en novembre 2021 et qu'il dispose de perspectives professionnelles dans un secteur porteur, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

- la décision fixant le pays de destination est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Par une ordonnance du 9 novembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 24 novembre 2023.

M. A B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Maubon,

- et les observations de Me Beligon, suppléant Me Robin, pour M. A B.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " S'il est âgé de dix-huit à vingt et un ans, () ou qu'il est à la charge de ses parents, l'enfant étranger d'un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans sous réserve de la production du visa de long séjour prévu au 1° de l'article L. 411-1 et de la régularité du séjour. "

2. Il ressort des pièces du dossier que la préfète du Rhône a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A B, ressortissant djiboutien né le 11 septembre 1992 entré sur le territoire français le 5 novembre 2021, sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour trois motifs principaux : il ne présente pas de passeport revêtu d'un visa de long séjour, il ne justifie pas de la régularité de son séjour sur le territoire français à la date de la demande de titre de séjour et il ne justifie ni de l'antériorité de la prise en charge par son père de nationalité française ni de la nécessité d'établir sa résidence en France. Par sa requête, M. A B se borne à soutenir qu'il est entré en France le 5 novembre 2021 et qu'il est hébergé et pris en charge par son père, sans contester les motifs de la décision contestée, notamment ceux tirés de l'absence de visa de long séjour et de l'absence de régularité du séjour en France, qui suffisent à justifier la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, M. A B soutient que la préfète aurait dû l'admettre au séjour nonobstant l'absence de visa de long séjour. Toutefois les seules circonstances tirées de ce qu'il est entré en France en novembre 2021 et qu'il est hébergé et pris en charge par son père sont insuffisantes pour entacher d'erreur manifeste d'appréciation la décision de la préfète du Rhône refusant de lui délivrer un titre de séjour.

4. En troisième lieu, M. A B fait état de ce que sa vie privée et familiale se situe en France, où il réside depuis novembre 2021 chez son père qui l'héberge et le prend en charge financièrement et où il dispose de perspectives professionnelles dans le secteur porteur de la logistique. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A B n'a été autorisé à entrer en France que pour des séjours inférieurs à trois mois et qu'il s'est maintenu au-delà de ce délai et au-delà de la date d'expiration de son visa. Célibataire et sans charge de famille, il n'allègue ni ne justifie d'aucune autre attache en France que son père. Il ne conteste pas avoir conservé des liens familiaux dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans et où résident encore son frère et sa sœur selon ses déclarations. S'il se prévaut de plusieurs diplômes en logistique, il ne dispose d'aucune perspective sérieuse dans ce domaine, notamment aucune promesse d'embauche. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A B une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par la décision attaquée. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent, dès lors, être écartés.

5. En quatrième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Les circonstances dont fait état M. A B, tirées de ce qu'il réside en France depuis novembre 2021, que son père de nationalité française l'héberge et le prend en charge financièrement et qu'il dispose de perspectives professionnelles dans le secteur porteur de la logistique, ne sont pas suffisantes pour constituer des motifs exceptionnels ou des considérations humanitaires au sens des dispositions susmentionnées permettant son admission exceptionnelle au séjour. Le moyen ne peut en conséquence être accueilli.

6. En cinquième lieu, les circonstances dont fait état M. A B, rappelées aux points précédents, ne sauraient davantage constituer des circonstances particulières de nature à entacher la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

7. En sixième lieu, il résulte de ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de refus de séjour. Par suite, les moyens tirés de l'illégalité de la décision de refus de séjour, soulevés par voie d'exception à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français sous trente jours et fixation du pays de destination, ne peuvent qu'être écartés.

8. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, doivent être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés aux points 4 et 6 en ce qui concerne la décision de refus de séjour, M. A B ne faisant valoir aucune circonstance particulière distincte à l'encontre de la décision d'éloignement.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A B, en ce comprises les conclusions aux fins d'annulation, d'injonctions et au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Robin et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 23 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Drouet, président,

Mme Maubon, première conseillère,

M. Gilbertas, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2024.

La rapporteure,

G. MaubonLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Amouny

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,

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