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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308978

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308978

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308978
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantLAWSON BODY

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2023 sous le numéro 2308978, Mme C A épouse D, représentée par Me Lawson-Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 18 juillet 2023 par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2023.

La clôture d'instruction a été fixée au 28 décembre 2023 par ordonnance du 6 décembre 2023.

II. Par une requête, enregistrée le 23 octobre 2023, sous le numéro 2308996, M B D, représenté par Me Lawson-Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 18 juillet 2023 par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour temporaire dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant ce réexamen ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 435-1 et L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et R. 5221-20 du code du travail ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2023.

La clôture d'instruction a été fixée au 28 décembre 2023 par ordonnance du 6 décembre 2023.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code du travail, notamment son article R. 5221-20 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Segado, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D et son époux M. D, ressortissants kosovars nés respectivement le 4 mai 1986 et le 7 mai 1982, déclarent être entrés irrégulièrement en France le 23 septembre 2016 accompagnés de leurs enfants C et B D, nés respectivement le 18 octobre 2008 et le 19 avril 2013, un troisième enfant, E D, étant ensuite né en France le 10 juin 2021. Les 20 et 27 septembre 2022, ils ont sollicité un titre de séjour. Par des décisions du 18 juillet 2023, dont ils demandent l'annulation, le préfet de la Loire a refusé à chacun d'eux la délivrance d'un titre de séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés d'office. Par les présentes requêtes, M. et Mme. D demandent l'annulation de ces décisions.

2. Les requêtes susvisées dirigées contre des décisions relatives à la situation administrative d'un couple d'étrangers, présentent à juger de questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les décisions portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, les décisions litigieuses ont été signées par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu d'une délégation de signature consentie par le préfet de la Loire par un arrêté du 2 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 3 mai 2023, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les décisions portant refus de titre de séjour comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent leur fondement. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation des décisions de refus de titre en litige devront être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

6. Mme et M. D soutiennent qu'ils résident en France depuis sept ans, que leur dernier enfant est né en France et que les deux ainés y sont scolarisés, que le centre de leurs attaches familiales directes se trouvent en France et qu'ils ne constituent pas une menace à l'ordre public. Ils font aussi valoir qu'ils sont bien intégrés, en se prévalant particulièrement de leur investissement dans l'apprentissage de la langue française et dans le monde associatif, ainsi que de l'insertion professionnelle de M. D. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les requérants, tous deux de nationalité kosovare comme leurs trois enfants, sont entrés en France respectivement à l'âge de 30 et 34 ans et qu'ils ont ainsi vécu l'essentiel de leur existence au Kosovo où il n'apparaît pas qu'ils y seraient dépourvus d'attaches familiales. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que leurs enfants ne pourraient poursuivre leur scolarité au Kosovo, ni que l'état psychologique de leurs trois enfants impliquerait nécessairement leur présence sur le territoire français. Par ailleurs, si les requérants se prévalent de ce que M. D travaille dans le bâtiment depuis 2018 dans une entreprise qui l'a notamment déclaré aux organismes sociaux, il ne bénéfice toutefois pas d'une autorisation de travail à cette fin, il ne fait valoir aucune formation qualifiante ou diplômante dans le secteur du BTP et les requérants n'ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour au regard de leur vie privée et familiale et au titre de l'admission exceptionnelle au séjour qu'en septembre 2022, soit près de six années après leur arrivée déclarée en France et près de quatre années après que M. D ait commencé à travailler sans autorisation. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à la durée et aux conditions de leur séjour, et en dépit de leur investissement dans l'apprentissage de la langue française et de leur volonté d'insertion en France, M. et Mme D ne sont pas fondés à soutenir que les décisions attaquées auraient porté à leurs droits au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises et auraient ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Mme et M. D, font valoir qu'un retour dans leur pays d'origine préjudicierait à l'équilibre de leurs enfants dès lors que le plus jeune est né en France et que les deux ainés y ont réussi leur intégration scolaire. Ils produisent à l'appui de leurs déclarations des pièces attestant de la pratique d'activités sportives par leurs enfants et une attestation de sécurité routière niveau 1 obtenue par leur fille ainée. Toutefois, comme indiqué précédemment, les éléments produits ne démontrent pas la nécessité pour les trois enfants de vivre en France ni leur impossibilité de poursuivre notamment leur scolarité au Kosovo. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la Loire aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de leurs enfants et le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

10. En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire" ". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

11. D'une part, eu égard aux éléments exposés précédemment, le préfet de la Loire n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que Mme et M. D ne justifiaient pas de circonstances humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et en refusant ainsi de leur délivrer, à titre exceptionnel, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". D'autre part, M. D, qui fait valoir qu'il occupe un emploi en qualité d'ouvrier en plâtrerie peinture dans un métier en tension depuis 2018, produit au titre de son insertion professionnelle un contrat de travail à durée indéterminée, une promesse d'embauche à compter du 1er janvier 2024, une carte de BTP, des bulletins de salaire et une attestation de compétences émanant de son employeur. Cependant, et alors même que le métier qu'il exerce figurerait sur la liste fixée par l'arrêté du 18 janvier 2008 des métiers en tension dans la région Rhône-Alpes, les éléments exposés par l'intéressé, qui ne bénéficie d'aucune autorisation de travail et ne fait valoir aucune formation qualifiante ou diplômante dans le secteur du BTP, ne suffisent pas à constituer des motifs exceptionnels au regard de son expérience et de ses qualifications de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Ainsi, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Loire, qui n'était au demeurant pas tenu de saisir le directeur départemental du travail concernant une demande de titre de séjour présentée sur le fondement de l'article L. 435-1, aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant une telle admission exceptionnelle au séjour. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté, ainsi qu'en tout état de cause, celui tiré de la méconnaissance de l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 5221-20 du code du travail alors que M. D n'a pas sollicité de titre sur ces derniers fondements et que le préfet ne lui a pas refusé la délivrance d'un tel titre.

Sur les autres décisions contestées :

12. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, les moyens tirés de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français seraient illégales par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doivent être écartés.

13. En second lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français, les moyens tirés de ce que les décisions fixant le pays de destination seraient illégales par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions doivent également être écartés.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par les requérants doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2308978 et n° 2308996 de Mme et M. D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse D, à M. B D et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le président-rapporteur,

J. SegadoL'assesseur le plus ancien,

L. Delahaye

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

2-2308996

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