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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308980

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308980

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308980
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantOULARBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Oularbi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 septembre 2023 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer une carte de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il est insuffisamment motivé ;

- l'administration n'a pas pris en considération le contexte dans lequel il s'est trouvé ;

- il méconnaît l'accord franco-marocain du 9 octobre 1989 ;

- il méconnaît la circulaire dite " Valls " du 28 novembre 2012 ;

- les textes invoqués par la préfète méconnaissent le contexte humanitaire et dérogatoire lié à sa situation ;

- au regard de l'humanitaire et du dérogatoire, il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de séjour ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elles sont illégales compte tenu de l'illégalité du refus de séjour ;

- les moyens soulevés à l'encontre du titre de séjour sont applicables à ces décisions.

Par un mémoire en défense enregistré, le 26 décembre 2023, à la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 26 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 10 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,

- les observations de Me Oularbi, avocat de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 16 mars 1990, est entré en France le 27 octobre 2021, muni d'un visa D Schengen portant la mention " saisonnier ", valable du 7 octobre 2021 au 5 janvier 2022 pour un poste d'aide exploitant agricole. Il s'est vu délivrer un titre de séjour, revêtu de la même mention, valable du 20 décembre 2021 au 19 février 2023. M. B a sollicité, le 17 juillet 2023, un titre de séjour, à titre principal, sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, à titre subsidiaire, sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Par un arrêté du 11 septembre 2023, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. La préfète de l'Ain n'était pas tenue d'énoncer l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle, familiale et professionnelle de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'absence de motivation manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que l'autorité administrative n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation personnelle de M. B.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes du premier alinéa de l'article 3 de l'accord franco-marocain susvisé : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles. ". Aux termes du premier alinéa de l'article 9 de ce même accord : " Les dispositions du présent accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'accord. " Aux termes de l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. ". Aux termes de l'article L. 421-1 du même code : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail () ".

5. L'accord franco-marocain susvisé renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et du code du travail pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord et nécessaires à sa mise en œuvre. Il en va notamment ainsi, pour le titre de séjour " salarié " mentionné à l'article 3 de l'accord cité ci-dessus. Il en résulte que la délivrance à un ressortissant marocain du titre de séjour portant la mention " salarié " prévue à l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 est notamment subordonnée, en vertu de l'article 9 de cet accord, à la production par l'intéressé du visa de long séjour mentionné à l'article L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. Le requérant se borne à alléguer que l'accord franco-marocain a été méconnu sans apporter de précision pour en apprécier la portée. Il ne fait, en l'espèce, état d'aucun élément de nature à établir que les stipulations de l'accord franco-marocain dont la préfète a fait ainsi application en combinaison avec les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en auraient été méconnues.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / (). ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. Il ressort des pièces du dossier M. B, célibataire et sans enfant, est entré très récemment sur le territoire français, en octobre 2021, à l'âge de 31 ans en qualité de travailleur saisonnier. Il ne justifie pas de liens personnels d'une intensité particulière sur le territoire national alors qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à son entrée en France, où réside sa famille, et où il n'est pas établi qu'il ne pourrait y poursuivre sa vie privée et familiale. S'il justifie d'une activité professionnelle pendant un an et s'il produit une promesse d'embauche, toutefois il a exercé cette activité professionnelle en qualité de saisonnier ne lui donnant pas vocation à s'installer en France . Dans ces conditions, la décision en litige n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Il ne ressort pas davantage de ces éléments que la préfète de l'Ain a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ce refus sur sa situation personnelle.

9. En cinquième lieu, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire français s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain au sens de l'article 9 de cet accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

10. Il ressort tout d'abord des pièces du dossier que la préfète de l'Ain a examiné si la situation du requérant répondait à des motifs exceptionnels ou à des considérations humanitaires tant au titre du travail qu'au regard de la vie privée et familiale de l'intéressé. Ensuite, il ne ressort pas des éléments exposés au point 8 que la préfète de l'Ain a commis une erreur de droit ou une erreur d'appréciation en estimant, d'une part, que la situation de l'intéressé ne répondait pas, au titre du travail, à des motifs exceptionnels et humanitaires, et, d'autre part, que la situation personnelle de M. B n'était pas de nature à caractériser un motif exceptionnel ou relever de considérations humanitaires au regard de l'article L. 435-1 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En dernier lieu, le requérant ne peut utilement invoquer la méconnaissance des énonciations de la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012, dénuée de portée réglementaire et qui ne définit aucune ligne directrice, ni aucune interprétation opposable au sens de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité du refus de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français et la décision lui octroyant un délai de départ volontaire de trente jours.

13. En second lieu, si le requérant soutient que les moyens soulevés à l'encontre du titre de séjour sont applicables à ces décisions, toutefois, compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, en l'absence de tout autre élément invoqué par le requérant, ces moyens, particulièrement ceux tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés pour les motifs exposés précédemment.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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