mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2308994 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | GALICHET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 18 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Galichet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 5 juillet 2023 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-23 de ce code et, à titre infiniment subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 435-1 de ce code, dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, à titre subsidiaire, à ce que cette somme soit versée à son conseil sur le fondement de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, sous réserve, pour ce dernier de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi qu'un avis du collège de médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été émis préalablement à cette décision et qu'il n'est pas établi que cet avis ait été émis au vu d'un rapport médical d'un médecin, qui ne siégeait pas au sein de ce collège ;
- le préfet a méconnu l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;
- le préfet a méconnu l'article L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet de la Loire a produit des pièces complémentaires le 14 novembre 2023.
La clôture de l'instruction a été fixée au 28 décembre 2023 par ordonnance du 6 décembre 2023.
M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 31 août 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Segado, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né le 1er juin 1982, déclare être entré régulièrement sur le territoire français muni d'un visa long séjour délivré par les autorités italiennes le 11 novembre 2009. Le 15 novembre 2022, le requérant a sollicité, auprès de la préfecture de la Loire, la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 5 juillet 2023, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. M. B demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu d'une délégation de signature consentie par le préfet de la Loire par un arrêté du 2 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du 3 mai 2023, accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. () La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. ().". Aux termes de l'article R. 425-11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () ". Enfin, aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège (). ".
4. D'une part, il résulte de la combinaison des dispositions précitées que la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " prévue par l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est délivrée par le préfet au vu d'un avis émis par un collège de trois médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après transmission à ce collège d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ne siégeant pas au sein dudit collège.
5. En l'espèce, le préfet a produit l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration rendu le 8 mars 2023. Il ressort de cet avis et du bordereau de transmission qu'il a été émis par un collège de trois médecins le 8 mars 2023, sur la base d'un rapport du 23 janvier 2023 d'un médecin instructeur, transmis au collège le 24 janvier 2023, qui n'a pas siégé au sein de ce collège de médecins. Par suite, et alors qu'il ne résulte d'aucune disposition législative ou réglementaire que le préfet était tenu de communiquer au requérant le rapport médical et l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration avant de statuer sur leur demande d'admission au séjour, et sans qu'il soit besoin de solliciter la communication de ce rapport médical, les moyens tirés des vices de procédure tirés de l'absence d'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et de ce que cet avis n'aurait pas été émis au vu d'un rapport médical d'un médecin ne siégeant pas au sein de ce collège, doivent être écartés.
6. D'autre part, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
7. Pour refuser de délivrer un titre de séjour au regard de l'état de santé du requérant, le préfet de la Loire s'est approprié l'avis du 8 mars 2023, rendu par le collège de médecins, selon lequel, si l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et au système de santé dans son pays d'origine, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et, au vu des éléments du dossier, son état de santé peut lui permettre de voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester cet avis et ce refus, le requérant allègue être atteint d'une bronchopneumopathie chronique obstructive ainsi que d'une autre pathologie qui ne serait pas, selon lui, encore diagnostiquée, dont les symptômes seraient une asthénie, un amaigrissement, une anémie et une dyspnée à l'effort. Toutefois, il ne produit à l'appui de ses allégations aucun élément, notamment d'ordre médical, de nature à remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont a fait sienne le préfet de la Loire, quant au fait que le requérant peut bénéficier effectivement d'un traitement adapté dans son pays pour les pathologies dont il souffre. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'il a commis une une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions.
8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas au demeurant allégué par le requérant, ni que ce dernier aurait sollicité une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile ou de l'article L. 435-1 de ce code, ni que le préfet, qui n'était pas ainsi tenu d'examiner la situation de l'intéressé au regard de ces dispositions, lui aurait refusé la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de ces articles. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces dispositions et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions doivent être écartés.
9. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B est célibataire et sans enfant, qu'il a vécu au Maroc avant son arrivée en France, qu'il ne justifie pas de sa présence habituelle en France depuis 2009, et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales au Maroc, où résident ses sœurs et son frère. En outre, comme il a été dit précédemment, il n'est pas établi qu'il ne pourrait bénéficier dans son pays d'origine d'un traitement approprié à ses pathologies et que son état de santé rendrait nécessaire sa présence sur le territoire français. Enfin, il ne produit aucun élément attestant d'une insertion sociale et professionnelle particulière en France. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ".
11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant ne remplit pas les conditions pour obtenir la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que, par ailleurs, il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 ou sur celui de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé ne justifiant pas en outre résider habituellement depuis plus de dix ans en France. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé, en tout état de cause, à soutenir qu'en s'abstenant de saisir la commission du titre de séjour, la préfète a méconnu les dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Loire.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
Le président,L'assesseur le plus ancien,
J. SegadoL. Delahaye
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026