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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308997

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308997

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308997
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantANGOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire non communiqué, enregistrés respectivement le 19 octobre 2023 et le 28 décembre 2023, M. C B, représenté par Me Angot, demande au tribunal :

1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 mai 2023 par lequel le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français.

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 34 et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve, pour celui-ci, de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté est entaché d'incompétence ;

- la décision de refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'intérêt supérieur de son enfant protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'obligation de quitter le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 octobre 2023, le préfet de l'Isère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

La clôture d'instruction a été fixée au 28 décembre 2023 par une ordonnance du 6 décembre 2023.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Segado, président-rapporteur.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant guinéen né le 23 mai 2002, a sollicité auprès de la préfecture de l'Isère le 29 novembre 2021 la délivrance d'un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Par un arrêté du 8 mai 2023, le préfet de l'Isère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté rejetant sa demande de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, (°), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de prononcer l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

4. En premier lieu, l'arrêté a été signé par Mme D E, attachée principale, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration, en vertu d'une délégation de signature consentie par le préfet de l'Isère par un arrêté du 26 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. Si le requérant allègue que sa fille A, née le 3 juillet 2020 à Vienne, serait de nationalité française, les éléments produits par M. B, qui au demeurant ne permettent pas de justifier de la nationalité française de cette enfant, ne suffisent toutefois pas à établir qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3- 1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. M. B fait valoir qu'il est arrivé en France en 2017 à l'âge de 15 ans, qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance et a séjourné depuis sur le territoire français régulièrement. Il se prévaut des liens personnels, familiaux et professionnels qu'il a tissés en France durant ces années. Toutefois, il ne ressort pas des pièces produites au dossier qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant et qu'il a noué des liens affectifs intenses en France, notamment avec sa fille. Par ailleurs, les pièces produites par l'intéressé ne justifient pas davantage d'une intégration et d'une insertion professionnelle particulière en France. En outre, il n'apparaît pas qu'il serait dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il y a vécu la majeure partie de son existence. Dans les circonstances de l'espèce, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, ni qu'elle aurait méconnu l'intérêt supérieur de sa fille. Les moyens tirés de la violation des stipulations précitées doivent, par suite, être écartés.

9. En dernier lieu, le requérant n'ayant pas ainsi démontré l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour compte tenu de ce qui a été dit ci-dessus, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français en raison de l'illégalité de ce refus de séjour, doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DÉCIDE :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Isère.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le président,

J. SegadoL'assesseur le plus ancien,

L. Delahaye

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au préfet de l'Isère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,

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