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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309002

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309002

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309002
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL BS2A BESCOU ET SABATIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 octobre 2023, Mme A B, représentée par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 septembre 2023 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un certificat de résidence algérien portant la " mention vie privée et familiale " ou, de réexaminer sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il méconnaît le 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur de fait en remettant en question ses compétences au poste d'agent d'entretien compte tenu de son expérience professionnelle et du fait que ce poste ne nécessite ni diplôme ni qualification ;

- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'exercice de son pouvoir de régularisation ;

- elle entre dans le champ d'application des dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 prise par le ministre de l'intérieur et remplit les critères fixés par l'article 2.1.1. de cette circulaire ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour et de la mesure d'éloignement ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour et de la mesure d'éloignement.

Le préfet de la Loire a produit des pièces, le 18 décembre 2023.

Par une ordonnance du 6 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,

- les observations de Me Guillaume, substituant Me Sabatier, avocat de Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante algérienne née le 25 décembre 1980, est entrée en France le 29 décembre 2017 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Elle a sollicité, le 13 décembre 2022, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et une admission exceptionnelle au séjour. Par des décisions du 22 septembre 2023, le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de six mois. Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions :

2. Les décisions attaquées ont été signées par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, en vertu d'une délégation de signature consentie par la préfète de la Loire par un arrêté du 13 juillet 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture le 24 juillet 2023, et accessible tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

4. D'autre part, aux termes de 1'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France, le 29 décembre 2017, avec son époux et leurs deux enfants mineurs respectivement nés en Algérie en 2007 et 2011. Elle a présenté une demande d'asile qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides, le 30 avril 2018, puis par la Cour nationale du droit d'asile, le 8 octobre 2018. La requérante a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, le 3 avril 2019, qu'elle n'a pas exécutée. Mme B a sollicité un titre de séjour, le 20 juin 2019, qui a fait l'objet d'une décision de rejet, le 8 octobre 2019, assortie d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours. Le recours qu'elle a exercé à l'encontre de cet arrêté a été rejeté par un jugement du tribunal administratif de Lyon, le 23 juin 2020, confirmé par une ordonnance du président de la cour administrative de Lyon, le 8 mars 2021. Il ressort également des pièces du dossier que le couple a donné naissance à un enfant, en France, au mois d'octobre 2021. Mme B se prévaut notamment de l'exercice d'une activité professionnelle en qualité d'agent de service à temps partiel depuis le 12 décembre 2022 dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée, de l'emploi de son époux en qualité d'ouvrier polyvalent depuis le 20 juin 2020 également dans le cadre d'un contrat de travail à durée indéterminée, de la scolarisation de leurs enfants, en particulier du parcours scolaire et personnel de leur fils aîné. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 37 ans, que son époux est également en situation irrégulière sur le territoire national et qu'elle n'a pas exécuté les précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre et qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents, son frère et ses sœurs. Par ailleurs, aucune circonstance ne fait obstacle à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer en Algérie, pays dont tous les membres de la famille ont la nationalité, et où les enfants pourront poursuivre leur scolarité. Dans ces conditions, et compte tenu de la durée et aux conditions du séjour en France de la requérante, le préfet de la Loire n'a pas, en prenant la décision de refus de séjour contestée, porté une atteinte excessive au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts que sa décision poursuivait. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 6, 5° de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. De même, eu égard à ce qui a été dit sur la situation de la cellule familiale, le préfet n'a pas méconnu l'intérêt supérieur des enfants au sens de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant. L'autorité administrative n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation ni au regard des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme B. Enfin, la requérante ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des énonciations de la circulaire du 28 novembre dénuée de portée réglementaire et qui ne définit aucune ligne directrice, ni aucune interprétation opposable au sens de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration.

6. En second lieu, Mme B soutient que le préfet a commis une erreur de fait en remettant en cause ses compétences au poste d'agent d'entretien compte tenu de son expérience professionnelle et du fait que ce poste ne requiert ni diplôme ni qualification. Toutefois, une telle erreur ne résulte pas des termes de la décision attaquée selon lesquels le préfet de la Loire a pu notamment considéré, dans le cadre d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour, que la requérante ne démontrait pas avoir une qualification, une expérience ou des diplômes particulièrement remarquables ou que les caractéristiques de l'emploi auquel elle prétend seraient de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour mention " salarié " ou " travailleur temporaire " quand bien même le poste d'agent de service n'exigerait pas, ainsi que le fait valoir l'intéressée, de diplôme ou de qualification professionnelle. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui vient d'être dit que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité du refus de séjour à l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre.

8. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1° de la convention relative aux droits de l'enfant doivent être écartés pour les motifs qui ont été précédemment exposés.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

9. Il résulte de ce qui vient d'être dit que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

10. Il résulte de ce qui a été dit que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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