mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2309030 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | FRERY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 octobre 2023, M. F, représenté par Me Frery, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 3 août 2023 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- les décisions sont insuffisamment motivées ;
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation individuelle dès lors qu'elle repose sur une argumentation erronée et lacunaire ; elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ; elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré au greffe le 26 décembre 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 14 septembre 2023.
La clôture d'instruction a été fixée au 28 décembre 2023, par ordonnance du 6 décembre 2023. L'instruction a été rouverte par ordonnance du 26 décembre 2023 et clôturée au 10 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Segado, président,
- et les observations de Me Tronquet, substituant Me Frery, représentant M. E.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E, ressortissant kosovar né le 28 août 1978 déclare être entré en France le 4 septembre 2018 accompagné de son épouse et de ses trois enfants. Il a sollicité l'asile et a été placé sous procédure Dublin. Par un arrêté du 21 janvier 2019, confirmé par un jugement du tribunal administratif de Lyon le 1er avril 2019, la préfète de l'Ain a décidé de son transfert auprès des autorités slovaques, mais M. E ne s'est pas présenté à l'embarquement. Alors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée, M. A E a, par la suite, bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour valable du 11 avril 2022 au 10 octobre 2022 sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de l'état de santé de son fils C E. Le 7 septembre 2022, la préfète de l'Ain a rejeté sa demande de renouvellement de son autorisation provisoire de séjour, C étant devenu majeur. M. A E a alors sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 14 décembre 2022 sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions du 3 août 2023, dont ils demandent l'annulation, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
En ce qui concerne l'ensemble des décisions :
2. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent leur fondement. S'agissant particulièrement de la décision fixant un délai de départ de trente jours, les dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile accordent un délai de trente jours pour le délai de départ volontaire de l'étranger qui fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Si ces dispositions prévoient que l'autorité peut, à titre exceptionnel, accorder un délai supérieur à trente jours, l'autorité administrative, lorsqu'elle accorde un délai de trente jours, n'est pas tenue de motiver sa décision sur ce point. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions en litige doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :
3. En premier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de l'Ain, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. A E, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation avant de refuser de l'admettre au séjour. S'il est loisible au requérant de contester l'appréciation portée par l'autorité administrative, notamment pour écarter le risque de peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour au Kosovo, cette divergence d'analyse ne saurait établir le défaut d'examen invoqué alors que la décision attaquée rappelle les éléments déterminants de sa situation. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'examen particulier de la situation personnelle des requérants doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". En présence d'une demande de régularisation présentée sur le fondement de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " "salarié" ou "travailleur temporaire" ". Dans cette hypothèse, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. E est entré en France en septembre 2018 accompagné de son épouse et de ses trois enfants avec lesquels il résidait sur le territoire national depuis près de cinq ans à la date des décisions attaquées. L'intéressé se prévaut de l'état de santé dégradé de son fils C E et de la nécessité de sa présence en France pour l'assister dans les actes de la vie quotidienne, ainsi que de la présence en France de sa fille ainée, Mme D E, participant aux activités du secours populaire français et disposant d'une promesse d'embauche. Toutefois, il ressort de l'avis du collège de médécins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration en date du 27 juin 2023 produit en défense que son fils peut bénéficier de soins appropriés au Kosovo, les éléments produits par le requérant n'étant pas de nature à remettre en cause cet avis. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que son fils et sa fille font également l'objet de refus de titre de séjour assortis de mesures d'éloignement et ne disposent d'aucun droit au séjour sur le territoire français. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier ni que la scolarisation de son enfant mineur, C E, ne pourrait se poursuivre dans son pays d'origine, ni que M. E, qui a vécu l'essentiel de son existence au Kosovo, pays dont l'ensemble des membres de la famille ont la nationalité, serait dans l'impossibilité d'y poursuivre sa vie privée et familiale. Ainsi les éléments invoqués par M. E ne permettent pas de le regarder comme justifiant de considérations humanitaires ou motif exceptionnel, au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Enfin, M. A E qui fait valoir qu'il occupe un emploi d'ouvrier polyvalent depuis le 12 avril 2022, produit au titre de son insertion professionnelle un contrat de travail à durée indéterminée, des bulletins de salaire, une attestation de son employeur attestant de ses qualités professionnelles, et une promesse d'embauche postérieure aux décisions litigieuses. Toutefois, l'intéressé, qui occupe son emploi depuis moins de deux ans et ne fait valoir aucune formation qualifiante ou diplômante en lien avec son emploi, ne saurait être regardé comme faisant état de motifs exceptionnels au regard de son expérience et de ses qualifications de nature à justifier une admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". L'ensemble de ces éléments ne pertmettent pas en l'espèce d'établir que la préfète de l'Ain aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant une telle admission exceptionnelle au séjour.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
7. Compte tenu des éléments exposés au point 5, M. A E n'est pas davantage fondé à soutenir ni que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que le préfet aurait entaché cette décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, les moyens tirés de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français seraient illégales en raison de l'illégalité de ces décisions doivent être écartés.
9. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés dans le cadre de l'examen de la légalité des refus d'admission au séjour, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
10. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus d'admission au séjour et des décisions portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire serait illégale en raison de de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, M. E n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français prises à son encontre, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale en raison de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.
12. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants. ".
13. M. E soutient qu'il encoure des risques de traitement inhumains et dégradants en cas de retour au Kosovo en raison de menaces dont son épouse aurait fait l'objet de la part de son ex-concubin. Toutefois, alors que la demande d'asile de ses parents relative aux mêmes faits a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, les éléments produits par le requérant notamment une déclaration d'un conciliateur attestant de la dangerosité de l'ex-concubin de Mme E et des menaces que celui-ci aurait proféré à l'encontre de la famille E, une plainte déposée par sa mère, documents au demeurant peu circonstanciés et desquels il ressort que Mme E n'aurait pas été directement menacée par son ex-concubin, ne permettent pas d'établir que le requérant serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
14. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative :
15. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement aux requérants, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête n° 2309030 de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
Le président-rapporteur,
J. SegadoL'assesseur le plus ancien,
L. Delahaye
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026