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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309032

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309032

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309032
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantFRERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 octobre 2023, M. A B, représenté par Me Frery, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 3 août 2023 par lesquelles la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

2°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

- les décisions sont insuffisamment motivées ;

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice de procédure tiré de la méconnaissance de l'article R. 425-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que la préfète de l'Ain ne produit pas l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ni ne justifie que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été pris au vu d'un rapport établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et transmis audit collège de médecins, ni n'établit que l'avis sur lequel la préfète s'est fondé a été rendu par un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration préalablement habilités par son directeur et ni ne démontre que le médecin qui a établi le rapport médical n'a pas siégé au sein de ce collège de médecins ; elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation individuelle dès lors qu'elle se borne à reprendre les termes de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ; elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ; elle méconnait les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ; elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré au greffe le 26 décembre 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 14 septembre 2023.

La clôture d'instruction a été fixée au 28 décembre 2023, par ordonnance du 6 décembre 2023. L'instruction a été rouverte par ordonnance du 26 décembre 2023 et clôturée au 10 janvier 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 425-11 , R 425-12 , R.425-13 et R 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Segado, président,

- et les observations de Me Tronquet, substituant Me Frery, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant kosovar né le 17 févier 2004 déclare être entré en France le 4 septembre 2018 accompagné de ses parents et de sa fratrie. Alors que la demande d'asile, déposée par ses parents a été définitivement rejetée, une autorisation provisoire de séjour valable du 11 avril 2022 au 10 octobre 2022 leur a été délivrée sur le fondement de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de son état santé. Le 14 décembre 2022, il a présenté une demande tendant à son admission au séjour sur le fondement des articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par des décisions du 3 août 2023, dont ils demandent l'annulation, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions :

2. Les décisions attaquées comportent les considérations de droit et de fait qui en constituent leur fondement. S'agissant particulièrement de la décision fixant un délai de départ de trente jours, les dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile accordent un délai de trente jours pour le délai de départ volontaire de l'étranger qui fait l'objet d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Si ces dispositions prévoient que l'autorité peut, à titre exceptionnel, accorder un délai supérieur à trente jours, l'autorité administrative, lorsqu'elle accorde un délai de trente jours, n'est pas tenue de motiver sa décision sur ce point. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions en litige doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :

S'agissant de la régularité de la procédure devant l'Office français de l'immigration et de l'intégration :

3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat (). / Si le collège des médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ".

4. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre le titre de séjour " portant la mention vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé (). Aux termes de l'article R. 425-12 de ce même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. Il en informe le demandeur. Il peut également convoquer le demandeur pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Le demandeur présente au service médical de l'office les documents justifiant de son identité. A défaut de réponse dans le délai de quinze jours, ou si le demandeur ne se présente pas à la convocation qui lui a été fixée, ou s'il n'a pas présenté les documents justifiant de son identité le médecin de l'office établit son rapport au vu des éléments dont il dispose et y indique que le demandeur n'a pas répondu à sa convocation ou n'a pas justifié de son identité. Il transmet son rapport médical au collège de médecins. / Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. En cas de défaut de présentation de l'étranger lorsqu'il a été convoqué par le médecin de l'office ou de production des examens complémentaires demandés dans les conditions prévues au premier alinéa, il en informe également le préfet. Dans ce cas, le récépissé de demande de première délivrance d'un titre de séjour prévu à l'article R. 432-12 n'est pas délivré. Lorsque l'étranger dépose une demande de renouvellement de titre de séjour, le récépissé est délivré dès réception, par le service médical de l'office, du certificat médical mentionné au premier alinéa. "

5. Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège de médecins à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. la composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avais est rendu par le collège dans un délai de trois mois à compter de la transmission du certificat médical/ Lorsque le demandeur n'a pas présenté au médecin de l'office ou au collège les documents justifiant son identité, n'a pas produit les examens complémentaires qui lui ont été demandés ou n'a pas répondu à la convocation du médecin de l'office ou du collège qui lui a été adressée, l'avais le constate. / L'avis est transmis au préfet territorialement compétent, sous couvert du directeur général de l'office. ".

6. Il ressort des pièces du dossier qu'un rapport médical relatif à la situation de M. B a été établi le 17 mai 2023 par le docteur C, médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. C'est ainsi, nécessairement au vu de ce rapport, que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, a rendu son avis du 27 juin 2023 produit en défense par la préfète de l'Ain et qu'elle vise dans sa décision. Cet avis mentionne qu'il a été rendu par les trois médecins qui composent le collège qui ont tous signé l'avis, et qui ont été régulièrement désignés par une décision du 3 octobre 2022 du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. En outre, il ressort des documents produits en défense par la préfète que le médecin qui a rédigé le rapport préalable prévu par l'article R. 425-11 du code précité ne faisait pas partie du collège conformément aux dispositions de l'article R. 425-14 du même code. Dès lors, les moyens tirés des vices de procédure relatifs à l'absence d'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à l'absence de rapport médical transmis au collège de médecins de l'office, à l'absence d'habilitation de ce collège de médecins et à l'absence de preuve que le médecin rapporteur n'a pas siégé en son sein, doivent être écartés.

S'agissant du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle

7. La circonstance que, pour apprécier le bien-fondé de la demande de titre de séjour présentée par M. A B en raison de son état de santé, la préfète de l'Ain qui ne connaissait pas, compte tenu du secret médical, les particularités de la pathologie affectant celui-ci, s'est appropriée l'avis émis par le collège de médecins après avoir constaté qu'aucune pièce du dossier de demande de titre de séjour ne venait utilement contredire cet avis médical ne suffit pas à établir qu'elle n'aurait pas procédé à un examen particulier des circonstances de l'espèce et aurait ainsi entaché sa décision d'erreur de droit.

S'agissant de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

8. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires. En cas de doute, il lui appartient de compléter ces échanges en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

9. Pour refuser d'admettre au séjour M. B, la préfète de l'Ain s'est appropriée l'avis rendu le 27 juin 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon lequel si l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale et qu'un défaut de soins pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard aux caractéristiques du système de santé kosovar, il peut y bénéficier effectivement d'une prise en charge appropriée, l'avis précisant que le requérant peut voyager sans risque vers son pays d'origine. L'intéressé soutient que le système de santé kosovar est inadapté et qu'il n'existe aucune garantie qu'il puisse accéder à une prise en charge adéquate et suffisante en cas de retour au Kosovo. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. B souffre d'une polyradiculonévrite chronique induisant un traitement lourd par corticothérapie et injections d'immunoglobine. Ni les éléments généraux produits par le requérant relatifs au système de santé au Kosovo, à la couverture des maladies chroniques déjà diagnostiquées par les assurances maladie privées au Kosovo et à la situation économique et au coût de la vie, ni les pièces médicales, notamment les certificats médicaux faisant état des conséquences de sa pathologie et des traitements médicaux dont il fait l'objet, ni le fait que ses parents aient précédemment bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour en qualité de parents d'enfant malade lorsqu'il était mineur, ni l'obtention d'une carte de mobilité réduite, ni encore l'attestation établie par le docteur D, neurologue exerçant à la polyclinique Truri au Kosovo, lequel indique en des termes lapidaires et non circonstanciés que le Kosovo ne dispose pas des conditions économiques et matérielles pour prendre en charge le requérant, ne suffisent à remettre en cause l'appréciation portée par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont a fait sienne la préfète de l'Ain, quant au fait que le requérant peut bénéficier effectivement dans son pays d'un traitement adapté à son état de santé. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

S'agissant de la méconnaissance de l'article L. 435-1

10. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en septembre 2018 accompagné de ses parents et de sa fratrie, avec lesquels il résidait sur le territoire national depuis près de cinq ans à la date des décisions attaquées. M. B soutient que sa situation relève de considérations humanitaires et que sa famille justifie d'une certaine intégration dans la société française. Toutefois, comme précédemment exposé au point 9, il ressort des pièces du dossier qu'il peut bénéficier de soins appropriés au Kosovo. S'il fait valoir l'intégration de sa famille dans la société française, notamment du fait que sa soeur dispose d'une promesse d'embauche et que son père occupe un emploi en contrat à durée indéterminée, ces derniers font également l'objet de refus de titre de séjour assortis de mesures d'éloignement. En outre, l'obtention par le requérant d'un certificat de formation générale et la scolarisation de son jeune frère, Ermal B, dont il n'est pas démontré qu'il ne pourrait poursuivre sa scolarité dans son pays d'origine, ne constituent pas en elles-mêmes un motif exceptionnel. M. B, qui a vécu l'essentiel de son existence au Kosovo, n'établit pas davantage l'impossibilité d'y poursuivre sa vie privée et familiale dès lors que les membres de la cellule familiale ont tous la même nationalité et qu'elle pourra ainsi se reconstituer au Kosovo. Ainsi les éléments invoqués par M. B ne permettent pas de le regarder comme justifiant de considérations humanitaires ou motif exceptionnel, au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, permettant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ni d'établir que la préfète de l'Ain aurait commis en l'espèce une erreur manifeste d'appréciation en lui refusant une telle admission exceptionnelle au séjour.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

12. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour, les moyens tirés de ce que les décisions portant obligation de quitter le territoire français seraient illégales en raison de de l'illégalité de ces décisions doivent être écartés.

13. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

14. Par les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, et dès lors que le requérant ne développe aucun autre argument que ceux précédemment évoqués, la décision l'obligeant à quitter le territoire français n'a pas méconnu les dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

15. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés dans le cadre de l'examen de la légalité des refus d'admission au séjour, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

16. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire serait illégale en raison de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, M. B n'ayant pas démontré l'illégalité des décisions portant refus d'admission au séjour et obligation de quitter le territoire français prises à son encontre, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale en raison de l'illégalité de ces décisions doit être écarté.

18. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains et dégradants. ".

19. Le requérant soutient qu'il encoure des risques de traitement inhumains et dégradants en cas de retour au Kosovo en raison de menaces dont sa mère aurait fait l'objet de la part de son ex-concubin. Toutefois, alors que la demande d'asile de ses parents relative aux mêmes faits a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et par la Cour nationale du droit d'asile, les éléments produits par le requérant notamment une déclaration d'un conciliateur attestant de la dangerosité de l'ex-concubin de Mme B et des menaces que celui-ci aurait proféré à l'encontre de la famille B, une plainte déposée par sa mère, documents au demeurant peu circonstanciés et desquels il ressort que Mme B n'aurait pas été directement menacée par son ex-concubin, ne permettent pas d'établir que le requérant serait personnellement et actuellement exposé à des risques réels et sérieux pour son intégrité physique en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

20. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative :

21. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, le versement aux requérants, de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête n° 2309032 de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le président-rapporteur,

J. SegadoL'assesseur le plus ancien,

L. Delahaye

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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