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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309080

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309080

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309080
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantFRERY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 octobre 2023, Mme C E épouse D, représentée par Me Frery demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 23 août 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 18 mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, ou à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions en litige sont insuffisamment motivées ;

- la décision de refus de séjour est irrégulière, faute pour la préfète de justifier de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de l'existence d'un rapport médical établi antérieurement à celui-ci par un médecin n'ayant pas siégé au sein du collège, et de la désignation régulière des médecins le composant ; elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ; elle méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement ; elle est dépourvue de motivation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité des décisions précédentes ; elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La préfète du Rhône a communiqué des pièces qui ont été enregistrées le 16 novembre 2023 et le 9 janvier 2024

Mme E épouse D été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 28 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;

- les observations de Me Tronquet substituant Me Frery pour Mme E épouse D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C E épouse D, ressortissante arménienne née l8 septembre 1972, et entrée en France à la date déclarée du 27 septembre 2018, a fait l'objet le 3 avril 2020, suite au rejet de sa demande d'asile, d'une décision de refus de séjour assortie d'une mesure d'éloignement dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Lyon. Elle a fait l'objet d'une nouvelle décision de refus de séjour le 30 mai 2021 assortie d'une mesure d'éloignement dont la légalité a également été confirmée par le tribunal administratif. Elle a sollicité le 23 janvier 2023 la délivrance d'un titre de séjour au regard de son état de santé. Par les décisions attaquées du 23 août 2023, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 18 mois.

Sur la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée, la préfète du Rhône n'étant pas tenue à ce titre de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation familiale et à l'état de santé de la requérante.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an.. () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, la préfète délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre, dans les conditions prévues par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa du même article. Le médecin de l'office peut solliciter, le cas échéant, le médecin qui suit habituellement le demandeur ou le médecin praticien hospitalier. ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. ()". Aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 5 janvier 2017 susvisé : " Les conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge médicale, mentionnées au 11° de l'article L. 313-11 du CESEDA, sont appréciées sur la base des trois critères suivants : degré de gravité (mise en cause du pronostic vital de l'intéressé ou détérioration d'une de ses fonctions importantes), probabilité et délai présumé de survenance de ces conséquences./ Cette condition des conséquences d'une exceptionnelle gravité résultant d'un défaut de prise en charge doit être regardée comme remplie chaque fois que l'état de santé de l'étranger concerné présente, en l'absence de la prise en charge médicale que son état de santé requiert, une probabilité élevée à un horizon temporel qui ne saurait être trop éloigné de mise en jeu du pronostic vital, d'une atteinte à son intégrité physique ou d'une altération significative d'une fonction importante. / Lorsque les conséquences d'une exceptionnelle gravité ne sont susceptibles de ne survenir qu'à moyen terme avec une probabilité élevée (pathologies chroniques évolutives), l'exceptionnelle gravité est appréciée en examinant les conséquences sur l'état de santé de l'intéressé de l'interruption du traitement dont il bénéficie actuellement en France (rupture de la continuité des soins). Cette appréciation est effectuée en tenant compte des soins dont la personne peut bénéficier dans son pays d'origine. ".

4. D'une part, la préfète du Rhône verse au débat l'avis en date du 16 juin 2023 rendu par le collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, composé des docteurs Fresneau, Ruggieri et Horrach qui se sont prononcés sur la base d'un rapport médical établi le 22 mai 2023 par le docteur A qui n'a pas siégé au sein de ce collège de médecins, ces différents médecins étant régulièrement habilités à cet effet par la décision du 1er août 2022 modifiant celle du 17 janvier 2017, portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration En outre, il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire que la préfète du Rhône serait tenue de produire le rapport médical au vu notamment duquel l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été émis. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.

5. D'autre part, partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

6. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à Mme E épouse D en qualité d'étranger malade, la préfète du Rhône s'est appropriée l'avis rendu le 16 juin 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, aux termes duquel si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'au vu des éléments de son dossier et à la date de l'avis, elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Si la requérante fait valoir qu'elle bénéficie d'un suivi médical en France en raison de problèmes psychiatriques, qu'elle présente une vulnérabilité certaine depuis le décès de son mari en France le 24 mars 2010, qu'il est à envisager qu'elle porte atteinte à sa vie en cas d'arrêt du traitement dont elle bénéficie et que cette prise en charge est impossible dans son pays d'origine, le seul certificat médical produit par l'intéressée, établi par le docteur psychiatre Thierry Balais le 17 octobre 2023, postérieurement à la décision en litige, selon lequel les soins psychiatriques de l'intéressée doivent être poursuivis, qu'elle a déjà fait plusieurs tentatives de suicide en Arménie et en France et qu'il existe un risque suicidaire élevé en cas de retour dans son pays d'origine, est insuffisamment circonstancié pour remettre en cause l'appréciation du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont la préfète du Rhône a fait sienne, selon laquelle si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale, le défaut de cette prise en charge ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par suite, Mme E épouse D n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Rhône aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, ni qu'elle aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Mme E épouse D fait valoir qu'elle vit en France depuis 2018, que son époux était déjà présent sur le territoire français et y est décédé en 2010, qu'elle vit désormais auprès de sa fille, conjointe de ressortissant français et titulaire d'un titre de séjour. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée, entrée en France à l'âge de 46 ans, se maintient irrégulièrement en France en dépit de deux précédentes décisions refus de séjour assorties de mesures d'éloignement dont la légalité a été confirmée par les juridictions administratives, et n'établit ni même n'allègue, alors même que sa fille réside régulièrement en France en qualité de conjointe de français, être dépourvue d'attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de son existence, son fils B ayant également fait l'objet le 20 mai 2019 d'une décision de refus de séjour assortie d'une obligation de quitter le territoire français. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et de ce qui a été dit précédemment sur son état de santé, le refus de titre de séjour opposé à la requérante ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit par conséquent être écarté. La décision en litige n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

10. En deuxième lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision de refus de séjour est suffisamment motivée. L'intéressée n'est en conséquence pas fondée à se prévaloir de l'insuffisance motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, laquelle n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la décision de refus de séjour.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

12. Eu égard à ce qui a été dit précédemment concernant son état de santé et en l'absence d'autre élément propre à la mesure d'éloignement, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir de la méconnaissance des dispositions précitées du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En dernier lieu, en se bornant à faire état de son état de santé et de sa situation familiale, sans démontrer ainsi qu'elle l'allègue qu'elle serait isolée en cas de retour dans son pays d'origine, la requérante n'établit pas que la décision en litige serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

Sur la décision fixant à 30 jours le délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la mesure d'éloignement.

15. En second lieu, Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. ".

16. En indiquant, au visa des dispositions précitées, qu'eu égard à la situation personnelle de l'intéressée, il n'a pas paru justifier de lui accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à 30 jours, la préfète du Rhône a suffisamment motivée en droit et en fait la décision en litige.

Sur la décision fixant le pays de destination :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la mesure d'éloignement à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

18. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée.

19. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ".

20. Mme E épouse D fait valoir qu'elle a dû quitter l'Arménie avec son mari en 2009 pour s'installer en Russie en raison d'un conflit avec des partenaires commerciaux ayant conduit à l'incendie de leur épicerie et que, suite à la mort de son mari en 2010, ces créanciers l'ont retrouvé afin qu'elle paye la dette et que ces évènements sont à l'origine d'un stress post-traumatique, ce qui rend inenvisageable qu'elle puisse bénéficier d'un environnement stable et serein en Arménie. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de l'intéressée a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puis par la Cour nationale du droit d'asile et elle ne produit aucun élément nouveau de nature à caractériser un quelconque risque personnel pour sa vie ou sa sécurité en cas de retour dans son pays d'origine, alors que son état de santé, au regard de ce qui a été dit précédemment, ne saurait pas plus caractériser un tel risque. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

21. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité des décisions précédentes à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de 18 mois.

22. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

23. Eu égard à ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle de la requérante, qui s'est soustraite à l'exécution de deux précédentes mesure d'éloignement, l'intéressée n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône, qui a suffisamment motivée en droit et en fait la décision en litige, aurait commis une erreur d'appréciation en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de 18 mois, ni que cette mesure porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision en litige n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

24. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme E épouse D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme E épouse D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C E épouse D et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2309080

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