lundi 29 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2309091 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | CADOUX |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2023 sous le n° 2309091, M. B D, représenté par Me Cadoux, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 octobre 2023 par laquelle la préfète de l'Ardèche lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ardèche de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de trente jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce qu'il soit statué sur son recours devant la Cour nationale du droit d'asile, et partant, de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans le délai de cinq jours à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Il soutient que :
- les décisions sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation individuelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il justifie d'éléments sérieux pour obtenir du tribunal la suspension de la mesure d'éloignement dont il est l'objet, en application des dispositions de l'article L. 752-5 du code précité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2023, la préfète de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2024.
II- Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2023 sous le n° 2309092, Mme C E, représentée par Me Cadoux, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 octobre 2023 par laquelle la préfète de l'Ardèche lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ardèche de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de trente jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de la mesure d'éloignement jusqu'à ce qu'il soit statué sur son recours devant la Cour nationale du droit d'asile, et partant, de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans le délai de cinq jours à compter du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil, à charge pour celui-ci de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- les décisions sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen particulier de sa situation individuelle ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle justifie d'éléments sérieux pour obtenir du tribunal la suspension de la mesure d'éloignement dont elle est l'objet, en application des dispositions de l'article L. 752-5 du code précité.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2023, la préfète de l'Ardèche conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2024.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. A a donné lecture de son rapport, en l'absence des parties ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. D et Mme E, ressortissants géorgiens nés respectivement en 1995 et en 1992, déclarent être entrés sur le territoire français le 30 mai 2023 pour y solliciter l'asile. Leurs demandes d'asile ont été rejetées le 8 septembre 2023 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par des décisions du 10 octobre 2023, dont ils demandent l'annulation, la préfète de l'Ardèche leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel ils sont susceptibles d'être reconduits d'office à l'expiration de ce délai.
2. Les requêtes susvisées, dirigées contre des décisions relatives à la situation d'un couple, présentent à juger des questions identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par le même jugement.
Sur les conclusions dirigées contre les décisions du 10 octobre 2023 :
En ce qui concerne les moyens dirigés contre l'ensemble des décisions :
3. Les décisions obligeant M. D et Mme E à quitter le territoire français visent les textes utiles sur lesquels elles se fondent, notamment les dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et mentionnent les éléments retenus par la préfète, à savoir le fait qu'ils ne bénéficient plus du droit de se maintenir en France suite au rejet de leurs demandes d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), statuant en procédure accélérée, ainsi que des considérations propres à la situation personnelle des intéressés. De même, les décisions fixant le pays de destination mentionnent les éléments de droit et de fait qui les fondent. Elles sont ainsi suffisamment motivées. Il ne ressort par ailleurs pas des termes de ces décisions que la préfète de l'Ardèche, dont il ne ressort pas des pièces des dossiers qu'elle se serait sentie en situation de compétence liée suite au rejet des demandes d'asile par l'Ofpra, n'aurait pas procédé à un réel examen de leur situation.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Il ressort des pièces des dossiers que M. D et Mme E, âgés respectivement de 28 et 30 ans, sont entrés en France le 30 mai 2023 avec leurs enfants nés en 2018 et 2019. A la date des décisions attaquées, ils résidaient en France depuis seulement quatre mois, et ne démontrent aucune insertion sociale ou professionnelle, ni vie privée et familiale intense, ancienne et stable, dès lors qu'ils ont vécu l'essentiel de leur existence en Géorgie, où ils ne sont pas dépourvus d'attaches familiales et sociales. S'ils se prévalent de ce que leurs enfants sont scolarisés en classes de moyenne et grande section, ils n'apportent aucun élément de nature à démontrer une impossibilité pour eux de continuer leur parcours scolaire en Géorgie, où ceux-ci ont vocation à suivre leurs parents. Enfin, ils n'établissent pas l'impossibilité de poursuivre une vie familiale normale en Géorgie en raison des prétendues menaces et violences dont ils feraient l'objet. Dans ces circonstances, les décisions attaquées ne portent pas au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont étés prises et ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :
6. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D et Mme E ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de leurs conclusions dirigées contre les décisions fixant le pays de destination.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 su code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité () / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines et traitements inhumains et dégradants. ".
8. Les requérants soutiennent être menacés en Géorgie, où ils feraient l'objet de tentatives de chantage et d'extorsion de fonds. Toutefois, ils ne produisent aucun élément probant à l'appui de leurs allégations, par ailleurs très peu circonstanciées et n'établissent pas la réalité de risques actuels personnellement encourus en cas de retour dans leur pays. Par suite, le moyen selon lequel les décisions fixant le pays de destination méconnaissent l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, doit être écarté.
Sur les conclusions aux fins de suspension de l'obligation de quitter le territoire français :
9. Aux termes des dispositions de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables à l'espèce : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". L'article L. 752-11 de ce code dispose : " le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".
10. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'étranger, faisant l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui forme un recours contentieux contre celle-ci peut, en application de l'article L. 752-5 précité, saisir le tribunal administratif de conclusions aux fins de suspension de cette mesure d'éloignement. Il est fait droit à la demande de suspension de la mesure d'éloignement si le juge a un doute sérieux sur le bien-fondé de la décision de rejet ou d'irrecevabilité opposée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de protection, au regard des risques de persécutions allégués ou des autres motifs retenus par l'Office.
11. Ainsi qu'il a été dit au point 8, il ne ressort pas des éléments dont font état les requérants, très peu circonstanciés et non étayés sur la réalité des menaces auxquelles ils seraient exposés, qu'il existerait un doute sérieux sur le bien-fondé des décisions de refus d'asile opposées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Par suite, les conclusions tendant à la suspension des mesures d'éloignement doivent être rejetées.
12. Il résulte de ce qui précède que M. D et Mme E ne sont pas fondé à soutenir que les décisions du 10 octobre 2023 de la préfète de l'Ardèche sont entachées d'illégalité et à en demander l'annulation, ni à demander la suspension de leur exécution.
Sur l'injonction :
13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation des requêtes, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions dirigées à ce titre contre l'Etat, qui n'est pas la partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. D et Mme E sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, Mme C E et à la préfète de l'Ardèche.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2024.
Le magistrat désigné,
T. ALa greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ardèche en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
2-230909
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026