mardi 30 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2309147 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 octobre 2023, Mme B G épouse D, représentée par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés, agissant par Me Bescou, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 28 septembre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale ", ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les décisions sont entachées d'incompétence ;
- la décision de refus de séjour est entachée d'un défaut d'examen préalable de sa situation en ce que la préfète n'a pas apprécié son droit au séjour au regard de son pouvoir général de régularisation ; elle est irrégulière en l'absence de production de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et du rapport médical sur la base duquel il a été établi alors qu'il n'est en tout état de cause pas démontré que cet avis aurait été rendu par un collège de trois médecins, dûment et préalablement habilités, et au terme duquel n'est pas intervenu le praticien ayant établi le rapport médical ; elle est entachée d'une erreur de fait au regard de la qualité d'étranger malade de sa fille ; elle méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation, faute pour la préfète d'avoir examiné sa demande sur le fondement de son pouvoir général de régularisation ; elle est entachée d' une erreur manifeste d'appréciation dans la mise en œuvre de ce pouvoir de régularisation ; elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant
- la décision fixant le délai de départ volontaire est illégale car fondée sur une décision elle-même illégale ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité des décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 décembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme G épouse D ne sont pas fondés.
Mme G épouse D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 24 novembre 2023
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique ;
- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;
- les observations de Me Guillaume de la Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés pour Mme G épouse D.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B G épouse D, ressortissante algérienne née le 21 avril 1985, et entrée régulièrement en France la 10 septembre 2015 sous couvert d'un visa de court séjour, a sollicité le 9 février 2021 la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien en se prévalant notamment de l'état de santé de sa fille C née le 5 février 2018, ou à défaut un certificat de résidence portant la mention " visiteur " sur le fondement des stipulations du a) de l'article 7 du même accord. Par les décisions attaquées du 28 septembre 2023, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office.
Sur le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Les décisions litigieuses du 28 septembre 2023 ont été signées par Mme A E, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté du préfet du Rhône en date du 29 août 2023, publié le 1er septembre 2023 au recueil des actes administratifs de la préfecture, accessible sur internet tant au juge qu'aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des décisions contestées doit être écarté.
Sur la décision de refus de séjour :
3. En premier lieu, la préfète du Rhône verse au débat l'avis en date du 16 juin 2023 rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, composé des docteurs Fresneau, Ortega et Bernard qui se sont prononcés sur la base d'un rapport médical établi le 21 mai 2023 par le docteur F qui n'a pas siégé au sein de ce collège de médecins. Les trois membres du collège de l'Office français de l'immigration et de l'intégration étaient régulièrement habilités par la décision du 23 juin 2022 modifiant celle du 17 janvier 2017, portant désignation au collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Enfin, il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire que le préfet serait tenu de produire le rapport médical au vu notamment duquel l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été émis. Dès lors, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté en toutes ses branches.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit :() / 5. Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; (). ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale.
5. D'une part, pour refuser de délivrer un certificat de résidence à Mme G épouse D au regard de l'état de santé de sa fille C née le 5 février 2018, la préfète du Rhône s'est approprié l'avis rendu le 16 juin 2023 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, aux termes duquel si l'état de santé de l'enfant C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, elle peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et au vu des éléments de son dossier et à la date de l'avis, elle peut voyager sans risque vers son pays d'origine. Mme G épouse D fait valoir que sa fille est atteinte d'une trisomie 21 avec polyhandicap et d'une épilepsie pharmacorésistante non stabilisée impliquant des modifications régulières de son traitement. Toutefois, si la requérante produit des pièces médicales attestant de la gravité de l'état de santé de sa fille et de la prise en charge pluridisciplinaire dont elle bénéficie, elle se borne à produire, s'agissant de l'existence d'un traitement en Algérie, un certificat médical du 16 octobre 2023 d'un neuropédiatre établi postérieurement à la décision en litige qui, après notamment avoir rappelé la pathologie épileptique non stabilisée dont souffre C, indique que " ces prises en charges ne peuvent pas être assurées à l'identique en Algérie et seraient une perte de chance pour elle ". Or, ce seul document, qui est insuffisamment circonstancié, n'est pas de nature à remettre en cause l'appréciation du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dont la préfète du Rhône a fait sienne, selon laquelle C peut effectivement bénéficier d'un traitement ou d'un suivi médical approprié à sa pathologie dans son pays d'origine, sans qu'il y ait lieu de rechercher si ce suivi médical ou ces soins dans son pays d'origine sont équivalents à ceux offerts en France. Par suite, Mme G épouse D n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Rhône aurait commis une erreur de fait quant à l'état de santé de sa fille en s'appropriant les termes de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration
6. D'autre part, Mme G épouse D fait valoir qu'elle vit en France depuis huit ans avec son époux et leurs trois enfants nés en 2012, 2014 et 2018, qui y sont scolarisés, que sa fille C est gravement malade, que son mari dispose d'une promesse d'embauche et que leurs efforts d'intégration sont démontrés. Toutefois, Mme G épouse D n'établit, ni même n'allègue, être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside notamment sa mère et où elle a vécu la majeure partie de son existence, ni être dans l'impossibilité d'y poursuivre sa vie familiale ainsi que la scolarité de ses enfants, alors que la promesse d'embauche de son époux en tant que chauffeur livreur ainsi que les attestations produites par la requérante ne sauraient caractériser une insertion sociale et professionnelle significative en France. Compte tenu de ces éléments, et de ce qui a été dit précédemment sur l'état de santé de sa fille, Mme G épouse D n'est pas fondée en l'espèce à soutenir que la décision en litige aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise, ni qu'elle aurait méconnu l'intérêt supérieur de ses trois enfants. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés. En l'absence d'autre élément, la décision litigieuse n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur la situation personnelle de l'intéressée.
7. En dernier lieu, d'une part, contrairement à ce que soutient la requérante, il ressort des termes de la décision en litige, qui indiquent qu'" aucun élément du dossier ni aucune circonstance particulière ne justifie une mesure dérogatoire ", que la préfète du Rhône a examiné, alors même qu'elle n'y était pas tenue, s'il était opportun de faire usage ou non de son pouvoir exceptionnel de régularisation. Le moyen soulevé à ce titre tiré de l'absence d'examen préalable et sérieux de la situation et de la demande de l'intéressée doit en conséquence être écarté.
8. D'autre part, au regard de ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle et professionnelle de la requérante, le moyen tiré de ce que la préfète du Rhône aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de faire usage de son pouvoir de régularisation doit en conséquence être également écarté.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.
10. En second lieu, en l'absence d'autre élément, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doivent être écartés pour les mêmes motifs que précédemment.
Sur la décision fixant le délai de départ volontaire :
11. En l'absence d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le délai de départ volontaire par voie de conséquence de l'illégalité des décisions précédentes devra être écarté.
Sur la décision fixant le pays de destination :
12. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la requérante n'est pas fondée à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme G épouse D doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme G épouse D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B G épouse D et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.
Le rapporteur,
L. DelahayeLe président,
J. Segado
La greffière,
N. Renoud-Genty
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
N°2309147
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026