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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309149

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309149

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309149
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP COUDERC ZOUINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 octobre 2023, Mme B C, représentée par Me Zouine, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 18 août 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la " mention vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de le munir sans délai d'un récépissé l'autorisant à travailler ou, en cas d'annulation de la seule obligation de quitter le territoire français de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce réexamen sous le même délai ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros H.T. à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6 paragraphe 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'état de santé de son fils nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité ;

- il ne peut bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine ;

- sa présence auprès de son fils est nécessaire compte tenu de son état de santé ;

- il appartient à la préfecture de justifier de la réalité et de la régularité de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de titre de séjour et de la mesure d'éloignement ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit dans la mesure où l'administration n'a ni visé ni pris en considération les quatre critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 janvier 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 janvier 2024.

Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 14 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,

- les observations de Me Zouine, avocat de Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante algérienne née le 10 juin 1976, est entrée en France, le 24 mars 2018, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 20 janvier au 19 avril 2018. Elle a sollicité l'asile, le 10 avril 2018. Sa demande a été rejetée, le 27 septembre 2018, par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, puis par la Cour nationale du droit d'asile, le 7 mars 2019. Mme C a présenté une demande de titre de séjour, le 12 novembre 2019, sur le fondement de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié en invoquant particulièrement l'état de santé de son fils, M. E C. Par un arrêté du 14 août 2020, le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Le recours qu'elle a exercé à l'encontre de cette décision a été rejeté, par un jugement du tribunal administratif de Lyon, le 29 décembre 2020, puis par la cour administrative de Lyon, le 4 novembre 2021. Mme C a présenté une nouvelle demande de titre de séjour, le 6 février 2023, sur le même fondement. Par une décision du 18 août 2023, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de six mois. Mme C demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme A D, directrice des migrations et de l'intégration en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 31 mai 2023 de la préfète du Rhône publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône le 1er juin 2023, accessible au juge et aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la requérante ne peut utilement soutenir qu'il appartient à la préfecture de justifier de la réalité et de la régularité de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration alors qu'elle a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme C, qui est entrée en France le 24 mars 2018, n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident son époux et ses deux autres fils et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 42 ans. Si elle invoque la présence en France de son fils et de sa fille, ces derniers font également l'objet d'une mesure d'éloignement. En outre, les éléments produits ne permettent pas d'établir que son fils, M. E C, ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement adapté dans son pays pour les pathologies dont il souffre. Enfin, en dépit de la promesse d'embauche dont elle se prévaut, Mme C est sans emploi et domiciliée auprès d'un centre communal d'action sociale et ne justifie d'aucune intégration particulière sur le territoire national. Dans ces conditions, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Rhône aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, l'autorité administrative n'a pas méconnu les stipulations précitées de l'article 6, 5° de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle et professionnelle de la requérante.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été précédemment exposé, la requérante n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour à l'encontre de la mesure d'éloignement.

7. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

8. Le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire n'étant pas entachés d'illégalité, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de ces décisions doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. L'illégalité de la décision portant refus de séjour et de la mesure d'éloignement n'étant pas établie, la requérante ne peut, par voie d'exception, se prévaloir de cette illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

12. Pour contester l'interdiction de retour d'une durée de six mois, la requérante soutient que la mesure n'est pas fondée au regard de sa durée et des conditions de son séjour sur le territoire français et du fait que sa présence ne constitue pas une menace à l'ordre public. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des termes de la décision attaquée d'une part, que Mme C ne justifie pas d'une vie privée et familiale ancienne, stable et intense en France et d'autre part, qu'elle s'est soustraite à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre, le 14 août 2020. Si la requérante expose que les quatre critères mentionnés par les dispositions de l'article L. 612-10 non pas tous été visés dans la décision attaquée, en l'espèce, la préfète du Rhône a ainsi pris en considération les critères, énoncés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile quand bien même elle n'aurait pas retenue l'existence d'une menace à l'ordre public prononcer sa décision, critère dont elle n'était pas tenue de faire état dans la décision attaquée, dès lors qu'elle ne l'a pas retenu pour prononcer sa décision. Par suite, l'autorité administrative n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation au regard des mêmes dispositions.

13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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