mardi 13 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2309150 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP COUDERC ZOUINE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 octobre 2023, Mme B C, représentée par Me Zouine, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 18 août 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la " mention vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de la munir sans délai d'un récépissé l'autorisant à travailler ou, en cas d'annulation de la seule obligation de quitter le territoire français de réexaminer sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce réexamen sous le même délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros H.T. à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :
- il a été signé par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que l'alinéa 1er du Titre III de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne précise pas que le terme " enseignement " vise les études supérieures ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne l'admission au séjour pour motif d'études et au regard de la vie privée et familiale ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 6 paragraphe 5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
- elle est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de titre de séjour et de la mesure d'éloignement ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré, le 11 janvier 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 janvier 2024, la clôture de l'instruction, initialement fixée au 28 décembre 2023, a été fixée au 22 janvier 2024.
Mme C a été admise à l'aide juridictionnelle totale, par une décision du 14 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bardad, première conseillère,
- et les observations de Me Zouine, avocat de Mme C.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B C, ressortissante algérienne née le 18 janvier 2005, est entrée en France, le 24 mars 2018, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour valable du 20 mars au 19 avril 2018 et autorisant une durée de séjour de 15 jours sur le territoire Schengen. Elle a sollicité, le 25 avril 2023 un certificat de résidence portant la mention " étudiant " en application du titre III du protocole de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par une décision du 18 août 2023, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme C demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme A D, directrice des migrations et de l'intégration en vertu d'une délégation de signature consentie par un arrêté du 31 mai 2023 de la préfète du Rhône publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône le 1er juin 2023, accessible au juge et aux parties. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'acte attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes du 1er alinéa du titre III du protocole de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié: " Les ressortissants algériens qui suivent un enseignement, un stage ou font des études en France et justifient de moyens d'existence suffisants (bourses ou autres ressources) reçoivent, sur présentation, soit d'une attestation de pré-inscription ou d'inscription dans un établissement d'enseignement français, soit d'une attestation de stage, un certificat de résidence valable un an, renouvelable et portant la mention " étudiant " ou " stagiaire " () ". Aux termes de l'article 9 de cet accord : " () / Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre () du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. / Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent. ". Il résulte de la combinaison de ces stipulations que la délivrance d'un certificat de résidence algérien portant la mention " étudiant " est subordonnée à l'obtention d'un visa de long séjour. Les auteurs de l'accord, qui n'ont pas prévu de cas de dispense, n'ont entendu réserver ni la situation des ressortissants déjà présents sur le territoire français, ni celle des ressortissants entrés alors qu'ils étaient mineurs.
4. Il ressort des pièces du dossier que la requérante sollicite la délivrance d'un certificat de résidence algérien en qualité d'étudiante en se prévalant de son inscription en classe de première professionnelle, au titre de l'année 2022/2023. Ce faisant, comme l'a relevé à bon droit la préfète du Rhône dans la décision litigieuse, l'intéressée ne justifie pas d'une inscription dans un cursus de l'enseignement supérieur, laquelle est une condition de fond pour obtenir le certificat de résidence demandé. Par suite, et contrairement à ce que soutient la requérante, la préfète du Rhône a pu légalement, sans entacher sa décision d'erreur de droit au regard des stipulations précitées du 1er alinéa du titre III du protocole de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, refuser la délivrance de ce certificat de résidence pour ce motif. En tout état de cause, il résulte expressément des stipulations précitées que, pour prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement du titre III du protocole annexé à l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, les ressortissants algériens doivent être titulaires d'un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. Or, il est constant que Mme C disposait uniquement d'un visa de court séjour lorsqu'elle est entrée en France, le 24 mars 2018, à l'âge de 13 ans et que la préfète a aussi refusé, pour ce motif, de lui délivrer un titre étudiant. Il résulte de l'instruction que la préfète du Rhône aurait pris la même décision si elle s'était fondée sur ce seul motif tiré de l'absence de visa long séjour, lequel motif est de nature à justifier légalement le refus de délivrance du certificat de résidence étudiant sollicité. Enfin, compte tenu de ces éléments, en refusant de délivrer à la requérante un certificat de résidence en qualité d'étudiant, la préfète n'a pas commis d'erreur d'appréciation au regard de ces stipulations de l'accord franco-algérien, ni commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.
5. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " () / Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () / 5. Au ressortissant algérien qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que le séjour en France de Mme C est récent. Elle est célibataire, sans charge de famille, et domiciliée auprès d'un centre communal d'action sociale. Si elle se prévaut de la présence en France de son frère et de sa mère, ces derniers font également l'objet d'une mesure d'éloignement. Par ailleurs, Mme C n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident son père ainsi que deux de ses frères. Si elle expose qu'elle était scolarisée en première professionnelle " Assistance à la gestion des organisations et de leurs activités " au titre de l'année 2022/2023, et désormais en terminale professionnelle, toutefois il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle ne pourrait pas poursuivre sa scolarité, particulièrement dans ce domaine, quand bien même elle prétend qu'il n'y aurait pas de baccalauréat professionnel intitulé " Assistance à la gestion des organisations et de leur activités " en Algérie. Enfin, elle ne justifie pas d'une intégration particulière sur le territoire national. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Rhône a méconnu les stipulations de l'article 6, 5° de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précitées en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Pour les mêmes motifs, la décision attaquée n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
7. En premier lieu, compte tenu de ce qui a été précédemment exposé, la requérante n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour à l'encontre de la mesure d'éloignement.
8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
9. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'est pas fondée à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité du refus de délivrance d'un titre de séjour et de la mesure d'éloignement à l'encontre de la décision lui accordant un délai de départ volontaire de trente jours.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. L'illégalité de la décision portant refus de séjour et de la mesure d'éloignement n'étant pas établie, la requérante ne peut, par voie d'exception, se prévaloir de cette illégalité à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Segado, président,
M. Delahaye, premier conseiller,
Mme Bardad, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.
La rapporteure,
N. BardadLe président,
J. Segado
La greffière,
T. Zaabouri
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026