jeudi 2 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2309158 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | ELOIGNEMENT |
| Avocat requérant | CLEMENT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 28 octobre 2023, M. A I, représenté par Me Clément, demande au tribunal, dans le dernier état de ses conclusions :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler la décision du 27 octobre 2023 par laquelle la préfète du Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation dans un délai de trois mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour pendant ce réexamen ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient, dans le dernier état de ses moyens, que :
Sur l'ensemble de la décision attaquée :
-elle et signée par une autorité incompétente ;
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
-elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
-elle méconnaît le principe de non-refoulement applicable en matière d'asile ;
- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
-elle méconnaît l'article 3 (1°) de la convention internationale des droits de l'enfant ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
-elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;
-elle est contraire aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
-elle est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle est fondée ;
-elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sa durée présente un caractère disproportionné.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu :
- la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :
- la convention relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Feron.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Feron ;
- les observations de Me Clément, avocat de M. I, qui conclut aux mêmes fins que dans la requête et demande en outre au tribunal d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer la situation du requérant dans un délai de trois mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour pendant ce réexamen. Me Clément soulève, à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, des moyens nouveaux tirés de l'erreur manifeste d'appréciation, de la violation du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la violation de l'article 3 (1°) de la convention internationale des droits de l'enfant. Il invoque en outre, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, une exception d'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
-les observations de M. I, assisté de M. F, interprète en langue géorgienne, qui indique être entré en France en 2018, déclare que son fils dispose d'un appareil respiratoire en cas de crise d'asthme et qu'il suit en outre un traitement pour l'asthme dont il ne connaît pas les modalités dès lors qu'il était incarcéré sur la période récente ;
-la préfète du Rhône n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A I, ressortissant géorgien né le 18 juillet 1992, déclare être entré en France en 2018. Par un arrêté du 27 octobre 2023 dont il demande l'annulation, la préfète du Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de deux ans. Elle l'a par ailleurs placé au centre de rétention administrative de Lyon Saint-Exupéry.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions des articles L. 614-7 à L. 614-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre M. I au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'ensemble de la décision attaquée :
3. Il ressort des pièces produites en défense que, par un arrêté du 13 octobre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture du Rhône du 16 octobre 2023, la préfète de ce département a donné délégation de signature à Mme D C attachée, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme B E, directrice des migrations et de l'intégration et de Mme H G, attachée, cheffe du bureau de l'éloignement, à l'effet de signer la totalité des actes établis par cette direction, à l'exception de ceux au nombre desquels ne figurent pas la décision attaquée. Or, il n'est ni établi, ni même allégué, que Mmes E et G n'auraient pas été absentes ou empêchées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée manque en fait et doit être écarté
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, diligentés par la préfète du Rhône, les services de police se sont présentés les 20 septembre et 3 octobre 2023 dans l'établissement pénitentiaire où M. I était incarcéré afin, notamment, de recueillir ses observations sur la perspective de son éloignement. L'intéressé a refusé de se déplacer au parloir avocat ainsi qu'en attestent les deux procès-verbaux versés aux débats. M. I, qui s'est ainsi privé de faire valoir sa situation familiale, le suivi médical de son fils en France et les craintes de son épouse en cas de retour dans le pays d'origine, n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait omis, dans la décision attaquée, de prendre en considération ces éléments non portés à sa connaissance. Ses moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision attaquée et du défaut d'examen de la situation personnelle du requérant doivent par suite être écartés.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ".
6. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. I a été rejetée en dernier lieu par la cour nationale du droit d'asile le 25 mai 2021. Il se trouvait donc dans la situation, prévue au 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français et ne peut sérieusement soutenir que cette décision serait contraire au principe de non-refoulement applicable en matière d'asile.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". M. I soutient que l'état de santé de son fils fait obstacle à l'édiction de la mesure d'éloignement en litige. S'il ressort des pièces produites que son fils, né le 28 juillet 2020, " présente une pathologie nécessitant un traitement de fond " d'après les termes du certificat médical établi le 21 juillet 2023, M. I n'apporte aucun élément démontrant l'impossibilité pour son fils de poursuivre ce traitement en Géorgie. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait contraire aux dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). M. I fait valoir ses attaches familiales en France où il dit se trouver depuis 2018 avec son épouse et leurs deux enfants scolarisés. Son fils est né en France et souffre d'une pathologie nécessitant un traitement de fond. Toutefois, le requérant, qui n'est pas en mesure de préciser le traitement dont son fils a besoin, n'apporte aucun élément sur une éventuelle indisponibilité de ce traitement dans son pays d'origine. Ni le requérant ni son épouse, qui est également en situation irrégulière, ne justifient d'une insertion sociale ou professionnelle particulière. Il a par ailleurs été condamné le 28 septembre 2021 par le tribunal judiciaire de Lyon à une peine de 29 mois d'emprisonnement pour vol, vol en réunion et vol avec destructions ou dégradations. Enfin, il n'est pas démontré que la scolarité de ses enfants ne pourrait se poursuivre en Géorgie, pays où le requérant a vécu l'essentiel de sa vie. Si le requérant soutient que son épouse serait de nationalité russe et non géorgienne, il n'est pas démontré qu'elle ne serait pas admissible en Géorgie compte tenu de la nationalité de son mari et de ses enfants. Dans ces conditions, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne méconnaît pas son droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni l'intérêt supérieur de ses enfants au sens de l'article 3 (1°) de la convention internationale des droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, la décision d'obligation de quitter le territoire français n'est pas non plus entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la fixation du pays de destination :
9. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, M. I n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision fixant le pays de destination.
10. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". M. I soutient que son épouse a travaillé en Russie en qualité de journaliste et craint pour sa vie en cas de retour en Géorgie. Il n'apporte toutefois aucune précision ni document sur l'expérience professionnelle de son épouse en Russie, ni sur la réalité des risques qu'elle déclare encourir en cas de retour en Géorgie. Le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
11. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, M. I n'est pas fondé à invoquer l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français en litige.
12. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
13. Il ressort des pièces du dossier que M. I est entré en France en 2018 et s'y est maintenu en dépit du rejet de sa demande d'asile le 25 mai 2021, avec son épouse et leurs deux enfants dont le plus jeune est né en France. Ni lui ni son épouse ne justifient d'une insertion sociale ou professionnelle particulière. Il a été condamné le 28 septembre 2021 par le tribunal judiciaire de Lyon à une peine de 29 mois d'emprisonnement pour vol, vol en réunion et vol avec destructions ou dégradations. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, la préfète pouvait, sans méconnaître les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour de deux ans, dont la durée ne présente pas en l'espèce de caractère disproportionné.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. I à fin d'annulation de la décision du 27 octobre 2023 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE :
Article 1er : M. I est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A I et à la préfète du Rhône.
Copie en sera adressée à Me Clément.
Lu en audience publique le 2 novembre 2023.
La magistrate désignée,
C. FERON Le greffier,
T. CLEMENT
La République mande et ordonne la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition,
Une greffière,
N°2309158
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026