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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309165

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309165

mardi 7 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309165
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationELOIGNEMENT
Avocat requérantVRAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire complémentaire et des pièces enregistrés les 29 octobre et 2 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Vray, demande au tribunal, dans le dernier état de ses conclusions :

1°) d'annuler la décision du 28 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Loire l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination, lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an et l'a assigné à résidence ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de procéder à l'effacement de son signalement dans le système d'information Schengen et de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir en lui délivrant, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous réserve que celui-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient, dans le dernier état de ses moyens, que :

Sur l'ensemble de la décision :

-elle est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation, en particulier de sa nationalité ;

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

-elle est fondée sur une base légale erronée dès lors que sa présence ne constitue pas une menace pour l'ordre public au sens du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-elle méconnaît l'accord franco-algérien en vertu duquel il dispose d'un plein droit au séjour puisqu'il réside en France depuis plus de dix ans ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :

-elle méconnaît les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sa durée présente un caractère disproportionné ;

-elle méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Sur l'assignation à résidence :

-ses modalités sont disproportionnées compte tenu de sa situation.

Le préfet de la Loire a produit des pièces le 2 novembre 2023.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Feron.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Feron, qui a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de procéder d'office à une substitution de base légale, le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pouvant se substituer au 5° de cet article pour fonder la décision portant obligation de quitter le territoire français, et qui a invité les parties présentes à formuler des observations sur cette substitution de base légale ;

- les observations de Me Vray, avocate de M. B, qui conclut aux mêmes fins que dans la requête, déclare renoncer au moyen tiré de la violation du 2° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que M. B n'est pas entré en France avant treize ans, et présente un moyen nouveau tiré de la violation de l'accord franco-algérien dès lors qu'il vit en France depuis dix ans.

-les observations de M. B qui déclare être de nationalité algérienne et non marocaine, être entré en France au mois de mai 2009 et avoir ses attaches familiales en France ;

-le préfet n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré et des pièces ont été enregistrées le 3 novembre 2023 pour M. B et n'ont pas été versées à l'instance.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né à Fès au Maroc le 19 juillet 1992, déclare à l'audience être entré en France en 2010. Par un arrêté du 28 octobre 2023 dont il demande l'annulation, le préfet de la Loire l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée d'un an.

2. En premier lieu, au soutien de son moyen tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation qu'aurait commis le préfet de la Loire, M. B relève que le préfet s'est trompé sur sa nationalité. Il ressort des pièces du dossier que M. B est né le 19 juillet 1992 à Fès au Maroc d'un père algérien né en Algérie et d'une mère algérienne née, comme lui, au Maroc. Il n'est pas en mesure de présenter de document d'identité délivré par les autorités algériennes ou marocaines. M. B a pour la première fois déclaré lors de l'audience qui s'est tenue le 2 novembre 2023 qu'il était algérien et non pas marocain. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'il avait déclaré être de nationalité marocaine six jours plus tôt lors de son audition par les services de police le 27 octobre 2023. Il avait en outre signé, ce même jour, la fiche d'évaluation de sa vulnérabilité et la fiche de ses observations écrites sur la perspective d'un éloignement alors que ces fiches indiquaient toutes deux qu'il était de nationalité marocaine. Ainsi, M. B, qui s'est déclaré de deux nationalités différentes à quelques jours d'intervalle sans indiquer expressément être binational et qui ne produit aucun document d'identité, n'est pas fondé à soutenir que le préfet, en se conformant aux informations alors portées à sa connaissance par M. B lui-même, aurait commis un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait omis de procéder à un examen sérieux des autres éléments de la situation de M. B. Enfin, la décision est suffisamment motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; "

4. Il ressort des pièces du dossier que M. B ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Par suite, la décision en litige, prise à tort sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, trouve son fondement légal dans le 1° du même article. Dès lors que cette substitution de base légale ne prive pas l'intéressé d'une garantie et que la décision contestée aurait été prise en vertu du même pouvoir d'appréciation, il y a lieu de regarder la décision portant obligation de quitter le territoire français comme fondée sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré du défaut de base légale doit par suite être écarté.

5. En troisième lieu, M. B soutient à l'audience qu'il aurait un plein droit au séjour sur le fondement de l'accord franco-algérien dès lors qu'il réside en France depuis 10 ans. Même à supposer cet accord applicable à la situation de M. B, les pièces versées à l'instance, qui datent de la période antérieure à 2013 ou bien de la période postérieure à 2017, ne permettent pas de regarder comme établie sa présence en France de 2014 à 2016. Son moyen, tiré de ce qu'il pourrait se prévaloir d'un plein droit au séjour faisant obstacle à son éloignement, doit par suite être écarté.

6. En quatrième lieu, M. B déclare être entré en France en 2010, à l'âge de 17 ans, pour y rejoindre sa mère, et s'y être maintenu depuis lors. Il fait valoir que ses parents, son frère et sa sœur y résident en situation régulière. Il ressort des pièces du dossier qu'il a été scolarisé dans un lycée professionnel lors de son arrivée en France et a obtenu à l'âge de 23 ans, un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) en qualité d'employé de vente. Toutefois, M. B, qui est âgé de 31 ans à la date de la décision attaquée, ne justifie d'aucune expérience professionnelle depuis l'obtention de son CAP et a déclaré toucher le revenu de solidarité active lors de son audition par les services de police le 27 octobre 2023. S'il produit des pièces médicales indiquant qu'il aurait bénéficié de consultations psychiatriques au cours de l'année 2020, il ne soutient pas que son état de santé l'aurait empêché d'exercer toute activité professionnelle pendant plusieurs années. Par ailleurs, il ne conteste pas les termes de la décision attaquée selon lesquels il n'a jamais demandé de titre de séjour et ne conteste pas être l'auteur des signalements indiqués au fichier automatisé des empreintes digitales pour violences avec arme, dégradations, destruction de véhicule et menace de mort. Dans ces conditions, la décision en litige d'obligation de quitter le territoire français ne porte pas, compte tenu des buts en vue desquels elle a été prise, une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2010, à l'âge de 17 ans, mais les pièces du dossier ne permettent pas de démontrer qu'il y aurait résidé de manière continue depuis lors, notamment au cours des années 2014 à 2016. S'il fait valoir que ses parents, son frère et sa sœur résident en France en situation régulière, M. B qui est âgé de 31 ans à la date de la décision attaquée n'a pas vocation à demeurer à la charge de ses parents. Il ne justifie d'aucune expérience professionnelle depuis l'obtention de son CAP en qualité d'employé de vente le 30 juin 2017. Il n'a pas cherché à régulariser sa situation en France en sollicitant un titre de séjour et ne conteste pas être l'auteur des signalements indiqués au fichier automatisé des empreintes digitales pour violences avec arme, dégradations, destruction de véhicule et menace de mort. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, le préfet pouvait, sans méconnaître les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commettre d'erreur d'appréciation, prononcer à son encontre une interdiction de retour d'un an, dont la durée ne présente pas en l'espèce de caractère disproportionné. Pour les mêmes motifs, l'interdiction de retour sur le territoire français ne méconnaît pas non plus le droit au respect de la vie privée et familiale du requérant au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. En dernier lieu, l'arrêté d'assignation à résidence fait notamment obligation à M. B de se présenter tous les jours à 10 heures au commissariat de police de Saint-Etienne. S'il fait valoir que ces modalités d'assignation seraient disproportionnées, il ne fait état d'aucune circonstance professionnelle ou médicale l'empêchant de respecter ses obligations de pointage.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 28 octobre 2023 doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et de ses conclusions à fin d'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Loire.

Copie en sera adressée à Me Vray.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2023.

La magistrate désignée,

C. FERON Le greffier,

T. CLEMENT

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2309165

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