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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309172

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309172

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309172
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantCHRISTOPHE MONTAGNON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés respectivement le 27 octobre 2023 et le 27 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Christophe-Montagnon, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 10 octobre 2023 par lesquelles le préfet de la Loire a retiré sa carte de résident, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui restituer sa carte de résident dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, et s'il lui était remis un récépissé, qu'il soit assorti d'une autorisation de travail, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions en litige sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle sont irrégulières en l'absence de respect de la procédure contradictoire ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit en ce que le préfet de la Loire ne pouvait légalement, sur le fondement de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui retirer sa carte de résident délivrée au titre de l'article 10 de l'accord franco-algérien ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de la Loire a produit des pièces qui ont été enregistrées le 15 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique ;

- le rapport de M. Delahaye, premier conseiller ;

- les observations de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant tunisien né le 2 janvier 1996, s'est vu délivrer le 16 février 2021 une carte de résident de 10 ans sur le fondement des stipulations du a) du 1) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien en sa qualité de conjoint de ressortissante française. Le 26 mai 2023, l'intéressé a sollicité un changement d'adresse et la préfabrication de son titre de séjour. Par les décisions attaquées du 10 octobre 2023, le préfet de la Loire a procédé au retrait de cette carte de résident, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article 10 de l'accord franco-tunisien susvisé : " 1. Un titre de séjour d'une durée de dix ans, ouvrant droit à l'exercice d'une activité professionnelle, est délivré de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour sur le territoire français : / a) Au conjoint tunisien d'un ressortissant français, marié depuis au moins un an, à condition que la communauté de vie entre époux n'ait pas cessé, que le conjoint ait conservé sa nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ". Aux termes l'article 11 du même accord : " Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation des deux Etats sur le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord. / Chaque Etat délivre notamment aux ressortissants de l'autre Etat tous titres de séjour autres que ceux visés au présent Accord, dans les conditions prévues par sa législation ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français./ () / Elle peut être retirée en raison de la rupture de la vie commune dans un délai maximal de quatre années à compter de la célébration du mariage. () ".

4. Enfin, aux termes de l'article L. 432-4 du même code : " Une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être retirée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 432-5 du même code : " Si l'étranger cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de la carte de séjour dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations, la carte de séjour peut lui être retirée par une décision motivée. La décision de retrait ne peut intervenir qu'après que l'intéressé a été mis à même de présenter ses observations dans les conditions prévues aux articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. () ".

5. Pour procéder au retrait de la carte de résident de M. A sur le fondement des dispositions précitées des articles L. 432-5 et L 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire s'est fondé sur la rupture de la vie commune avec son épouse, ressortissante française. Toutefois, aucune disposition, ni aucune stipulation ne permet le retrait d'une carte de résident délivrée sur le fondement du a) du 1) de l'article 10 de l'accord franco-tunisien susvisé au motif de la rupture de la communauté de vie entre les époux, intervenue postérieurement à la délivrance de ladite carte. En effet, les dispositions de l'article L. 432-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, visées par le préfet dans son arrêté, ne sont applicables qu'à l'hypothèse du retrait d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle, et ne sauraient légalement fonder le retrait d'une carte de résident de dix ans délivrée en application de l'accord franco-tunisien, alors que la possibilité de retrait prévue au troisième alinéa de l'article L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne trouve à s'appliquer qu'aux seules cartes de résident ayant été délivrées sur le fondement du premier alinéa de cet article et non aux cartes de résident délivrées aux conjoints tunisiens de ressortissants français délivrées sur le fondement des stipulations de l'article 10 de l'accord franco-tunisien citées ci-dessus. Par suite, M. A est fondé à soutenir qu'en procédant au retrait de sa carte de résident sur le fondement des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Loire a commis une erreur de droit.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision portant retrait de sa carte de résident ainsi que, par voie de conséquence, celle des décisions portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Dès lors que le présent jugement annule la décision par laquelle le préfet de la Loire a retiré à M. A sa carte de résident qui lui a été délivrée le 16 février 2021 pour une durée de dix ans, celui-ci en redevient de plein droit bénéficiaire. Par suite, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte du requérant.

Sur les frais liés au litige :

8. Il est constant que M. A n'a pas sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat ne peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 et les conclusions présentées à ce titre doivent en conséquence être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : Les décisions du 10 octobre 2023 par lesquelles le préfet de la Loire a retiré la carte de résident de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office sont annulées.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°230917

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