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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309193

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309193

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309193
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantVIBOUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 octobre 2023, M. D B, représenté par la Selarl Lozen avocats, agissant par Me Vibourel, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 13 avril 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 12 mois ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour, ou à titre subsidiaire en cas d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'administration ait à nouveau statué sur son cas conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de procéder à la suppression du signalement aux fins de non admission

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- les décisions en litige sont entachées d'incompétence et d'un vice de procédure faute pour la préfète du Rhône d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision de refus de séjour est entachée d'erreur de droit dès lors que la préfète a cru qu'elle pouvait décider en application pure et simple d'une position de principe ou d'un motif d'intérêt général ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur de droit et d'erreur de fait au regard de ces dispositions ; elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il ne relève pas de la réserve d'ordre public prévue à l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la décision est à ce titre entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décisions portant obligation de quitter le territoire français est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité des décisions précédentes ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale en raison de l'illégalité des décisions précédentes ; elle n'est pas motivée en droit ; elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 28 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Delahaye, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant gambien né le 3 mai 2003 et entré irrégulièrement en France le 2 avril 2018 selon ses déclarations, a été confié aux service de l'aide à l'enfance le 7 août 2018. Le 8 juillet 2021, il a sollicité un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par les décisions attaquées du 13 avril 2023, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de 12 mois.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, les décisions litigieuses du 13 avril 2023 ont été signées par Mme A C, directrice des migrations et de l'intégration, qui a reçu délégation à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône en date du 29 mars 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence des décisions contestées doit être écarté.

3. En second lieu, contrairement à ce que fait valoir le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Rhône, qui n'était pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation préalablement à l'édiction des décisions en litige, ni en tout état de cause, qu'elles seraient pour ce motif entachées d'un vice de procédure.

Sur la décision de refus de séjour :

4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur son insertion dans la société française. ". D'autre part, aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance ()de la carte de séjour temporaire ()". Aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. "

5. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. B sur le fondement des dispositions précitées, la préfète du Rhône a relevé qu'il ne bénéficie plus d'une prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance et qu'il ne justifie pas du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation dès lors qu'il ressort du courrier de la métropole de Lyon adressé à l'intéressé que durant sa minorité, l'intéressé a été exclu de neuf structures d'hébergement suite à des problèmes de comportement, qu'il a refusé le 26 septembre 2022 la nouvelle place d'hébergement qui lui était proposée, qu'il s'est rendu à plusieurs reprises dans les services de la métropole en ne respectant pas ses engagements et en faisant preuve d'un comportement agressif à l'encontre des professionnelles, que les services de l'aide sociale à l'enfance ont décidé de mettre fin à son contrat jeune majeur à compter du 6 octobre 2022. La préfète a également relevé que si l'intéressé a débuté en septembre 2019 un baccalauréat professionnel " métallurgie ", il s'est rapidement retrouvé en décrochage scolaire et que s'il justifie au titre de l'année 2021/2022 de son inscription dans une formation en CAP " cuisine " et que le bulletin du premier semestre note de gros progrès de compréhension ayant permis une évolution et un encouragement du conseil de classe, le bulletin du second semestre fait état de 80 heures d'absences injustifiées et d'une attitude problématique ayant donné lieu à un avertissement, entraînant son maintien en première année. La préfète du Rhône a enfin relevé qu'outre le non-respect de conditions de fond en vue de la délivrance d'une carte de séjour sur le fondement de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'intéressé relève de la réserve d'ordre public prévue aux articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il est défavorablement connu des services de police, qu'il a fait l'objet d'un rappel à la loi par officier de police judiciaire pour des faits de vol à l'étalage, qu'il a été condamné le 29 septembre 2022 à 300 euros d'amende et à 450 euros de dommages et intérêts pour les victimes pour des faits de rébellion, violences sur personnes dépositaires de l'autorité publique et conduite sans permis.

6. Si M. B soutient qu'il exerce un emploi dans la restauration correspondant à sa branche de formation et qu'il produit à ce titre un contrat à durée indéterminée en qualité de commis de cuisine conclu le 7 janvier 2023, ainsi qu'une lettre de soutien de son employeur, la directrice de l'hôtel Ibis Budget de l'aéroport de Lyon Saint Exupéry en date du 26 septembre 2023, il ne justifie, ni même n'allègue, avoir validé la formation de CAP dont il s'est prévalue à l'appui de sa demande de titre, et ne produit aucun élément de nature à remettre en cause les éléments précédemment rappelés ayant conduit la préfète du Rhône à estimer que l'intéressé ne justifiait pas, à la date de la décision attaquée, du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, alors qu'il résulte par ailleurs de ce qui a été dit précédemment que l'avis de la structure d'accueil sur son insertion de la société française ne lui est pas favorable. En outre, alors que l'intéressé ne conteste pas la matérialité du rappel à la loi et de la condamnation dont il a fait l'objet, la préfète du Rhône a pu à bon droit estimer, au regard des faits les ayant motivés, que la présence en France de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. En conséquence, si la préfète du Rhône ne pouvait légalement lui opposer, à la date de la décision attaquée, la circonstance qu'il ne bénéficie plus d'une prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance, il résulte de l'instruction que la préfète du Rhône aurait pris la même décision si elle s'était fondée exclusivement sur les autres motifs. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées, de l'erreur de droit, de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. B fait valoir que le centre de sa vie privée et familiale se situe en France où il a développé un solide réseau amical et où il exerce une activité professionnelle depuis plus de dix mois. Toutefois, l'intéressé, célibataire sans enfant, ne justifie, ni même n'allègue, être dépourvu d'attaches familiales et personnelles dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 14 ans et où résident notamment ses frères et sœurs. En outre, s'il se prévaut de son insertion professionnelle, il est constant que son contrat à durée indéterminé en qualité de commis de cuisine a été conclu le 7 janvier 2023, soit seulement trois mois avant l'intervention de la décision en litige. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et de ce qui a été dit précédemment sur son comportement sur le territoire français, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'encontre de la mesure d'éloignement.

10. En second lieu, en l'absence d'autre élément propre à la mesure d'éloignement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que précédemment. La décision en litige n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

Sur la décision fixant le pays de destination :

11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions précédentes à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions précédentes à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an.

13. En deuxième lieu, la décision en litige, prise au visa des articles L. 612-6 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est suffisamment motivée en droit.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

15. Eu égard à ce qui a été dit précédemment sur la situation personnelle du requérant, et de son comportement sur le territoire français, il n'est pas fondé à soutenir que la préfète du Rhône, qui a pris en considération l'ensemble des critères mentionnés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a commis une erreur d'appréciation ou une erreur de droit en lui interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an. La décision en litige n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le rapporteur,

L. DelahayeLe président,

J. Segado

La greffière,

N. Renoud-Genty

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°2309173

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