jeudi 1 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2309224 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU 9ème chambre |
| Avocat requérant | LACHENAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 octobre 2023 et un mémoire enregistré le 18 janvier 2024, M. B A, représenté par Me Lachenaud, demande au tribunal :
1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler les décisions du 29 septembre 2023 par lesquelles le préfet de la Haute-Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et pris à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- l'obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente, en l'absence de délégation de signature ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- ses observations n'ont pas pu être prises en compte du fait des défaillances de l'interprète l'ayant assisté ;
- le préfet de la Haute-Vienne n'a pas procédé à un examen préalable et complet de sa situation personnelle ;
- cette décision porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant son pays de destination est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision lui faisant interdiction de retour pendant un an est illégale en conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée et a été prise sans examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 novembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir que s'il a, par un arrêté du 15 septembre 2023, fait obligation de quitter le territoire français à M. A, cet arrêté a été retiré par une décision du 26 septembre 2023, de sorte que la requête est privée d'objet.
La présidente du tribunal a désigné Mme Allais pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.
Le rapport de Mme Allais, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant congolais né le 4 avril 1990, déclare être entré en France le 23 novembre 2022, pour y solliciter l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 5 mai 2023 devenue définitive en l'absence de recours introduit devant la Cour nationale du droit d'asile. Par des décisions du 15 septembre 2023, le préfet de la Haute-Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français. Ces décisions ont été retirées le 26 septembre 2023 et, le 29 septembre 2023, le préfet a à nouveau édicté ces mesures à l'encontre de M. A. Ce dernier demande au tribunal l'annulation des décisions du 29 septembre 2023.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par la préfète de la Haute-Vienne :
3. M. A demande au tribunal l'annulation des décisions du 29 septembre 2023 par lesquelles le préfet de la Haute-Vienne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour pendant un an. Ces décisions n'ayant été, en cours d'instance, ni retirées ni abrogées, l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet ne peut qu'être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme C D, sous-préfète, directrice de cabinet, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté du préfet de la Haute-Vienne en date du 21 août 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour, librement accessible tant au juge qu'aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire de la décision attaquée doit donc être écarté.
5. En deuxième lieu, cette décision fait mention des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.
6. En troisième lieu, si M. A soutient qu'il n'a pas pu bénéficier de l'assistance effective d'un interprète, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant au tribunal d'en apprécier le bien-fondé.
7. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la mesure d'éloignement aurait été prise alors que le préfet de la Haute-Vienne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. A.
8. En cinquième lieu, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
9. Le requérant, célibataire et sans charge de famille, est sans domicile fixe en France, où il est arrivé récemment pour y demander l'asile dont il a été débouté. S'il expose qu'il dispose d'attaches en France et qu'il est à l'inverse désormais dépourvu de toute attache dans son pays d'origine, il ne l'établit nullement. Il n'est, dans ces conditions, pas fondé à soutenir que le préfet de la Haute-Vienne a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en lui faisant obligation de quitter le territoire français. M. A n'est, par ailleurs, pas non plus fondé à soutenir que cette décision serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir pour demander l'annulation par voie de conséquence de la décision subséquente par laquelle son pays de renvoi a été fixé.
11. En second lieu, l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
12. Le requérant fait valoir être exposé à des risques contraires à ceux visés par les stipulations précitées en raison du fait que les autorités congolaises lui imputent la responsabilité d'un accident de la circulation ayant causé le décès de plusieurs soldats de la garde présidentielle. Toutefois, l'intéressé, dont la demande d'asile a au demeurant été rejetée par une décision définitive de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'apporte au soutien de ses allégations aucun élément de nature à établir la réalité, l'actualité et le caractère personnel des risques qu'il prétend encourir. Il n'est, par suite, pas fondé à se prévaloir des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision fixant son pays de destination est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'interdiction de retour d'une durée d'un an :
13. En premier lieu, M. A n'ayant pas démontré l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français, il n'est pas fondé à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision subséquentes lui faisant interdiction de retour pendant un an.
14. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la rédaction de cette décision, ni des autres pièces du dossier, que cette décision aurait été prise sans examen préalable et particulier de la situation personnelle de M. A.
15. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-8 du même code dispose : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
16. Pour prononcer à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, le préfet de la Haute-Vienne a relevé qu'il réside en France depuis une faible durée et qu'il n'y dispose d'aucune attache privée ou familiale stable. Eu égard à ces circonstances, et alors même que l'intéressé n'a pas déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public, en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de la Haute-Vienne n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions qu'il conteste.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
18. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions de la requête présentées à fin d'injonction ne peuvent, par suite, qu'être rejetées également.
Sur les conclusions relatives aux frais non compris dans les dépens :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante, la somme réclamée par le requérant au profit de son avocat sur le fondement combiné à celui de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Haute-Vienne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er février 2024.
La magistrate désignée,
A. Allais La greffière,
S. Lecas
La République mande et ordonne au Préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026