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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309311

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309311

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309311
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantGILLIOEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Gillioen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 août 2023 par lequel la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation sous les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable dès lors qu'il n'a pas reçu ni notification de la décision de la préfète ni avis de passage de la poste lui demandant de retirer le pli ;

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- il est entaché d'un défaut de motivation

- il est entaché d'un défaut d'examen de sa situation personnelle au regard de sa demande de titre de séjour portant la mention " salarié " ;

- la préfète n'a pas attendu l'autorisation de travail pour statuer sur sa demande de titre de séjour en qualité de salarié alors que la demande d'autorisation de travail a été présentée le 18 juillet 2023 avant l'édiction de la décision attaquée et qu'il justifie d'une autorisation de travail depuis le 25 août 2023 ;

- il méconnaît l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le critère de l'opposabilité de l'emploi a été nécessairement examiné par l'administration dès lors qu'il a obtenu une autorisation de travail ;

- il méconnaît l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale compte tenu de l'illégalité du refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Les parties ont été informées, le 9 janvier 2024, qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen soulevé d'office tiré de la tardiveté de la requête enregistrée au greffe du tribunal, le 3 novembre 2023, après l'expiration du délai de recours contentieux de trente jours.

Par une lettre enregistrée le 15 janvier 2024, M. B a présenté ses observations en réponse au moyen d'ordre public.

Un mémoire a été enregistré, le 16 janvier 2024, pour la préfète du Rhône.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Bardad, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant malgache né le 29 novembre 1998, est entré en France, le 6 juin 2022, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour, délivré par les autorités consulaires françaises à Tananarive, portant la mention " conjoint de français ", valable du 31 mai 2022 au 30 mai 2023. M. B a sollicité, le 29 juin 2023, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 7 août 2023, la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de six mois. M. B demande l'annulation de cette décision.

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant () ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision () ". Aux termes du I de l'article R. 776-2 du code de justice administrative : " Conformément aux dispositions de L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément () ".

3. La décision du 7 août 2023, qui comportait la mention des délais et voies de recours, a été notifiée à M. B, par lettre recommandée avec accusé de réception, à l'adresse indiquée par le requérant aux services de la préfecture, 15 rue de la Cordière à Saint-Priest (Rhône). Il ressort des pièces du dossier et notamment du pli contenant les décisions et du relevé des détails de l'acheminement des services postaux, qu'après une livraison reprogrammée, le 9 août 2023, ce pli a été retourné et remis à l'expéditeur, le 16 août 2023, au motif que la boîte aux lettres n'était pas identifiable. La circonstance que la lettre d'envoi de la décision attaquée mentionne " Chez AP22AV " alors qu'il s'agit de l'appartement 22 ne permet pas d'établir que le facteur aurait commis une erreur de distribution alors que l'adresse du requérant est exacte, le libellé qui comporte la mention " AP22 " permettant en l'espèce d'identifier le numéro d'appartement en cause. Le requérant produit alors, dans le cadre de la présente instance, une photographie de sa boîte aux lettres sur laquelle figure son nom. Toutefois, cette photographie ne permet pas d'établir qu'elle correspond à l'état de la boite aux lettres à la date de distribution du pli, ni qu'à cette date le nom du requérant figurait sur une boite aux lettres à cette adresse. Les éléments produits par le requérant ne permettent pas ainsi de remettre en cause ceux communiqués par la Poste quant à l'absence de distribution du pli en raison de ce que la boite aux lettres n'était pas identifiable. Dans ces conditions, la décision attaquée doit être regardée comme ayant été régulièrement notifiée au plus tard le 9 août 2023, date à laquelle une livraison du pli a été reprogrammée. Par suite, dès lors que la requête de l'intéressé a été présentée le 3 novembre 2023, soit après l'expiration du délai de recours contentieux de trente jours, les conclusions de cette requête dirigées contre la décision du 7 août 2023 sont tardives et, par suite, irrecevables.

4. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte ainsi que celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

M. Delahaye, premier conseiller,

Mme Bardad, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

T. Zaabouri

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,

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