vendredi 15 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2309381 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | FRERY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 novembre 2023, M. C A, représenté par Me Frery, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 22 mars 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône :
- à titre principal, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ;
- à titre subsidiaire, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, de réexaminer sa demande, et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail ;
- au surplus, de procéder à l'effacement du signalement de M. A dans le système d'information Schengen ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros hors taxes à verser à Me Frery au titre des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour cette dernière de renoncer à la part contributive de l'État.
M. A soutient que :
En ce qui concerne la décision lui refusant un titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- la préfète du Rhône n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle a méconnu les stipulations de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6-5) de l'accord franco-algérien ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- la préfète du Rhône a commis une erreur de droit, dès lors qu'elle s'est estimée en compétence liée pour prononcer la mesure d'éloignement ;
- la décision méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est illégale, par voie d'exception, du fait de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par une ordonnance du 12 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée le 15 janvier 2024.
Un mémoire en défense a été enregistré le 26 janvier 2024 pour la préfète du Rhône, et n'a pas été communiqué.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 septembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bertolo ;
- les observation de Me Tronquet, substituant Me Frery, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant algérien né le 12 août 1990, est entré en France le 11 octobre 2017, muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. L'intéressé a bénéficié d'un certificat de résidence pour raisons de santé valable du 14 mai 2019 au 13 mai 2020. Par des décisions du 22 mars 2023 dont le requérant demande au tribunal de prononcer l'annulation, la préfète du Rhône lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
2. En premier lieu, la décision en litige vise les textes dont elle fait application, en particulier les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et rappelle que M. A a bénéficié d'un certificat de résidence algérien pour raisons de santé valable du 14 mai 2019 au 13 mai 2020, mais que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), dans un avis du 18 juillet 2022, a estimé que si l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, l'intéressé pourra y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Ainsi, la décision attaquée comporte les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement et qui ont permis à M. A d'en discuter utilement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la préfète du Rhône n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de l'intéressé avant de prendre sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays. () ". Selon les termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables aux ressortissants algériens : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ".
5. Il résulte de la combinaison des textes précités que le certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " prévue par l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 est délivré par le préfet au vu d'un avis émis par un collège de médecins nommés par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans le pays dont l'étranger est originaire et que si ce dernier y a effectivement accès. Toutefois, la partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'OFII qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.
6. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour en qualité d'étranger malade à M. A, la préfète du Rhône s'est appropriée le sens de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII qui a estimé que l'état de santé de l'intéressé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entrainer pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourra y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Pour contester cette analyse, le requérant soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine, il ne pourra pas effectivement bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée à son état de santé, dès lors qu'il bénéficie en France d'un suivi spécialisé multidisciplinaire et que les médicaments nécessaires à son traitement ne sont pas disponibles en Algérie. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A a présenté une coxarthrose droite sur spondylo-arthropathie ayant nécessité la mise en place d'une prothèse totale de hanche et qu'il est suivi pour une néphropathie diabétique et une insuffisance rénale chronique. Si l'intéressé conteste la disponibilité en Algérie des médicaments qui lui sont prescrits, et en particulier s'agissant du Benepali et de l'Imeth, se prévalant d'une attestation en date du 23 mai 2021 d'un chirurgien d'Oran et d'une attestation du 11 décembre 2023 d'une pharmacie, ces seuls éléments sont insuffisants pour remettre utilement en cause l'avis du collège de médecins de l'OFII fondé sur une combinaison de sources sanitaires officielles. Aussi, dès lors que M. A ne produit aucun élément de nature à établir qu'il ne pourrait bénéficier d'un traitement multidisciplinaire adapté à son état de santé, dans son pays d'origine, la préfète du Rhône n'a pas fait une inexacte application des stipulations précitées de l'article 6, 7) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 en refusant à M. B la délivrance d'un titre de séjour sur leur fondement.
7. En dernier lieu, dès lors que M. A n'a sollicité la délivrance d'un titre de séjour qu'en raison de son état de santé et que la préfète du Rhône ne s'est pas prononcée sur son droit au séjour à un autre titre, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6,5) de l'accord franco-algérien sont inopérants et ne peuvent, par suite, qu'être écartés.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français : :
8. En l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, le moyen tiré de cette illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
9. Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que la préfète du Rhône, après avoir rejeté la demande de titre de séjour de l'intéressé présentée en raison de son état de santé, a indiqué que M. A pouvait, en application du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, que cette mesure ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, qu'il ne démontrait pas être exposé à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, enfin qu'il n'établissait pas entrer dans une des catégories d'étrangers ne pouvant faire l'objet d'une mesure d' éloignement en vertu de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, il ne ressort ni de la lecture de la décision attaquée ni davantage des pièces du dossier que la préfète du Rhône se serait crue liée pour prononcer la mesure d'éloignement à l'encontre de M. A. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit ainsi être écarté.
10. M. A se prévaut de sa durée de présence en France, de son intégration par le travail, ainsi que de sa situation de famille et de son état de santé. Toutefois, ainsi qu'il a été dit au point 6, M. A ne justifie pas de l'impossibilité pour lui de bénéficier d'un traitement médical adapté à son état dans son pays d'origine. S'il indique s'occuper de sa mère, il est constant que celle-ci se maintient en situation irrégulière sur le territoire français et que sa demande de certificat de résidence portant la mention " conjoint de retraité " a été rejetée le 17 juin 2019, de sorte que rien ne fait obstacle à ce qu'il puisse poursuivre cette assistance dans son pays d'origine. Par ailleurs, M. A est célibataire et ne justifie pas de liens personnels et familiaux autres que sa mère sur le territoire français. Enfin, les éléments d'intégration par le travail produits à l'instance par l'intéressé sont récents, le contrat de travail avec la société Agri Caluire ayant été signé le 20 février 2023. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
11. En l'absence d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen soulevé par voie d'exception à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.
12. Ainsi qu'il a été dit au point 6, M. A ne justifie pas qu'il ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit ainsi être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A doit ainsi être rejetée, en ce comprises ses conclusions aux fins d'annulation, d'injonction et celles présentées au titre des frais non compris dans les dépens.
D É C I D E
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 23 février 2024, où siégeaient :
Mme Baux, présidente,
M. Bertolo, premier conseiller,
M. Gueguen, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2024.
Le rapporteur,
C. Bertolo
La présidente,
A. Baux
La greffière,
I. Rignol
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026