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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2309415

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309415

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2309415
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU 9ème chambre
Avocat requérantPAQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 novembre 2023 et un mémoire enregistré le 19 janvier 2024, Mme C B D, représentée par Me Paquet, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler les décisions du 20 octobre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente et dans un délai de huit jours, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de procéder à l'effacement du signalement aux fins de non admission dans le système d'information Schengen dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros hors taxe à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour ce dernier de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle, ou, en cas de non admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement de cette somme à son profit directement.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- les décisions contestées sont entachées de détournement de procédure, ayant été édictées opportunément dans le cadre d'une procédure de référé initiée par l'autorité préfectorale afin d'obtenir son expulsion de son hébergement ;

- elles ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière, les dispositions des articles R. 611-1 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ayant été méconnues ;

- elles ont été prises alors que la préfète du Rhône n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'une " erreur d'appréciation des faits " ;

- elles portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- en ne procédant pas à la régularisation de sa situation, la préfète du Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation ;

- son état de vulnérabilité fait obstacle à son éloignement, par application des dispositions du 9 de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui octroyant un délai de départ volontaire est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en tant que ce délai n'est pas supérieur à trente jours ;

- la décision lui faisant interdiction de retour est illégale en conséquence de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- elle a été prise par une autorité incompétente, en l'absence de délégation de signature ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La préfète du Rhône a produit des pièces qui ont été enregistrées le 13 novembre 2023.

Mme B D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 7 novembre 2023.

La présidente du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d'éloignement ou remise des ressortissants étrangers en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Paquet, avocate de Mme B D, qui a repris ses conclusions et moyens,

- et les observations de Mme B D, assistée de M. E, interprète en langue lingala.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B D, ressortissante congolaise de République Démocratique du Congo née le 1er janvier 1954, est entrée en France régulièrement le 12 septembre 2019 pour y solliciter l'asile, dont elle a été déboutée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides rendue le 3 février 2022. Par des décisions du 29 juillet 2022, la préfète du Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a assorti cette décision d'une interdiction de retour. Ces décisions, non contestées devant la juridiction administrative, n'ont pas été exécutées. Par sa requête, Mme B D demande au tribunal l'annulation de nouvelles décisions prises à son encontre par la préfète du Rhône, en date du 20 octobre 2023, lui faisant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant son pays de renvoi et lui faisant interdiction de retour pendant un an.

Sur l'admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Mme B D ayant, en cours d'instance, été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à son admission provisoire au bénéfice de cette aide.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable au litige : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". L'article R. 611-1 même code dispose : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. () ". Et selon l'article R. 611-2 de ce code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu : 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ".

4. Dès lors qu'elle dispose d'éléments d'informations suffisamment précis permettant d'établir qu'un étranger, résidant habituellement en France, présente un état de santé susceptible de le faire entrer dans la catégorie, prévue au 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable au litige, des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, l'autorité préfectorale doit, lorsqu'elle envisage de prendre une telle mesure à son égard, et alors même que l'intéressé n'a pas sollicité le bénéfice d'une prise en charge médicale en France, recueillir préalablement l'avis du collège de médecins auprès de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

5. Mme B D, âgée de 69 ans à la date de la décision attaquée, souffre de graves pathologies diagnostiquées en France quelques semaines après son arrivée sur le territoire, à savoir un diabète de type 2 et une hypertension artérielle. Elle est suivie médicalement en France pour le traitement de ces pathologies, ce dont les services préfectoraux étaient informés à la date de la décision attaquée. La préfète du Rhône disposant d'informations précises permettant d'établir que Mme B D présentait un état de santé susceptible de la faire entrer dans la catégorie prévue au 9° de l'article L. 611-3 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle a méconnu la procédure prévue par les dispositions précitées en ne recueillant pas préalablement à l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français l'avis médical requis par les dispositions des articles R. 611-1 et R. 611-2 du même code. Mme B D est, pour ce motif, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre. Elle est également fondée, par voie de conséquence, à demander l'annulation des décisions subséquentes par lesquelles la préfète du Rhône lui a octroyé un délai de départ volontaire, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. De première part, le présent jugement, qui annule l'obligation de quitter le territoire français édictée à l'encontre de Mme B D, implique que la préfète du Rhône procède au réexamen de sa situation et lui délivre, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.

7. De seconde part, l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de Mme B D implique qu'il soit enjoint à la préfète du Rhône de procéder à l'effacement du signalement de l'intéressée aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.

8. Il y a lieu d'impartir à la préfète du Rhône un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement pour exécuter ces mesures d'injonction. Il n'y a en revanche pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir ces mesures d'injonction d'une astreinte.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

9. Mme B D ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle, Me Paquet, son avocate, peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Paquet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Paquet de la somme de 800 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par Mme B D tendant à son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les décisions du 20 octobre 2023 par lesquelles la préfète du Rhône a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours à Mme B D, a fixé son pays de destination et pris à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an sont annulées.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Rhône, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, de procéder au réexamen de la situation de Mme B D et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de ce réexamen, et de procéder à l'effacement du signalement de Mme B D aux fins de non admission dans le système d'information Schengen.

Article 4 : L'Etat versera à Me Paquet la somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B D est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B D, à Me Paquet et à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

La magistrate désignée,

A. A La greffière,

S. Lecas

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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